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Jean Kleberg (ou Kleberger),
né à Nuremberg en 1485 et mort à Lyon en 1546

L'homme de la Roche de Lyon


Jean Kleberg - reproduction de gravure, © Norbert Pousseur
Peint par Durupt

Page de présentation

 

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Article extrait des "Portraits et Hitoire des Hommes utiles" de Montyon et Franklin - édition 1839

 

UN BIENFAITEUR DE LA VILLE DE LYON


Le Peuple des Villes, celui des grandes Villes surtout, n'a que trop souvent donné des preuves d'ingratitude envers ses Bienfaiteurs! En trois siècles, je ne trouve pas chez les Français deux exemples comme celui du Peuple de Lyon et de son HOMME DE LA ROCHE !

JEAN KLEBERG
L'HOMME DE LA ROCHE DE LYON.


Un poète contemporain (Alexandre Dumas; Impressions de Voyages) a tracé le tableau de l'entrée de la Ville de Lyon, telle qu'elle se présente au voyageur arrivant de Paris.
«  Nous aperçûmes, tout-à-tout, en franchissant un coude de la Saône, la rivale de Paris, assise sur sa colline comme sur un trône, le front paré de sa double couronne antique et moderne .... Lyon, la Vice-Reine de la France.
L'entrée de la Ville est à-la-fois grandiose et pittoresque .... Le rocher de Pierre-Scize ( Petra Scissa ; nom dont l'origine est romaine, Agrippa ayant fait couper ce roche lorsqu'il construisit quatre voies militaires) apparaît , adossé à la Ville comme un rempart; il était surmonté autrefois d'un château qui servait de prison d'état. Un jeune sculpteur de Lyon, Legendre Hérald, avait eu l'idée de tailler ce rocher immense, et de lui donner la forme d'un Lion colossal , armes de la Ville. Il voulait consacrer cinq ou six ans de sa vie à ce travai l: sa demande ne fut pas comprise, à ce qu’il paraît. Aujourd’hui ce travail deviendrait plus difficile , et plus tard impossible ; car Pierre-Seize servant de carrière à la Ville tout entière qui vient y puiser ses ponts, ses théâtres et ses palais, au lieu du Lion, ne présenterait bientôt plus que sa caverne A peine a-t-on dépassé Pierre-Seize, qu’on aperçoit un autre rocher dont les souvenirs sont plus doux : celui-là est surmonté, non pas d’une prison d’état, mais de la statue d’un homme tenant une bourse à la main ! C’est un monument que la reconnaissance lyonnaise a élevé à la mémoire du Bon Allemand, Bienfaiteur de Lyon au seizième siècle. La statue que l’on y voit en ce moment a été restaurée et inaugurée, le 24 juin 1820, après avoir été promenée dans toute la Ville, au son des tambours et des trompettes, par les habitants de Bourgneuf. Un accident rend l'installation d’une nouvelle statue nécessaire!... Lorsque je passai à Lyon (1835), L’HOMME DE LA ROCHE n’avait déjà plus de tête!... » Surnommé, pour sa bienfaisance, le Bon Allemand, pendant sa vie, et, L’Homme de la Roche de Lyon, après sa mort, Jean KLEBERG est mentionné aussi, dans les Chroniques lyonnaises, sous le nom de FLEBERG ou FLEBERGE. L’histoire de cet Ami du Peuple n’est pas entièrement exempte d’incertitudes et d’obscurités. Les traditions qui le concernent exigeraient peut-être une discussion critique dont nous croyons devoir nous abstenir et nous dispenser, ne fut-ce que par respect pour un collaborateur qui n’est plus (le peintre Durupt), mais dont le souvenir sera conservé avec honneur et dont l’autorité ne sera pas contestée à Lyon, en fait d’Histoire municipale.
Jean KLEBERG était né à Nuremberg, en 1485, d’une famille de négociants. Après avoir reçu quelques notions des lettres, nécessaires pour le négoce, le jeune Kleberg, robuste et vigoureux, doué d’un caractère aventureux et hardi, fit choix d’un genre de commerce qui, de son temps, lorsqu’on réussissait, portait grands honneurs et profit. Ce commerce n’était rien moins que la guerre au service des princes étrangers assez riches pour acheter chefs et soldats de ces bandes ou compagnies franches levées dans les contrées populeuses et pauvres. Ce fut à la tête d’une de ces bandes de Lansquenets ( Landsknecht ), levée et équipée à ses frais, que le capitaine Kleberg partit pour aller chercher fortune de l’autre côté du Rhin. Le Roi François Ier le prit à sa solde avec sa bande. Kleberg et ses Allemands combattirent en Italie, sous le drapeau français, dans plusieurs journées mémorables. Au désastre de Pavie, Kleberg fit des prodiges de bravoure pour défendre le Roi qui lui dut la vie, si l'on en croit les Chroniques lyonnaises.
François Ier étant tombé, malgré les efforts de Kleberg, au pouvoir de ses ennemis, le capitaine de Lansquenets, par une générosité bien méritoire dans un chef de bande mercenaire, se montra plus dévoué au Roi que la plupart des courtisans les plus favorisés. Il ne voulut point se séparer de son maître captif ; il vint à Madrid partager sa prison. A presque trois cents ans d’intervalle, Jean Kleberg précédait Drouot qui se montrera comme lui fidèle au malheur et qui sera aussi le Bienfaiteur des Pauvres.

On vit après la délivrance du Roi que le dévouement de Jean Kleberg avait été pur de tout calcul. Il ne suivit même pas la carrière militaire et retourna aux premiers travaux dont ses parents lui avaient donné l'exemple. La vie active et la discipline des camps ont été quelquefois une bonne école du négociant. Les historiens rapportent que le capitaine Kleberg se rendit à Berne en Suisse et fonda en cette ville une maison de commerce. A quel genre de commerce se livra-t-il? On ne le dit pas. Ce commerce fut-il heureux? On le présume, puisque le droit de bourgeoisie de Berne fut conféré à cet étranger. On retrouve, peu de temps après, le capitaine Jean Kleberg, de retour en France. Il est Bourgeois de Lyon , en l’année 1532. Il s’occupe toujours de négoce et, suivant une locution de nos temps, il fait la banque. Le Roi ne le charge plus de lui procurer des levées d’hommes : c’est de l’argent qu’il lui demande. Jean Kleberg négocie des emprunts : ce n’est pas pour de tels offices, avouons-le qu’il été jugé digne de figurer dans notre Recueil.

Vers ce même temps, la charité des Lyonnais fondait, au moyen de quêtes et de dons volontaires, une Aumône générale, qui est devenue un des plus riches et des plus beaux Hospices de l’Europe. Kleberg fut un des premiers fondateurs de celte Œuvre de Bienfaisance. Son aumône fut une somme de Cinq cents livres tournois de cette époque, équivalant à quinze cents francs d’aujourd’hui. Dans les douze années qui suivirent, les dons de Kleberg à l’Hospice ne s’élevèrent pas à moins de soixante mille francs de notre monnaie actuelle. Ce n’était pas de la Bienfaisance posthume.

Kleberg habitait le quartier de Bourgneuf, le plus pauvre de la Ville. Les occasions d’exercer sa bienfaisance étaient fréquentes : il ne les évitait point. Il secourait les indigents, mais en même temps il les exhortait aux bonnes mœurs. Il donnait des dots aux filles pauvres et honnêtes : c’était un genre de bienfaits qui n’a été imité depuis que, dans de grandes circonstances, par des gouvernements qui avaient intérêt à rechercher la popularité.

Peu de temps après son arrivée à Lyon, Jean Kleberg s’était donné une compagne digne de lui dans PELONE DE BONSIR, dame de Chaillouvres, au pays de Dombes, native de Tournay en Flandre, femme d’une beauté remarquable. L’épouse du Bon Allemand fut appelée la Belle Allemande. Ce fut elle qui fit bâtir, sur le bord de la Saône, une maison de plaisance avec un Belvédère que l’on appelle encore aujourd’hui la Tour de la Belle Allemande. Quelques traditions donnent à ce nom une origine bien différente. Cette tour aurait servi de prison à une victime de la jalousie : mais sur ce point, comme sur le reste, nous avons adopté l'opinion du Biographe dont l'autorité nous semble la plus respectable. Rien n’autorise à soupçonner le Bon Allemand d’avoir été un de ces Bienfaiteurs par ostentation, dont les actes publics s’accordent peu avec leur conduite privée.
Actif et laborieux autant que généreux et humain, Jean Kleberg devint assez riche pour être possesseur à la fois de quatre terres seigneuriales, entre lesquelles on remarque celles du Chatelard et de Villeneuve-en-Dombes. Lui fera-t-on un crime de s’être rendu acquéreur de ces domaines, qui avaient appartenu au Connétable de Bourbon et qui avaient été confisqués au profit de la couronne après la défection de ce prince? Ce serait mal connaître l’esprit du temps; ce serait oublier aussi que Jean Kleberg avait été captif à Madrid. Il n’est pas douteux que Kleberg ne fut regardé comme Français en sa double qualité de dévoué serviteur du Roi et de Bienfaiteur de la Ville de Lyon.

En 1544, il fut appelé par le vœu des habitants aux fonctions d’Échevin. Sa modestie lui fit refuser d’abord cet honneur, en alléguant pour motifs son âge et les soins que réclamait la jeunesse de son fils; enfin, les affaires importantes dont la confiance du Roi le chargeait. Les vives instances de ses concitoyens triomphèrent de sa résistance, et le nom de Kleberg ou Fleberg se lit sur les registres des Échevins de Lyon, à la date de cette année.

On a vu précédemment de quelle nature étaient les affaires importantes dont le Roi avait chargé son ancien compagnon d’armes et de captivité. François Ier correspondait avec Kleberg directement. Une de ces lettres royales a été conservée : c’est un monument curieux de l’époque où le rival de Charles-Quint était réduit à marchander personnellement un emprunt avec les Bourgeois d’une des Villes de son royaume, en subissant gaiement la condition humiliante que les prêteurs lui imposaient, comme à un père dissipateur, de leur faire donner la caution de son fils.

Nous transcrivons cette lettre d’après la copie que nous en possédons de la main du Docteur Ozanam.


« Au sieur JEHAN KLEBERGE, mon Valet de Chambre Ordinaire.

Seigneur Jehan Kleberge, j’ay receu vostre lettre du 5 de ce moys et par icelle veu le debvoir et diligence que vous avez faict et faictes pour le faict des emprunts que je veulx faire à Lion, dont je vous say très bon gré. Et voyant ainsy que vous me mandez que les marchands n’y veulent entendre que mon fils le Dauphin ne s’y oblige comme moy, j’en seray content, et desjà mon dict fils l’a ainsy accordé. Dont vous pouvez advenir les marchands afin qu’ils tiennent leur argent prest.
Sur ce, seigneur Jehan Kleberge, je prie Dieu qu’il vous ayt en sa garde.
Escript à Paris, le 11e jour de mars 1545.

« FRANÇOIS. »



Les marchands de Lyon qui se trouvaient ainsi avertis de tenir leur argent prêt avaient plus d’un motif pour désirer bonne caution de leur créance. Le Roi, François Ier, alors âgé de cinquante ans, ne survécut pas long-temps à cet emprunt, et mourut victime de son incontinence à cinquante-deux ans (31 mars 1547).
Jean Kleberg était mort avant son Roi, le 6 septembre 1546 , à l’âge de soixante-deux ans. Les Chroniques ne nous apprennent rien de plus, ni sur sa veuve, ni sur son fils : il est constaté seulement que la presque totalité des biens de Jean Kleberg passa, par substitution, à l’Hôpital de la Charité de Lyon.
Les regrets que cette mort du Bon Allemand excita parmi le Peuple de la Ville de Lyon et de scs faubourgs ne se bornèrent pas à de vaines lamentations. Les pauvres ouvriers qui pleuraient en lui un Ami voulurent honorer sa mémoire. Une statue colossale, grossièrement sculptée en bois, fut érigée par eux en l’honneur de ce vieux capitaine des armées d’Italie, qui s’était montré aussi bienfaisant dans la paix qu’il avait été brave à la guerre.

Le piédestal, choisi pour cette statue, fut le rocher où gisent encore les débris de ce monument bizarre et respectable, de cette Œuvre du Peuple, qui déjà plusieurs fois est tombée, comme aujourd’hui, de vétusté, mais que le Peuple ne manque jamais de relever, en la restaurant à sa manière. Le costume primitivement adopté avait été celui du Lansquenet, fantassin allemand de la première moitié du seizième siècle. l'Homme de la Roche était représenté tenant une pique de la main droite et de la gauche une bourse, emblème non point d’avidité mais de libéralité bienfaisante.
Etait-ce le choix le plus judicieux de représenter ainsi cet homme de bien en homme de guerre prêt à combattre ? Le peintre, notre ami, en avait jugé autrement : il a mieux aimé peindre Jean Kleberg avec le costume de ville d’un guerrier en temps de paix, tel qu'il devait se montrer aux habitants de Lyon.

Enfin, il a été question, tout récemment encore, nous a-t-on dit, de relever de ses ruines le colosse de l'Homme de la Roche. Cet acte de justice ferait honneur aux Lyonnais; mais on ne saurait trop leur conseiller deux choses : la première de ne pas ôter à ce monument son caractère d’œuvre du Peuple; la seconde de ne pas donner au Lansquenet de Pavie l’armure et l’aspect d’un soldat romain !
Quoi qu’il en soit, les débris des dernières statues de l'Homme de la Roche avaient droit encore aux respects et à la reconnaissance des habitant de Lyon, qui peut-être leur sont redevables de belles fondations même contemporaines !

Oserait-on affirmer qu’en se rappelant ses vives impressions d’enfance, un Lyonnais (1) que la guerre avait illustré et enrichi dans l’Orient n’avait point gardé souvenir de l'Homme de la Roche, et qu’il n’a pas voulu rivaliser avec lui?
Ainsi, le Fondateur de cette utile École de La Martinière serait pour les Lyonnais le Jean Kleberg de notre siècle !
Lyonnais, vous devez donc à JEAN KLEBERG, une nouvelle statue de bois, comme vous devez au général CLAUDE MARTIN une statue de bronze ou de marbre !

A. Jarry de Mancy.

Jean Kleberg - © Norbert Pousseur
L'homme de la Roche (Jean Kleberg), statue érigée en 1849 par Bonnaire
photo faisant parie de la série sur Lyon d'un de mes autres sites

 

 

 

 

 

 

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