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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Augustin Carrache
peintre lombard

né en 1557 et mort en 1602

Augustin Carrache, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

Le proverbe latin, qui dit que l’union est rare entre les frères, se trouve vérifié dans la personne d’Augustin Carrache, frère d’Annibal. Louis, avait par sa prudence maintenu la paix entre eux pendant longtemps ; ils ne furent pas plutôt séparés de lui, que la jalousie  les divisa pour jamais.

Augustin, né à Bologne en 1557, eut pour père Antoine Carrache, tailleur d’habits à Crémone. Il était frère aîné d’Annibal, de trois années seulement, et cousin de Louis. Quoiqu’on l’eût destiné à l’orfèvrerie, Louis obtint de son père qu’il étudierait sous Prospero Fontana, et ensuite  il devint élève de Bartolomeo Passerotti. Augustin  ne montra pas seulement un grand amour pour la peinture, son goût le portait à tous les arts et aux sciences, particulièrement à la philosophie, à la poésie et aux mathématiques ; la gravure et la sculpture ne furent pas oubliées, sans cependant abandonner la peinture, qu’il cultiva toujours avec distinction.
Jaloux des progrès de son frère Annibal, las d'essuyer des reproches continuels de son père, il quitta le Fontana et le Passerotti ; les remontrances de Louis ne lui plurent pas davantage ; il se mit à peindre de caprice et à copier les ouvrages des anciens maîtres, dont il n’avait point de reproches à craindre ; ensuite il abandonna la peinture pour s’appliquer aux sciences ; et pour obéir à son père, il s’attacha à graver au burin : ce fut Dominique Tibaldi, grand architecte et bon graveur, qui pendant quelques années lui enseigna  ce bel art. Il s'adonnait ainsi à tout ce que lui dictait son génie : la peinture, la gravure, la poésie, les mathématiques, la danse et d’autres exercices partageaient ses occupations.

Il partit quelque temps après pour aller joindre son frère à Parme, et il y sût profiter des beaux morceaux du Corrège et du Parmesan. Annibal s’arrêtant trop longtemps dans cette ville, Augustin s’en alla à Venise ; il y apprit la belle manière de graver de Corneille Cort qui était très habile ; il y réussit si parfaitement, que ses estampes  dans la suite, ne furent pas moins estimées que ses tableaux. Un tel disciple ne convenait point à Corneille Cort, il dessinait mieux que lui, il le congédia.
Augustin qui était un excellent dessinateur, réformait  souvent dans ses gravures, l'incorrection des tableaux originaux ; il avait mérité par là, les louanges du Tintoret et de Paul Véronèse. Le Baroche et le Vannius, au contraire, lui écrivirent durement sur ce qu’il avait changé, sans leur en faire part, des figures entières dans les planches qu’il avait gravées d’après leurs tableaux.
Ce fut en ce temps-là qu’il eut à Venise, un fils naturel nommé Antoine, dont le Tintoret par amitié voulut bien être le parrain. Quelques morceaux libres qu’il grava et qu’il vendait en cachette, lui attirèrent des reproches de Louis et de tous les honnêtes gens. Il éprouva depuis de fréquents malheurs dans sa famille. Cette application continuelle à la gravure, dans laquelle il forma un excellent élève en la personne de François Villaméne, lui avait affaibli le coloris.

 Augustin, de retour à Bologne, quitta la gravure ; il se remit à peindre, et devint fort habile. L’émulation que lui causa la grande réputation d’Annibal, lui fit faire de prodigieuses études : ce peintre était dans cet âge infatigable, ou les grands maîtres regardent l’invention et l’exécution du même oeil : ses compositions avaient tout le feu de la belle poésie ; la beauté du dessin et un heureux coloris s’y disputaient l’un et l’autre l’avantage.
Louis et Annibal le mettaient de toutes leurs entreprises, chacun se secourait, se donnait conseil ; c’est ainsi qu’ils ont travaillé à san-Bartolomeo, dans les palais Zampieri, Fava et Magnani.
Tant que subsista l’académie qu’il avait établie lui-même avec Louis et Annibal, leur accord fut assez heureux ; ils tendaient tous à la même fin. Augustin qui était savant montrait I'histoire, la fable, la perspective et l'architecture, dont il avait fait plusieurs traités. Il prenait un soin particulier d’élever les jeunes gens de cette académie.
Comme il vit la supériorité d’Annibal et de Louis qui se disputaient à armes égales, il ne voulut point entrer en concurrence, et il se remit à graver. Les Chartreux ayant demandé aux deux frères un dessin d’un saint Jérôme, Augustin fut préféré pour le peindre. Louis en fit aussi un pour les mêmes religieux. Ce combat entre les trois Carraches, ne servit qu’à leur donner plus d’émulation. Augustin remporta beaucoup de gloire de son tableau qui fut placé dans l’Eglise des Chartreux : heureux les Carraches, si cet accord eût été d’une plus longue durée.

Augustin avait été reçu pour ses poésies, dans l’académie dei Gelosi de Bologne (Il n'est pas le seul peintre qui se soit attaché particulièrement à la poésie ; Frédéric Zucchero, le Civoli, Salvator Rosa, du Fresnoy, ont fait imprimer leurs ouvrages.) : Louis ne pouvant l’accorder avec Annibal, le fit partir pour Rome. Charmé des belles choses qui s’y voient, surtout des figures antiques, il écrivit à Annibal pour l’engager à le venir trouver : Annibal s’en excusa sur ce qu’il aurait honte de voir de si belles figures, dont il était si éloigné pour la perfection ; Augustin lui répondit de ne rien craindre, et que, quoique ces figures fussent en grand nombre, elles ne pouvaient ni se mouvoir, ni parler.
Enfin, Annibal envoyé par Louis pour peindre la galerie Farnèse, arriva à Rome ; les deux frères travaillèrent longtemps ensemble à cet ouvrage ; Augustin fournissait les pensées, et exécuta plusieurs morceaux de sa main. Sur ce qu’on dit que le graveur avait mieux réussi que le peintre, la jalousie d’Annibal se réveilla et devint si forte, que le cardinal Farnèse fut obligé de les séparer ; Augustin se retira chez le Duc de Parme, où il peignit une grande salle dans le casin de la fontaine du jardin. Timide dans l’art, très  circonspect, il s’appliquait à perfectionner son ouvrage dont il n'était jamais content ( Horace, ainsi que lui, était longtemps à polir son ouvrage ;  il le laissait ordinairement reposer neuf années.- Nonumque prematur in annum. ).
Augustin fut toujours triste depuis cette séparation ; il se voyait éloigné de Louis et d’Annibal, avec lesquels il avait presque toujours demeuré : essuyant des traverses dans ses travaux de Parme, entouré d’ennemis qui l'empêchaient de se rendre dans la salle où il peignait, et où il était souvent obligé d’entrer par la fenêtre, il menait une vie assez ennuyeuse.
On le manda à Gênes pour un grand ouvrage, où on le flattait d’une récompense proportionnée. Le Duc de Parme ne voulut pas le laisser aller, quoiqu’il eût fini sa grande salle. Son chagrin redoubla le fit mourir peu de temps après. Il est vrai, qu’à force de travailler il avait épuisé sa santé, mais un nouveau travail le délassait ordinairement du précédent. Dans le temps qu’il finissait un tableau de dévotion, Dieu le toucha ; il se mit à contempler attentivement la figure de l’enfant Jésus et celle de la Vierge, ouvrages de son pinceau : depuis ce temps-là, les sujets profanes furent bannis, et il mena une vie très chrétienne.

Comme il se sentait affaiblir, il se retira chez les Capucins, où, pour faire connaître combien il était repentant de ses fautes passées, il peignit un saint Pierre pleurant son péché, et il commença un jugement universel que la mort interrompit. Elle arriva à Parme en 1602, à l’âge de quarante-cinq ans, sept ans avant la mort d’Annibal, Il fut enterré dans la cathédrale. Les peintres de l’académie de dessin de Bologne, firent des funérailles magnifiques à Augustin avec une oraison funèbre : chacun fit un tableau, et Louis voulut bien les imiter. On pourrait absolument compter parmi ses élèves Jean Lanfranc.

Son fils naturel Antoine disciple d’Annibal, aurait peut-être surpassé tous les Carraches, à en juger par les trois chapelles qu’il a peintes à fresque dans la ville de Rome à san-Bartolomeo nell'isola, et par les autres ouvrages qu’il a faits à saint Sébastien hors les murs, s’il ne fût mort en 1618, âgé de trente-trois ans. Le Roi (de France, Louis XV) a le déluge peint de sa main.

Augustin était poli, honnête, toujours bien vêtu, spirituel, savant ; il disait que l’oreille était la partie du corps la plus difficile à dessiner : il en modela une plus grande que nature pour en faire connaître la structure ; on en fit des études infinies, et on en construisit un grand modèle en plâtre appelé l'Orechione d’Agostino.
Les dessins d’Augustin présentent en même temps un grand peintre et un très habile graveur, surout quand ils sont faits à la plume qu’il maniait très savamment, comme on le remarque dans ses paysages. Souvent il n’y a qu’un simple trait à la plume d’une touche légère et facile, soutenu d’un lavis au bistre. Quelques-uns sont aux différents crayons, dont les hachures serrées sont presque estompées. Outre le grand caractère, une parfaite correction, une pensée élevée et savante qui doit se trouver dans tous les Carraches, Augustin  moins spirituel et moins gracieux que Louis, se distinguera par cet endroit : ses têtes et les contours de ses figures moins fières que celles d’Annibal, aideront encore à en faire la différence.

Nous distinguerons parmi les ouvrages d’Augustin, les pièces gravées d’après les tableaux des grands maîtres ; ces pièces d’un excellent burin l’ont autant fait connaître que sa peinture, voici les principales.
Un grand crucifiement en trois planches d’après le Tintoret ; l’incendie de la ville de Troyes d’après le Baroche ; sainte Justine en deux pièces, grand sujet d’après Paul Véronèse, peint à Padoue ; La Vierge tenant l'enfant Jésus, saint Jérôme, sainte Catherine à genoux et deux anges, d’après le Corrège ; la tentation de saint Antoine, grand morceau d’après le Tintoret ; le saint Jérôme, demi-figure, d’après le tableau qu’il a peint ; la communion de ce saint, qui est à la Chartreuse près  Bologne ; les épousailles de sainte Catherine, avec  un grand nombre de figures, d’après Paul Véronèse ; saint Jérôme avec son lion, et la Vierge montant  au ciel, portée par quatre anges, d’après le Tintoret ; le Christ au tombeau soutenu de sa mère et d’un ange, d’après Paul Véronèse ; plusieurs planches pour une édition de la Jérusalem délivrée du Tasse ; la Vierge tenant son fils avec saint Joseph et saint Jean, d’après Paul Véronèse, on voit dans le bas sainte Catherine et St. Antoine Abbé ; saint François qui reçoit les stigmates, dans un beau paysage de son invention ; l’Ecce-Homo et la Vierge évanouie, avec trois figures, d’après le Corrège ; une Vierge qui étend son manteau sur deux confrères à genoux ; saint François extasié tenant le crucifix, avec un ange qui joue du violon, d’après Vannius ; un autre saint Jérôme plus petit, d’après le même ; Mars chassé par Pallas, la Paix et Abondance, d’après le Tintoret ; Mercure avec les trois Grâces, d’après le même ; deux Nymphes dans un paysage avec l’amour qui retient le Dieu Pan et ces mots, Omnia vincit amor. On ne connaît  qu’une pièce gravée d’après Augustin, c’est le mariage de sainte Catherine, fait à Rome par B. Farjat.

On remarque parmi les tableaux qui sont à Bologne, le saint Jérôme communiant à l’article de la mort, chez les Chartreux ; à saint Barthélemy di reno dans la chapelle des Gessi, on voit une belle nativité du Sauveur, et sur les côtés, une adoration des Mages et la circoncision, petits tableaux ; à san-Salvador de la porte neuve, dans la chapelle Zaniboni, une Assomption de la Vierge, excellent tableau.
Il a peint dans la même ville au palais Fava, les clairs obscurs de I'histoire de Jason et de celle d’Enée, c'est-à-dire les figures en termes qui supportent  les quatre des tableaux de ces deux frises, ainsi que la figure de Jupiter en clair-obscur. Dans le palais Zampieri, un Hercule qui aide Atlas à soutenir le monde, et ses autres travaux dans les plafonds des trois pièces d’enfilade ; dans le palais Magnani, où est peinte dans la frise de la grande salle I'histoire de Romulus, il y a trois morceaux de la main d’Augustin qui ne le cèdent en rien aux six d’Annibal, et aux cinq de Louis. Sur la cheminée de la seconde pièce du même palais, l’Amour qui soumet le Dieu Pan avec un très beau paysage ; Diane qui descend du ciel, pour voir Endimion dans le palais Riarii.

La galerie Farnèse à Rome, est ornée de deux grands morceaux de sa main ; l’un le triomphe de Galathée, et l’autre l’Aurore avec Céphale dans son char, et il a peint en partie le Camerino conduit sur ses idées.
A Venise, un Christ en croix dans l’école de St. Roch ; à Reggio dans l’Eglise de saint Prosper, un Christ mort accompagne des trois Maries.
Dans l’Eglise des religieuses de saint Paul à Parme, on voit les épousailles de sainte Catherine,  et il a représenté d’une moyenne grandeur sainte Agathe, sainte Cécile, saint Jean et un évêque aux pieds de la Vierge tenant l’enfant Jésus.
A Parme dans le casin de la fontaine, il a peint une grande chambre entière, où l’on voit quatre tableaux, savoir, des Amours qui fabriquent des flèches et des arcs, Galathée sur un dauphin, entourée des Néréides, vient au-devant des Argonautes, pour avoir la toison d’or ; Mars armé et Vénus, tous deux entourés de plusieurs Amours ; un homme armé qui se retire à la vue d’une Syréne. Sa pensée a été de représenter l’amour honnête, l’amour lascif, et l’amour vénal : il laissa une place dans le plafond que la  mort l’empêcha de finir,  et où le Duc fit écrire en lettres d’or son éloge et son âge, ne voulant pas qu’aucun peintre y travaillât.
Dans la galerie de ce Prince, on voit encore de sa main une sainte Catherine, deux enfants qui regardent une écrevisse qui pince l’oreille d’un chat ; un saint François, et le portrait du Duc Ranuccio.
Le Grand Duc a dans sa galerie, un Christ portant sa croix, demi-figure.
Dans la galerie du Duc de Modène, une Suzanne  avec les vieillards, une Vierge avec saint François qui tient entre ses bras l’enfant Jésus ; deux amours ensemble, le divin et le profane ; le fameux Pluton dans la grande salle.
Le Roi (de France, Louis XV) n’a point de tableau d’Augustin Carrache, à moins qu’il ne soit confondu avec les autres Carraches.

On voit au palais Royal, un beau tableau de ce maître, c’est le martyre de saint Barthélemy peint sur toile, avec un fond de paysage.

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