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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Charles Cignani
peintre lombard
né en 1628 et mort en 1719

Charles Cignani, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

 

Voici un peintre qui s’est extrêmement distingué  dans la ville de Bologne, lieu de sa naissance, dont il a conduit l’école de peinture pendant un temps considérable ; c’est Charles Cignani, né en 1618. Son père Pompée Cignani, d’une ancienne famille de Bologne, voyant son fils dessiner d’après les meilleurs tableaux de son cabinet, sut prévoir l’habileté qu’il acquérait un jour dans cet art. Battista Cairo, peintre Bolonais, que Pompée attira chez lui, cultiva d’abord cette jeune plante ; elle crut dans l’école de l’Albane, qui en eut toujours un soin particulier. Cignani s’élevait au-dessus de ses camarades, il remportait tous les prix de l’académie, et ses coups d’essai en peinture paraissaient autant de chefs-d’œuvre ; l’Albane publiait partout qu’il ferait le plus grand soutien de son école, et même il l’employait souvent à peindre dans ses propres ouvrages.
Sa réputation, quoique naissante, le fit demander à Livourne, ou il traita en habile homme, un jugement de Paris ; à son retour à Bologne, le cardinal Farnèse l’occupa dans la grande salle du palais public, où il représenta, en deux grands morceaux, le Roi François I, qui, en passant à Bologne, touche les écrouelles, et l’entrée de Paul III en cette ville. Le même cardinal le mena à Rome, où il peignit un tableau à Saint André de la Valle, et un dans la Basilique de Saint Pierre, qui a été gâté depuis par l’humidité ; trois années s’écoulèrent à Rome dans ces travaux : il revint ensuite à Bologne, où il fut autant accablé d’ouvrages que de caresses ; toutes les églises, tous les palais offrent aux yeux différents témoignages  de sa capacité.
Le Duc Ranucio de Parme le manda pour peindre les murs d’une chambre, où Augustin Carrache avait exprimé au plafond le pouvoir de l’amour. Ce Prince lui donna le même sujet à continuer ; et le Cignani le traita avec beaucoup d’élégance ; il n’y eut point d’accueil que ce Souverain ne lui fit pour l’engager à rester à Parme ; mais ses affaires domestiques le rappelèrent à Bologne.
Ses premières occupations furent de marquer sa reconnaissance à ce Prince, en lui envoyant un tableau de la conception, pour l’église de ce nom, qu’il avait fait bâtir à Plaisance. Le Duc François Farnèse le pressa dans la suite de recevoir le titre de Comte et de Cavalier, que sa modestie lui avait fait refuser du Pape et de plusieurs autres Princes. Tous ces honneurs redoublrent l'estime du public, son école acquérait chaque jour de nouveaux élèves, et ses ouvrages multipliaient le nombre des admirateurs : un  si grand succès ne pouvait manquer d’être troublé par l’envie ; on publia contre lui des choses très  désavantageuses ; on lui gâta des tableaux qu’il avait faits sous le portique des Pères Servites, et l’on brûla les cartons qu’il y avait laissés.

L’Électeur de Bavière qui voulait embellir une église de Munich, nomma le Cignani parmi quatre des plus fameux peintres d’Italie, qui devaient chacun fournir un morceau pour ce temple ; il leur   assigna une somme considérable et un prix pour celui qui réussirait le mieux ; le Cignani envoya une sainte famille, qui, sans le manège des envieux, aurait eu la palme.
Le Grand-Duc de Toscane ne voulut pas être le seul Prince qui ne fît point d’accueil à ce peintre ; il lui demanda son portrait,  et plusieurs ouvrages qui ornèrent sa belle galerie de Florence.
Il ne manquait plus à la gloire de ce peintre, qu’un morceau public digne de lui, une grande machine, telle qu’une coupole ; celle de la ville de Forli lui fut offerte, en 1686 ; et il se rendit aussitôt en cette ville pour la commencer.
Après avoir fait tenir son école de Bologne, pendant quelque temps, par deux de ses meilleurs élèves, il la fit enfin transporter à Forli, ainsi que toute sa famille. Le cardinal san Cesareo, passant par cette ville, lui demanda quelque morceau de sa main ; le Cignani lui fit présent d’un Adam et Ève qu’il avait fait pour son étude. Le cardinal lui donna cinq cent pistoles, en disant qu’il comptait seulement acheter la toile et recevoir la peinture en présent.
Il devint citoyen de Forli, ayant été près de vingt ans à finir cette coupole, qui ne fut achevée qu’en 1706 ; son fils Felice l’aida beaucoup dans ce grand ouvrage.
Le Pape Clément XI l’honora de sa protection, lui procura plusieurs ouvrages et le déclara Prince de l’académie de Bologne, en donnant son nom à ce corps, qui s’appelle encore l’académie Clémentine ; le principe de son élévation fut son mérite ; il termina ses travaux par le tableau de la naissance de Jupiter, qu’il peignit à l’âge de quatre-vingt ans pour l’Électeur Palatin. Cignani fut attaqué d’un catarre, en 1715 ; et il ne fut plus capable de rien faire. Après quatre années de souffrances, il tomba malade, et voulut brûler une Danaé un peu trop nue ; son fils l’en empêcha, et lui promit de la couvrir. Sa mort arriva à Forti, en 1719, à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Son corps fut exposé sous la coupole qu’il avait peinte ; et son fils Félix lui fit faire des obsèques magnifiques, avec une belle épitaphe. Les académiciens de Bologne rendirent à la mémoire les honneurs qu’ils lui dévaient, par un service au bout de l’an, où l’on prononça une oraison funèbre.

Le Cignani eut dix-huit enfants, qui moururent tous ; il ne reste que les enfants de son fils Felice qui fut un de ses élèves.
Ses autres disciples ont été, Marc-Antoine Franceschini, Louis Quaini, François Mancini, le Lamberti, et Carlo Lucy né à Londres, qui s’attacha au portrait.
Une heureuse physionomie se joignait dans le Cignani au caractère avantageux de bonté, de générosité, qui le portait à soulager ses élèves, à faire du bien à ceux qui le désobligeaient, et à louer ceux-mêmes qui parlaient mal de lui.
On trouve dans cet artiste, la fraîcheur et la force du pinceau, la légèreté de la main, un faire admirable, la correction du dessin, les grâces, le moelleux, la fertilité du génie, une facilité à jeter ses draperies ; en un mot, c’est un peintre des plus gracieux : il s’attacha surtout à l’expression des passions de l’âme. La nouvelle manière qu’il s’était faite, tenait du Guide et du Caravage, sans jamais  perdre de vue les grâces du Corrège.
Quand il dessinait, et que le dessin ne lui plaisait pas, il le déchirait et en faisait un autre, disant que quelque changement qu’il y fît, il sentirait toujours un dessin réchauffé. Ses tableaux, à la manière des Carraches, paraissaient plus grands qu’ils ne le sont en effet ; l’artifice de placer les sites et de disposer ses figures, une ordonnance heureuse étaient encore de grands talents chez ce peintre, On lui reproche qu’il finissait trop ses tableaux, et qu’il n’y mettait pas assez de feu ; son coloris était si fort, et il donnait tant de relief à ses figures, qu’elles ne se liaient pas assez avec le fond ; on l’a même toujours regardé comme plus propre à peindre des Vierges et des demi-figures, que des sujets d’histoire.
Le Cignani avait une si grande vénération pour Louis XIV, qu’il le mettait au-dessus des Princes de son temps, et qu’il le comparait à ce que nous avons de plus grand dans l’histoire ; ce n'était point les conquêtes de ce Prince qui lui avaient fait naître cette pensée, mais seulement son amour pour les arts et les sciences.
Les dessins du Cignani ne se trouvent pas facilement : ce que nous en avons est très heurté à la sanguine, ou à la pierre noire, et fait connaître sa grande manière de penser, le beau choix qu’il a fait de la nature, et sa grande intelligence à répandre les lumières. Il y a quelques dessins plus terminés qui sont lavés au bistre rehaussés de blanc ; c’est alors qu’on peut mieux remarquer ses belles  draperies, les têtes gracieuses et de certains coups ressentis dans le contour de ses figures, qui le caractérisent assez pour le faire reconnaître.

Ses ouvrages, à Rome, sont un des deux grands tableaux, peints sur les côtés du maître-autel de Saint André de la Valle, concernant l’histoire de ce saint ; un tableau pour Saint Pierre, que l’humidité a gâté, aussi que nous l’avons déjà remarqué ;
On voit à Bologne, dans l’église del Buon Giesu, saint Paul qui guérit une possédée ; sous le portique des Servites, le miracle de l’enfant ressuscité et de l’aveugle, au tombeau du bienheureux Benizi ; à Sainte Lucie, dans la chapelle Davia, la Vierge tenant son fils, qui donne une couronne de roses rouges à saint Jean-Baptiste, et une autre de roses blanches à sainte Thérèse ; à Saint Michel in Bosco, huit enfants qui soutiennent les médaillons où sont représentés des sujets saints, lesquels sont au-dessus des portes ; dans la galerie du palais Davia, plusieurs ouvrages.
À Livourne, un beau jugement de Paris.
À Milan, une sainte famille.
À Plaisance, chez les religieuses del convento nuovo, la conception de la Vierge.
La coupole du dôme de Forli, qui représente l’assomption de la Vierge avec quantité défigurés d’anges, est de sa main.
Le Grand-Duc possède un très beau tableau d’une Vénus couchée sur le bord d’une fontaine, accompagnée de deux Amours qui jouent avec ses colombes. Dans le palais du Duc de Parme, appellé le jardin, il y a une chambre où sont peints à fresque sur les murailles, l'enlèvement d’Europe, Vénus sur son char, Ariane et Bacchus, Daphné avec un Satyre, et Apollon ; Pan et Syrinx.
Dans la galerie de l’Électeur Palatin, à Düsseldorf, on voit un Jupiter nourri par une chèvre, avec deux Satyres jouant des instruments, et deux Nymphes ; un saint Jean en petit ; la naissance d’Adonis ; l’enfance de Jupiter, avec plusieurs Bacchantes jouant des instruments.
Le Roi (de France, Louis XV) possède de ce peintre, une descente de croix, sur cuivre ; et Notre-Seigneur qui apparaît, en jardinier, à la Madeleine.
On voit au palais Royal, un Noli me tangere ; petit tableau peint sur cuivre, d’une élégance admirable.

Il y a peu de choses gravées d’après le Cignani On connaît une sainte Catherine, par Dorigny ; une Aurore et une adoration des Bergers, par Meloni ; un saint Benoît et la chasteté de Joseph, par J. Frey ; une descente de croix, par Crespi ; et, depuis peu d’années, Liotard a gravé, à Venise, toutes les peintures qui sont à Parme dans le palais du Duc, d'après les cartons originaux qui appartiennent au sieur Smith, Consul de la nation Anglaise à Venise.


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