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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Antoine Corrège
(Antoine de Allegri)

peintre lombard

né en 1494 et mort en 1534

Antoine Corrège, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

Le Corrège est un de ces hommes nés sans précurseur, de ces hommes qui ne doivent leur élévation qu'à leur propre génie. C’est lui qui le premier a peint des figures en l’air et qui plafonnent (terme usité en peinture, pour exprimer le raccourci des figures dans un plafond.) : Raphaël n’avait osé le tenter en peignant, au petit Farnèse, les noces de Psyché, où, pour éviter les raccourcis, il a supposé les figures peintes sur une tapisserie que des clous attachent au plafond.

Né, en 1494, à Corrège dans le Modénois ; son vrai nom était Antoine de Allegris. On lui donne trois maîtres, l’un François Blanchi, dit il frari ; André Manteigne, et Antoine Begarelli, sculpteur Modénois. Ses ouvrages sont si éloignés de la manière de ces artistes, qu’il est à présumer que c’est des mains de la nature, qu’est sorti ce grand peintre, qu’on a surnommé le Prince des grâces et du coloris. Né, pour ainsi dire, sans maître, sans protecteur, sans biens, il s’est suffi à lui-même ; il n’a rien emprunté des autres. Ses contours, sans être corrects, sont d’un grand goût ; ses airs de têtes admirables, son coloris divin.
Ce peintre était de ces génies heureux, qui apportent en naissant, une disposition naturelle, laquelle, avec de faibles recours, vous conduit à la perfection. Sans être sorti de son pays, sans avoir vu Rome ni Venise, sans avoir consulté les figures antiques, ni aucun modèle de plafonds, de raccourcis, de coupoles, ce fameux artiste a été créateur de sa manière : il ne doit qu’à lui-même le haut point de perfection où il a porté la peinture.

Son origine n'est point encore constatée. Son père, selon quelques auteurs, était issu d’une noble famille de Corrège, nommée de Allegris, et il a laissé de grands biens à un fils unique, qui était le Corrège. Les pensées élevées de ce peintre, et les sciences dont il était orné, telles que la philosophie , l’architecture et autres, sont la suite d’une belle éducation, partage ordinaire des gens nobles et aisés ; mais la joie qu’il eut de porter une somme  de deux cents livres à son indigente famille, comme il fera dit dans la suite, n’annonce pas un homme riche et de noble origine. D’autres auteurs ont dit que son père était laboureur, né de parents pauvres, et qu’il le fut durant sa vie.
Une nombreuse famille, le prix modique qu’il retirait de ses ouvrages, et le temps considérable  qu’il employait à les finir, n’étaient pas de sûrs moyens de l’enrichir. Cet état de médiocrité qui le rendait mélancolique, convient mieux à la cause de sa mort et aux autres événement de sa vie.

Antoine, plus coloriste que dessinateur, avait néanmoins un grand goût de dessin, et un heureux choix du beau. Quelle fraîcheur, quelle force de coloris, quelle vérité et quelle excellente manière d’empâter les couleurs ! On ne peut rien voir de plus moelleux, tout y paraît tendre et fait avec le souffle, sans aucune crudité de contours. Quant à ses idées, elles sont grandes et extraordinaires ; ses compositions raisonnées, les airs de têtes de ses figures inimitables, des bouches riantes, des cheveux dorés, les plis de ses draperies coulants, une finesse d’expression surprenante, un beau fini qui fait son effet de loin ; un relief, une rondeur, un accord, et une union parfaite, règnent dans tout ce qu’il a fait. Ses ouvrages ont étonné tous les peintres de son temps, ainsi que ceux qui les ont suivis. Jules Romain disait que les carnations du Corrège étaient si fraîches, que ce n'était point de la peinture, mais de la chair ; aussi peignait-il d’après nature, sans souvent faire de dessin. Il disait que sa pensée était au bout de ses pinceaux (C'haveva i fuoi pensieri nella fremit à dei penelli.).
Quelle intelligence du clair-obscur ne remarque-t-on pas dans son tableau de la nativité, connu sous le nom de la nuit du Corrège. Eloigné de la route ordinaire des peintres, d’éclairer un sujet des lumières du jour, il l’a représenté de nuit, c’était se priver de tous les secours brillants des couleurs. Il sort de l’enfant Jésus, une lumière aussi vive que celle du soleil ; et par des oppositions  d’ombre et de, lumière, il a répandu sur la composition, un effet aussi piquant que nouveau.

Les grands peintres qui ont suivi Jules Romain, sont venus le consulter ; c’est là qu’ils ont trouvé le grand goût, le beau coloris et la magie des plafonds, en quoi le Corrège a surpassé tous les autres. C’est un modèle parfait qui peut être imité ; mais qu’on n’a pu égaler jusqu'à présent : Paul Véronèse et Lanfranc sont ceux qui ont le plus approché des beaux raccourcis de ce maître.
Il n’a manqué au Corrège que de sortir de son pays ; s’il avait vu les beaux tableaux de Rome et de Venise, et les précieuses figures qui y sont, son dessin serait devenu plus correct, ses contours auraient été plus exacts ; il serait devenu sûrement le premier peintre du monde. On le trouve quelquefois capricieux et incorrect ; on remarque même des airs de têtes souvent répétés, et un peu trop de fatigue dans son travail, quelque soin qu’il eût de le cacher par une grande fonte de couleurs.
Le bon mot qu’on lui attribue, anche io sono pittore, en voyant les ouvrages de Raphaël, a fait tomber en contradiction deux auteurs (Abrégé de la vie des peintres, par de Piles, page 297. Description des tableaux du palais Royal, par saint Gelais, page 50.), qui le font venir à Rome, quand ils ont dit, quelques lignes au-dessus, qu’il n'est jamais sorti de son pays. Il y a assez d’ouvrages de Raphaël à Parme et à Modène, pour que le Corrège ait eu occasion d’employer cette expression.

Le Corrège peu favorisé de la fortune était modeste  dans ses manières, se contentant de peu, et aimant à assister les pauvres, dont la triste destinée  approchait assez de la sienne. Il n’y a rien de si singulier que le sujet de sa mort. Il reçut à Parme le payement d’un tableau en monnaie de cuivre, qu’il porta à pied pendant quatre lieues, et dans la grande chaleur. La joie qu’il eut de soulager  les besoins de sa famille, l’empêcha de songer au danger auquel il s'exposait ; il arriva à Corrège, très fatigué, avec une grosse fièvre, qui l’emporta en l’année 1534, âgé de quarante ans.
Le grand nom du Corrège mérite bien les vers suivants :

Cette nuit, des songes flatteurs
M’ont peint le Corrège à Cythère ;
L’Amour, les Grâces et leur mère
Broyaient à l'envi ses couleurs :
Ce Dieu, des traits de son armure,
Formait ses crayons enchanteurs ;
Vénus lui prêtait sa ceinture :
J’admirais ces dons précieux.
Qui que tu sois, dit l’Immortelle,
Ne sois point surpris que les Dieux
Comblent de faveurs cet Appel :
Son coloris me rend plus belle
Que tous les dons que j’eus des Cieux.

Nous ne connaissons qu'un seul élève du Corrège , c’est Bernardo Soiaro ; l’on peut dire cependant que tous les peintres ont été ses disciples.

Ses desseins sont très rares : Vasari dit que quoique bons, pleins de vaguesse et faits de main de maître, ils ne lui auraient pas acquis une aussi grande réputation, s’il ne s’était surpassé infiniment en exécutant en peinture les mêmes sujets. En effet, les draperies sont dessinées lourdement, et les extrémités des figures fort négligées ; il ne s'embarrassait pas d’arrêter ses desseins : content d’avoir son sujet dans la tête, il le peignait avec l’enthousiasme d’un homme qui produit sur le champ ; c’est ce qui fait qu’on ne voit que des études et de légers croquis de sa main. Ils sont presque tous à la sanguine assez mal maniée et comme estompée : ses grâces, ses caractères de têtes, ses beaux contours, ses élégants raccourcis percent à travers le brut de ses desseins, et les feront toujours distinguer parmi tous les autres.

Ses ouvrages à Parme sont la coupole du dôme, qui est un chef-d’œuvre de sa main ; il y a représenté  à fresque le paradis avec un petit nombre d’anges, et les quatre docteurs de l’Eglise dans les angles. Malgré la ruine de ces beaux morceaux, et le peu de clarté qui régne dans cette Église, on découvre des raccourcis surprenants et des têtes admirables. La coupole de saint Jean des Bénédictins, représente l'Ascension du Sauveur entouré des douze apôtres, figures détachées, de la dernière beauté ; cet ouvrage est encore mieux conservé et mieux éclairé que celui du dôme. La tribune où est l’assomption est copiée d’après lui, parce qu’elle fut abattue pour agrandir le chœur ; elle a été copiée par les Carrache, et César Aretusî  l'a ensuite repeinte sur le lieu, telle qu’on la voit aujourd’hui. Dans une chapelle, est une descente de croix et le martyre de St Placide et de Fausta sa sœur ; chez les religieux Franciscains, on voit une annonciation à fresque ; à la Madona della scala, une Vierge peinte sur le mur, à laquelle on a eu la simplicité d’ajouter sur la tête, une couronne d’argent qui fait grand tort à la peinture ; dans l’Eglise du saint Sépulcre, une fuite en Egypte, d’une grande beauté ; dans le couvent des religieuses de saint Paul, une chambre peinte à fresque, où l'on voit les chasses de Diane dans les lunettes autour du plafond, la déesse est : en pied sur la cheminée ; le reste est  un berceau avec des pampres de vignes, des feuillages et des fleurs, tout de sa main. Le lieu est  si obscur, qu’il faut des flambeaux en plein jour, pour jouir de ces belles peintures ; à saint Antoine, on voit un des plus excellents  tableaux du Corrège, où la Madeleine baise les pieds du Sauveur qui est entre les bras de la Ste Vierge, le même tableau expose encore un saint Jérôme, un ange qui tient un livre, et un autre qui rit.
A Bologne, un Christ qui apparaît à la Madeleine en jardinier.
A Modène, un Christ au jardin des oliviers, petit tableau d’un pied de haut, dont la lumière vient de l’ange.
Il y avait dans la galerie du Duc de Modène, saint François et saint Jean, avec la Vierge, première manière ; saint Roch, saint Sébastien, saint Geminian avec la Vierge dans une gloire d’anges ; la Madeleine pénitente, petit tableau précieux, dont la bordure est de vermeil entourée de diamants ; une Vierge demi-figure, de ses premières manières, un portrait qu'on dit être celui du Médecin du Corrège, la sainte Vierge accompagnée de saint Geminian, saint Pierre martyr, saint George et saint Jean en pied ; la fameuse nativité, connue sous le nom de la nuit du Corrège ; tous tableaux qui se voient aujourd’hui dans la galerie de Dresde.
Dans celle du grand Duc, un saint Jean avec la Madona, la Vierge tenant l’enfant Jésus entre ses bras et deux saints à côté ; une sainte famille dans un paysage, avec saint Jean-Baptiste dans une gloire d'anges.
Dans celle du Duc de Parme, la Vierge appelée Zingarina, un Salvator mundi, saint Bruno dans le désert, le mariage de sainte Catherine, la Vierge avec plusieurs saints, une sainte Catherine, une Vierge et saint Jean, tableau venant de la destruction  de la tribune de saint Jean des Bénédictins ; on l’a encastré dans un plafond.
Au palais Costa de Plaisance, une belle tête.
Dans la bibliothèque Ambrosiane à Milan, le portrait d’un docteur.
On trouve à Vienne chez Sa Majesté Impériale, trois tableaux fameux, savoir, Io, l’enlèvement de Ganymède, et l’amour fabriquant un arc, outre une Madeleine pénitente en demi-figure, et deux tableaux, dont un représente une femme qui se mire.
Le Roi d’Espagne possède dans son palais de Buen retiro, Notre Seigneur dans le jardin des oliviers, une Vierge tenant son fils sur ses genoux, peints sur bois, et les figures de demi-nature. Ces tableaux sont si précieux, que Sa Majesté les a mis dans sa chambre à coucher. Il y a dans la sacristie de l’Escurial, un tableau peint sur bois, qui représente  notre Seigneur en pasteur, de proportion de demi-nature.
L’Electeur Palatin possède à Düsseldorf, un Ecce Homo avec la corde au cou, demi-figure admirable, une Vierge avec l’enfant Jésus, une Madeleine.
Le Roi (de France, Louis XV) a huit Corrège, Jupiter en satyre et Antiope endormie à côté de l’amour ; une Vierge, l’enfant Jésus, saint Joseph et saint Jean ; un saint Jérôme, une Vierge, l’enfant Jésus, la Madeleine qui lui baise les pieds, et un saint Jérôme qui tient un rouleau de papier ; un Ecce Homo couronné d’épines assis sur une draperie changeante ; l’homme sensuel ; la vertu héroïque couronnée par la gloire ; le ( a ) mariage de sainte Catherine (Le Duc de Mantoue avait vendu ces deux tableaux à Charles I, Roi d’Angleterre ; ils furent achetés, après sa mort funeste, par Louis XIV.).
Il y a dans la collection du palais Royal, une Madeleine regardant un crucifix ; un Noli me tangere ; la fable d’Io ; celle de Leda, toutes deux de grandeur presque naturelle (Ce tableau a été coupé en trois morceaux, et la tête de la femme a été enlevée de la toile, et repeinte par Charles Coypel, à qui le Prince l’avait donné, ainsi que celui d’Io. On a vendu, à sa mort, ces deux tableaux au Roi de Prusse. Ils ont été repeints et retouchés à Paris, savoir, la Danaë par le sieur De Lyen, et l’Io par le sieur Colins.) ; l'enseigne du Mulet ; une sainte famille peinte sur bois ; le Duc Valentin qui tient un poignard ; deux études, dont l’une représente  huit têtes dans des attitudes différentes ; l’autre plusieurs têtes de même, avec quelquelques figures à mi-corps ; le Rougeau, (c’est le portrait d’un gros garçon fort rouge ) la Vierge au panier, peinte sur bois ; Danaë ; l’éducation de l’amour ; le même qui travaille son arc, tous trois de grandeur naturelle.

Les graveurs du Corrège sont, Augustin Carrache, Diana Mantuana, F. Merlini, C. Bertelli, F. Bricio, J. M. Mitelli, Troien, G. Mantuan, Van-Kessel, Boël, J. B. Vanini, F. Spierre, Château, Edelinck, Gaspard Duchange, des Rochers, Giovannini, de Beauvais, Daullée, Kilian, Tanjé, Smith, Van-de-Steen, Sixte Badalocchi, Arnould, Dejode ; Picart le Romain a gravé trois morceaux dans le cabinet du Roi ; Surugue le fils vient de graver nouvellement la fameuse nuit du Corrège, qui est un beau morceau.

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