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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Augustin Metelli
peintre lombard
né en 1609 et mort en 1660

Augustin Metelli, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

 

Suivant le sentiment d’un Moderne, la nature doit toujours paraître embellie, et jamais, pour ainsi dire, en déshabillé. Peindre cette nature n’est point la copier servilement ; c’est l’imiter dans ce qu’elle a de plus beau, la rectifier dans ses caprices, ses bizarreries, et jeter sur les objets les perfections donc ils sont susceptibles. Ce sont ces grands principes qui animèrent le crayon d’Agostino Metelli. Né à Bologne, en 1609. Sa jeunesse jusqu'à seize ans fut remplie de misère ; il la passa auprès des peintres, occupé aux emplois les plus vils. Dans le désir qu’il avait d’apprendre un art qui l’appelait à lui, les routes les plus difficiles lui semblaient semées de lys et de roses : enfin il eut le bonheur d’entrer dans l’école du fameux Girolamo Curti detto il Dentone, qui avait été réduit comme lui dans sa jeunesse, à l’état le plus malheureux, au point même de filer et de sonner les cloches. Régnier, en parlant des artistes indigents, dit plaisamment :
... Phébus et son troupeau,
Nous n’eûmes sur le dos jamais un bon manteau.

Metelli n’avait que dix-sept ans, quand il se présenta pour lui un avantage des plus considérables. Un riche architecte de Ferrare, nommé Aleotti. charmé de le voir si habile à cet âge, voulut partager sa fortune avec lui, et l’adopter pour son fils ; ce que Metelli refusa pour ne pas abandonner ses père et mère.
Curti, ayant reconnu que Metelli était très  habile à peindre à fresque, l’architecture et les ornements, ce que les Italiens appellent Quadratura, le donna au Colonna qui avait été son élève, et qui lui avait demandé quelqu’un pour l’aider dans ses ouvrages ; Colonna en fut ravi, et ils entreprirent ensemble l’appartement du cardinal de Ste Croix, légat à Bologne ; de là, le Grand-Duc les manda à Florence pour achever les ouvrages de Giovanni di san Giovanni, dans l’aile droite du   palais Pitti. L’Albane souhaita encore d’avoir ces deux peintres, pour orner une partie du plafond,  où il avait représenté Jupiter et Ganimède dans la Vigne de Mezzo monte, appartenant depuis au Marquis Corsini.
Plusieurs ouvrages se présentèrent à leur retour à Bologne, où leur réputation les avait devancés. Le cardinal Jean Carlo les fit revenir à Florence, pour le palais de son jardin, sur la rue della Scala ; enfin, ils restèrent dans cette ville, et dans les environs, jusqu’en 1649. Metelli disait que, lorsqu'il était parti pour Florence, il avait porté un grand sac plein de terres propres à peindre, qu'il l'avait rapporté à Bologne, rempli de piastres ; et qu'ainsi il avait trouvé l'art de changer la terre en argent.
Le Duc de Modène les manda pour embellir son palais de Sassuolo ; leur nom ne fut point borné à la seule Italie, il passa en Espagne où Philippe IV les appela, en 1650. C’était la troisième invitation  de la part de ce Monarque.
Quand Metelli se mit en voyage avec le Colonna, il répondit à ceux qui lui conseillaient de porter peu de choses, de crainte des voleurs : Il ne m'importe guère, qu'on prenne toutes mes hardes, pourvu qu'on me laisse les deux doigts de la main avec laquelle je tiens mes pinceaux. Leur premier ouvrage, en arrivant en Espagne, fut deux perspectives dans le palais de Buen retiro ; ensuite le Roi leur ordonna de décorer trois pièces contiguës dans son palais de Madrid ; ils y représentèrent la chute de Phaéton, l’Aurore et la Nuit, dans des ordonnances d’une architecture très riche, qui plurent beaucoup au Roi. Ce Monarque montait souvent sur les échafauds pour les voir travailler, et se plaisait à parler de leur métier. Les Princes, en honorant  ainsi les arts, s’honorent eux-mêmes.

Colonna incommodé, soit par l’intempérie de l’air, soit par faiblesse de tempérament, demanda à s’en retourner. Metelli, qui se plaisait à Madrid, ne prévoyant pas que ce retardement lui serait funeste, fit naître des obstacles à ce retour. Il engagea les Pères de la Trinité d’obtenir du Roi que le Colonna entreprendrait la voûte de leur église. Il n’accepta cet ouvrage qu’avec peine, et Metelli travailla de son côté, dans une maison de campagne, près de Madrid, qui appartenait au Marquis de Lecci, premier Ministre du Roi. Ce Seigneur lui donna un beau cheval avec un mulet, pour en faire le voyage plus commodément. L’Écuyer qui se flattait d’avoir de sa main un tableau de la Vierge, refusa de donner le cheval, disant qu’il était boiteux, et qu’il ne pourrait marcher que lorsque le tableau serait fait. Cependant, Metelli faisait souvent ce voyage à pied, dans une saison très  chaude, et s’échauffait à chasser aux oiseaux, après quoi il buvait extraordinairement. Enfin, il revint à Madrid avec la fièvre, se mit au lit, se fit saigner, et sa maladie devint des plus sérieuses. Le Roi demanda de ses nouvelles, à Colonna, et lui envoya ses médecins. Metelli, ne croyant pas son mal dangereux, pria son ami d’aller achever à cette maison de campagne, ce qu’il avait commencé. Colonna y fut ; et lorsqu’il croit sur le point de finir, on le vint avertir que Metelli se mourait : en effet, il le trouva fort, mal, ayant reçu tous ses Sacrements. Metelli n’eut que le temps de lui nommer celui à qui il avait confié une somme d’argent assez considérable, et mourut, en 1660, âgé de cinquante-un ans. II laissa deux fils, l’un religieux de la Congrégation del ben Morire, l’autre Joseph Metelli, qu’il avait élevé dans son art, et une fille mariée à Baltazar Blanchi, peintre d’architecture.

Metelli était si libéral, qu’il laissa peu de biens à ses enfants. L'argent, selon lui, n'était bon que pour contenter ses fantaisies, sans quoi il ne différait point des cailloux ordinaires. Le prix qu’on lui offrait de ses ouvrages, était toujours le sien ; Colonna au contraire les soutenait sur un meilleur pied.
L’architecture était si familière à Metelli, que sur ses avis, les plus habiles de l'art réformaient leurs idées. Quoique inférieur au Colonna, Metelli faisait bien la figure : la couleur qu’il savait mieux donner au tout ensemble, un heureux génie qui lui faisait inventer toujours du nouveau, lui attiraient tous les suffrages ; on lui donnait tant de louanges, qu’on le rendit le premier adorateur de ses idées.
Sa coutume était de lire beaucoup. Il disait qu'un peintre, pour réussir, devait savoir un peu de tout ; que deux choses formaient l'habile homme, l'occasion de travailler en public, et l'émulation. Les académies de peinture, étaient selon lui, des jardins cultivés, ou l'on cueillait sans cesse de belles fleurs.
La vivacité de son esprit fourmillait à tout ; tantôt c’était des vers, une autre fois il jouait la comédie, et souvent il faisait présent aux acteurs, des décorations, et donnait volontiers des dessins de plafonds. Le rôle de Conseiller, dans la pièce de Soliman, fut si parfaitement joué par notre artiste, qu’on le comparait aux plus excellents comédiens. Personne n’aimait tant sa liberté, et la Cour l’ennuyait beaucoup ; il se ressouvenait de la belle pensée d’un courtisan, qui disait à ses vassaux : la douceur de la vie consiste à se mettre de niveau les uns avec les autres. Un cavalier Florentin pour qui il avait fait quelque ouvrage, se pressant peu de lui envoyer des caisses de Verdé de Florence, qu’il lui avait promises, il peignit son portrait, et un muletier conduisant des mulets chargés de caisses, et sur une, il écrivit, prossimo à venire. Le tableau parvenu au cavalier, le vin arriva aussitôt.
La chasse l'amusait tous les matins et tous les soirs, et elle lui causa la mort, comme on vient de le voir. Jamais il ne partait pour la campagne, qu’avec un petit livre, pour dessiner tout ce qui se présentait à sa vue. Nous avons de sa main un recueil de quarante-huit feuilles de frises et de feuillages ; un autre de vingt-quatre feuilles de cartouches, volutes, modillons ; et un de douze écussons doubles, entourés de plusieurs ornements ; le tout gravé à l’eau forte, d’une touche très spirituelle. Son mérite littéraire lui valut une place dans l’académie dei Gelati de Bologne, à laquelle il envoyait souvent des vers de sa façon, et il fit présent d’une belle décoration pour le théâtre, où cette même académie a coutume de réciter ses pièces ; celle de saint Luc de Rome se fit aussi un honneur de le compter parmi ses membres ; et outre les tableaux qu’il fournit pour sa réception, il leur envoya quelques pièces de vers, On plaça son portrait après sa mort, dans l'endroit le plus apparent de l’académie, vis-à-vis de ceux des Carraches, et on mit au-dessous ces deux vers à sa louange :
Praxitelem vicit ; nec non si vicit Apellem :
Mens illi duplex, dextra nec una fuit.

Ses élèves sont, le Sami, l’Alboresi, le Monticelli, Giacomo Monti, Baltazar Blanchini, Giacomo Friani, Prospero Mangini, le Mondivi, les Rolliy François Quaini. Ses dessins sont lavés à l’encre de la Chine, avec un léger trait à la plume ; la manière de décorer, pour peu qu’elle soit examinée et confrontée avec d’autres, le fera toujours connaître.

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