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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Pelegrino Tibaldi
(Pellegrino Tibaldi de Bologne)

peintre lombard

né en 1527 et mort en 1596

Peligrino Tibaldi da Bologna, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

 

La plupart des auteurs sont assez d’accord sur le nom de Pelegrino Pelegrini da Bologna, detto Tibaldi.
Sa naissance est plus contestée ; les uns le disent Milanais, les autres le font naître à Bologne : pour les accorder, on peut le dire originaire du Milanais, et né en cette, dernière ville, environ en 1522.

L’éloge de ce grand peintre nous avait échappé dans la première édition de cet abrégé ; non qu’il  ne fut extrêmement connu par ses grands ouvrages ; mais par la difficulté de les détailler, et d’en pouvoir citer aux amateurs quelques-uns qui existaient  encore. On vient de publier, à Venise, les estampes des morceaux qu’il a peints dans le palais de l'institut de Bologne, et des deux grands tableaux placés à saint Jacques-le-Majeur de la même ville : il n’en faut pas davantage pour l'immortaliser. Quoique nous n’ayons en France que quelques dessins de sa main, on ne laisse pas d’y entrevoir une façon de penser grande et élevée.

On dit, mal à propos, que cet artiste à été élève de Perin del Vaga ; celui ci mourut la même année que Tibaldi arriva à Rome. Disons, avec plus de justice, qu’il fut élève de la nature et du fameux Michel-Ange, qu’il tâcha d’imiter dans ses idées. Il devança les Carraches, et leur servit de modèle, puisque ces grands maîtres l'appelaient, il Michel-Angelo riformato. Il est bien vrai qu’il s’était approprié sa belle manière de penser ; mais il y avait joint un ton de couleur mâle, secondé d’une facilité gracieuse et surprenante.

Né avec d’heureuses dispositions pour la peinture, il vint à Bologne avec son père, qui était maçon ; les tableaux de Vasari son ami, et les meilleures peintures de Bologne, servirent à ses études. Rome l'attira ensuite  en 1547, pour examiner ce qu’il y avait de beau dans cette grande ville. Il travailla dans le château Saint-Ange, et y fit, dans la salle, le tableau de saint Michel Archange. On rapporte qu’à vingt-cinq ans il surpassa, par la force de son coloris, Giacomo Sementi et un autre peintre qui travaillaient avec lui dans l'Eglise de saint Louis-des-François.

Tibaldi, d’une humeur affable, se faisait aimer d’un chacun, si l'on en excepte les jaloux que lui attirait sa grande réputation, il revint de Rome à Bologne, et de là il passa à Lorette, où il peignit, pour le Cardinal d’Ausbourg, dans le plafond de sa chapelle, la naissance du Sauveur, sa présentation au temple, et sa transfiguration ; le Baptême se voit sur l’autel, avec le portrait du cardinal, à genoux. Les côtés de cette chapelle sont ornés de saint Jean prêchant, de sa décollation ; et sous l’Eglise, dans un endroit appelé le paradis, le jugement universel y paraît avec des figures de clair-obscur. Comme dans la suite le feu consuma le tableau d’autel, Annibal Carrache fut mandé pour en faire un autre : toute son adresse y fut employée, craignant le parallèle avec les autres morceaux de Tibaldi.
On parle beaucoup de la fameuse loge des marchands d’Ancône, où ce peintre s'était ressouvenu de la manière fière de Michel-Ange ; il fit aussi à l’huile pour l’Eglise de S. Augustin, le baptême de Jésus-Christ par saint Jean.

Les soins que Tibaldi donna dans la suite à l’étude de l'architecture et des fortifications, le firent choisir par saint Charles Borromée, pour bâtir le palais de la Sapience à Pavie : puis il peignit à Ferrare, le réfectoire de saint George des pères Olivetans ; ensuite la ville de Milan le nomma architecte du dôme, et premier ingénieur des Etats.
Ce fut environ en ce temps-là, que Philippe II Roi d’Espagne, le manda pour peindre le cloître et la bibliothèque de l'Escurial ; on fit abattre l'ouvrage de Frédéric Zucchero, et  il le repeignit d’une  si grande manière que le Roi le combla de biens et d'honneur : cent mille écus lui furent donnés avec le titre de marquis. Comme il était fort entendu dans les fêtes et les pompes funèbres, on le chargea en 1581, du catafalque de la Reine Anne d'Autriche femme de Philippe II.

Tibaldl fut vingt ans sans exercer la peinture, ne s’attachant qu’à l'architecture et à la sculpture (Sur quoi Mazzolari dit : Che se l'hauesse exercitato sarebbesi agguagliato col Titiano et con A. Corrègio principi del ben dipingere è colorire.) : rien n'était mieux que ses figures de stuc ; et plusieurs  ont servi de modèle à Annibal Carrache, pour la galerie Farnèse. L’Eglise de saint Laurent, celle de saint Sébastien, et le palais de l'institut de Bologne dont il a peint jusqu'aux vitres (l’histoire d’Ulysse), sont des preuves de son savoir.

Quelqu'habile que fut Tibaldi, les grâces de Raphaël, celles du Corrège, du Guide, n’avaient point guidé ses pinceaux. Plus propre aux figures robustes et musclées ( ainsi que Michel-Ange qui a toujours été son modèle ), les belles femmes, les enfants, les anges, n’étaient point touchés si parfaitement que l'avaient fait ces peintres : il ne donnait point même l'air de noblesse convenable à ses héros, à ses colosses, comme on le remarque à l'Hercule Farnèse ; les figures terribles, les attitudes outrées lui réussissaient mieux, parce qu'il possédait l’anatomie et l'emmanchement des os.

Peu attaché à la légèreté des draperies, qui sont cependant jetées fort largement et d’une grande  manière, il était exact dans la perspective linéale, entendant bien le clair-obscur. Il a rendu vrai, par la belle intelligence de ses ombres, et par son beau ton de couleur, tout ce qu'il a représenté dans ses tableaux.
I'histoire que plusieurs auteurs (Mazzolari, Moréry, De Piles) ont rapportée de Tibaldi, qu’étant au désespoir, il s'était caché derrière un buisson dans la campagne, résolu de se laisser mourir de faim, et que le Pape Grégoire XIII qui passait par-là, l’ayant entendu se plaindre, le tira de ce malheureux état, en le comblant de biens, paraît des plus fausses ; elle est réfutée amplement dans le nouveau livre de Venise. Tibaldi revint à Milan, où, après un long séjour, il mourut en 1592, au commencement du Pontificat de Clément VIII, à l’âge de soixante et dix ans.

Il est fâcheux que le temps ait détruit en partie tout ce qu’a peint ce fameux artiste à l'Escurial, ainsi qu’à Rome, où il avait travaillé à St. Louis des Français, à la Trinité du Mont, à l’Eglise de saint André-hors-la -porte-du-peuple, et au Belvédère. Nous n’avons donc plus que le palais de l'institut de Bologne (Il y a encore le plafond de la Loge des marchands d’Ancône  lequel est bien conservé), qu’on puisse citer ; ce sont des sujets tirés de l’Odyssée, peints à fresque dans une salle appellée il saletto del Tibaldi. Ce plafond est compartimenté en neuf carrés longs, avec des ornements de stuc de sa main : le premier représente Ulysse, qui avec une torche allumée aveugle Polyphème ; le second, le même cyclope défend l'entrée de sa caverne, pendant que les compagnons d’Ulysse, couverts de la peau des moutons que le cyclope avait mangés, passent entre ses jambes pour se sauver : le troisième tableau représente Éole assis, qui donne à Ulysse les vents renfermés dans des outres, pour se garantir des tempêtes : on voit dans le quatrième, les compagnons d’Ulysse, qui en ouvrant les outres, croyant que c’était de l'or, en laissent sortir les vents, qui en présence de Neptune causent une grande tempête, qui jette leur vaisseau dans l'île de Circé : dans le cinquième, les mêmes compagnons changés en monstre, ne reprennent leur première figure que par le secours de Mercure ; les quatre géants assis sur la corniche dans les angles de ce plafond, représentent par leur attitude extraordinaire, les cyclopes qui attaquèrent l’olympe ; on y trouve tout ce que l’on peut souhaiter de plus grand dans le nu des figures. Les huit morceaux longs, peints dans les travées du plafond, sont de petites figures en pied, dont quatre sont groupées deux à deux, et paraissent soutenir quelque fardeau ; les autres sont des philosophes.
L’autre salle appelée dei obelischi, est ornée de quatre sujets de I'histoire d’Ulysse, savoir, les compagnons de ce héros qui dérobent les bœufs du soleil ; Jupiter qui les foudroie ; Io qui sauve Ulysse en lui rendant un bout de son vêtement, en présence de Neptune irrité ; Ulysse se jette aux pieds du Roi Alcinoüs et d’Arete sa femme : quatre figures de philosophes, sont peintes dans les niches du plafond. On voit sur une cheminée, Prométhée qui dérobe le feu du ciel avec le recours de Minerve ; et dans un petit plafond près de l'escalier, c’est la chute de Phaéton. L’Eglise de saint Jacques-Majeur des pères Augustins, offre deux grands morceaux peints sur les murs ; l'un est saint Jean qui baptise Jésus-Christ, l’autre Zacharie recevant la nouvelle de la part du ciel, qu'il lui naîtra un fils appelé Jean : ces morceaux font accompagnés de beaucoup de figures, dont les raccourcis sont admirables.

Ce peintre eut pour élèves Girolamo Miruoli et Gio Francesco Bezzi nommé Nosadella.

Ses desseins ne sont pas communs : les uns sont faits à la pierre noire, les autres à la plume, lavés au bistre et à l'encre de la chine, couverte de hachures en travers. Sa grande manière de penser et sa correction se montrent partout, et subsistent pour le reconnaître.

On ne sait rien de gravé d’après ce maître ; que le livre de l'Institut de Bologne, dont on vient de voir le détail ; et un ange gardien gravé par Chérubin Albert.


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