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Madame de Sévigné
1626 - 1696

Madame de Sévignée, gravure de Louis-Marie Lanté, reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Mme de Sésigné, gravure de Louis-Marie Lanté
extraite de Les Costumes des Femmes Françaises- Pierre Lamésangère.

Article extrait du recueil des gravures des Costumes des Femmes Françaises

Madame de Sévignée née en 1626, morte en 1696

Marie de Rabutin-Chantal n’avait pas encore dix-huit ans lorsqu’elle épousa, le 1er août 1644, le marquis de Sévigné, maréchal-de-camp. Ce mari était riche, mais peu capable de rendre une femme heureuse. Sa vie fut très courte ; il périt dans un duel, en 1651.

Madame de Sévigné avait une physionomie vive et spirituelle, de beaux cheveux blonds, et une taille au-dessus de la moyenne.

Après avoir réparé le désordre de sa fortune, elle reparut dans le monde en 1654 ; mais jamais elle n’eut l’idée d’un nouveau lien.

En 1663, elle présenta sa fille à la cour. « Elle aurait pu, longtemps encore, disent ses biographes, briller elle-même sur ce théâtre ; mais ses propres succès ne l’y conduisaient pas : il en existait de plus doux pour son cœur maternel. »

Avec de la modération dans ses goûts et un plan de vie réglé, madame de Sévigné se préserva des maladies. Le progrès des années s’annonça chez elle de la manière la moins sensible.

Un romancier aurait choisi son genre de mort. Dans son dernier voyage à Grignan, elle veilla sa fille atteinte d’une longue et dangereuse maladie. La fatigue et les inquiétudes la firent succomber ; elle mourut le 16 avril 1696.

« S’il y avait un être, dit Thomas, qui ignorât ce que c’est que la sensibilité (à peu près comme il y a des aveugles et des sourds de naissance), et qu’on voulut lui donner une idée de cette espèce de sens qu’il n’a pas, il faudrait lui lire les lettres de madame de Sévigné... Madame de Sévigné, avec des lettres écrites au hasard, a fait, sans y penser, un ouvrage enchanteur. Dans son style plein d’imagination, elle crée presque une langue nouvelle. Elle jette à tout moment de ces expressions que l’esprit ne fait pas, et qu’une âme sensible seule peut trouver. Elle donne aux mots les plus communs une physionomie et une âme. Tous ses tours de phrases sont des mouvements, mais des mouvements abandonnés, et qui n’en ont que plus de grâce. Les moments qu’elle peint se fixent dans son pinceau, et on les voit encore. »
[Essai sur le caractère, les mœurs et l’esprit des femmes').

Bussy-Rabutin, dans l’Histoire amoureuse des Gaules, a lancé des traits de satire' contre madame de Sévigné, sous le nom de madame de Chemville ; Voltaire l’a placée dans son Temple du Goût.

 

Son costume : Elle porte une petite calotte et un justaucorps du même gris foncé de sa robe, et qui, à partir de noeuds de chaque côté est prolongé par une traine

 


Article extrait de la Biographie universelle - F.X. Feller - 1860 - collection personnelle

 

SÉVIGNÉ (Marie de Rabutin, dame de Chantal et marquise de), fille de Celse-Bénigne de Rabutin, baron de Chantal, Bourbilly, etc., chef de la branche aînée de Rabutin, et de Marie de Coulanges, naquit en 1627, au château de Bourbilly en Bourgogne. Elle perdit son père l’année suivante, à la descente des Anglais dans l’île de Ré, où il commandait l’escadre des gentilshommes volontaires.

Elle épousa en 1644 Henri, marquis de Sévigné, qui fut tué en duel, l’an 1651, par le chevalier d’Albret : elle en eut un fils et une fille. La tendresse qu’elle porta à ses deux enfants lui fit sacrifier à leur intérêt les partis les plus avantageux.

Sa fille ayant été mariée en 1669 au comte de Grignan, commandant en Provence, qui emmena son épouse avec lui, elle se consola de son absence par de fréquentes lettres. Elle mourut en 1696.

Mme de Sévigné est principalement connue par ses Lettres ; elles ont un caractère si original, qu’aucun ouvrage de cette espèce ne peut lui être comparé. Ce sont des traits fins et délicats, formés par une imagination vive, qui peint tout, qui anime tout. Elle y met tant de ce beau naturel qui ne se trouve qu’avec le vrai, qu’on se sent affecté des mêmes sentiments qu’elle.
On ne peut disconvenir cependant que son affection pour sa fille, quoique exprimée d’une manière très variée, n’y soit ramenée jusqu’à la plus accablante satiété.
Il est vrai encore qu’elle fait quelquefois la femme docteur, qu’elle prononce sur des matières qu’elle n’entend pas, que ses éloges et ses censures ne sont pas toujours exempts de l’esprit de parti ; mais quoiqu’elle ait paru s’intéresser à celui qui dès lors portait le trouble dans l’Église, il s’en faut de beaucoup qu’elle en approuvât les maximes et l’absurde doctrine de la prédestination.

« Je lis, dit-elle dans une de ses lettres, l’Écriture-Sainte, qui prend l’affaire depuis Adam. J’ai commencé par cette création du monde que vous aimez tant : cela conduit jusqu’après la mort de Notre-Seigneur ; c'est une belle suite. Pour moi, je vais plus loin que les Jésuites. et voyant les reproches d’ingratitude, les punitions horribles dont Dieu menace et afflige son peuple, je suis persuadée que nous avons notre liberté tout entière, que par conséquent nous sommes très coupables, et méritons bien le feu et l’eau dont Dieu se sert quand il lui plaît. »

Nous allons citer les jugements de quelques critiques sur Mme de Sévigné. Si le plus grand éloge d’un livre est d’être beaucoup relu, qui l’a été plus que les Lettres de Mme de Sévigné ? Elles sont de toutes les heures ; à la ville, à la campagne, en voyage, on les lit partout. N’est-ce pas un livre précieux que celui qui vous amuse, vous intéresse, et vous instruit presque sans demander aucune attention ? Rien n'est égal à la vivacité de ses tournures et au bonheur de ses expressions. Elle est toujours affectée de ce qu’elle dit et de ce qu’elle raconte ; elle peint comme si elle voyait, et l’on croit voir ce qu’elle peint.

« Voyez dans ses Lettres la mort de Turenne, personne ne l’a pleuré de si bonne foi ; mais aussi personne ne l’a tant fait pleurer (Laharpe). »

« Mme de Sévigné, avec des lettres écrites au hasard, a fait sans y penser un ouvrage enchanteur. Dans son style plein d’imagination, elle crée presque une langue nouvelle ; elle jette à tout moment de ces expressions que l’esprit ne fait pas, et qu’une âme sensible seule peut trouver ; elle donne aux mots les plus communs une physionomie et une âme. Tous ses tours de phrases sont des mouvements ; mais des mouvements abandonnés, et qui n’en ont que plus de grâce. Comme elle s’accuse, se loue, se plaint ! comme sa joie est douce et sa tristesse a de charmes ! comme elle intéresse toute la nature à sa tendresse (Thomas) ! »

A ces jugements, on peut ajouter ceux de Marmontel et de l’abbé de Vauxcelles. La meilleure édition des Lettres de cette femme illustre est celle de Biaise, Paris, 1818, publiée par les soins de Monmerqué, 10 vol. in-8, ou 12 vol. in-12. Cette édition est précédée d’une Notice bibliographique de toutes les éditions de cet ouvrage, et d’une Notice sur Mme de Sévigné, par de Saint-Saurin. Nous nous bornons à citer cette édition, parce que les précédentes sont moins complètes, et que celle donnée par Grouvelle est parsemée de réflexions philosophiques.
Il a été donné par le même éditeur, en 1828, un Supplément en trois livraisons (voyez l’Ami de la religion, tom. 54, page 158). Ce Supplément est précieux par les nouvelles lettres que de Monmerqué y a ajoutées, et par les différentes autres additions qu’il a faites. L’abbé de Barrai publia, en 1756, sous le titre de Sevigniana, un recueil des pensées ingénieuses, des anecdotes littéraires, historiques et morales qui se trouvent répandues dans ses Lettres, in-12 ; ce recueil, réimprimé en 1788, est fait sans choix et sans ordre. Il y a mis des notes satiriques, souvent calomnieuses, propres à corrompre l’histoire et à dénaturer des faits avérés.

« L’esprit de secte, dit un auteur moderne, s’attache à tout : théologie, histoire, poésie, lettres, ouvrages d'hommes, de femmes, de filles, tout lui est bon, dès qu’il dogmatise et séduit. »

 

Madame de Sévigné, personnage illustre du département de la Seine - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Illustration de la carte de la Seine
(1883 - Atlas Migéon - Vuillemin)

 

La fiche de Madame de Sévigné sur Wikipedia

Gravure provenant d'un recueil de 70 gravures
sur les femmes française du XIIe au XVIIIe siècle

(collection personnelle)

 

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