Le marchand de mort aux rats
Les métiers en gravures à travers les âges : les marchands ambulants de rues

Le marchand de mort-aux-rats gravure d'Hippolyte Pauquet
publiée dans Les Français par eux-mêmes - Pauquet - 1861
Collection personnelle
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Article tiré de Les Français par eux-mêmes / Encyclopédie morale du 19ème siècle - 1861,
accompagnant la gravure ci-dessus
LE MARCHAND DE MORT AUX RATS
Autrefois, les marchands de souricières vendaient également de la mor aux rats. Sous Louis XIV, outre l’indispensable collier de souricières suspendu au cou, et s'arrondissant sur la poitrine, ils portaient une boîte dans laquelle était renfermé l'infaillible spécifique divisé en sachets de diverses grandeurs ; et comme preuve à l'appui de leur assertion, ils tenaient légèrement inclinée sur l'épaule gauche une longue perche à laquelle pendaient par échelons une quantité respectable de rats empaillés.
Le marchand de notre époque a conservé le même drapeau, qu’il promène silencieusement dans les rues, d’un pas lent, et avec la gravité d’un suisse de cathédrale armé de sa hallebarde, ou d’un pèlerin qui va, son bourdon à la main, accomplir quelque pèlerinage. Son orgueilleux silence ne lui est en aucune façon préjudiciable. En effet, qu’a-t-il besoin de crier ? son gibet portatif n’est-il pas plus éloquent que toutes les mélodies possibles ? Cette énorme perche où pendent tant de victimes, que vous apercevez d’un bout de la rue à l’autre, à moins que vous ne soyez aveugle, qui vient vous chercher jusqu’à la fenêtre de votre entre-sol, n’en dit-elle pas infiniment plus que les phrases les mieux arrangées et les plus ronflantes ? Quel contraste il forme avec les autres marchands ambulants qui ne parviennent à attirer l’attention que par la force et la singularité de leurs cris, et comme il se distingue du commun des piétons, sans que cela lui coûte la moindre peine ! Cependant il ne se contente pas toujours de cette enseigne, qu’il fait cheminer dans la région des cochers d’omnibus ; il a encore adopté le système des inscriptions. Je suis fâché qu’il n’ait pas songé à celle-ci, que lui prêtait un ancien peintre :
Bourgeois qui craignez la dépense,
Pourquoi nourrissez-vous des chats ?
Deux griffes ont moins de puissance
Qu’une once de ma mort aux rats.
Il me semble qu’elle eût été parfaitement d’accord avec la dignité de son maintien ; mais, à son défaut, on peut lire, sur le chapeau verni dont il couvre son chef ces mots : Mort aux rats, écrits en longues lettres jaunes ou blanches, formant le demi-cercle. J’en ai rencontré un qui portait sur les reins, en guise de giberne, une boite contenant le précieux objet de son commerce, sur laquelle se faisaient lire ces mots significatifs et convaincants : Fournisseur des casernes.
Vous ne saviez peut-être pas que le rat et la souris fussent amis du troupier, au point d’habiter avec lui et de prendre part à sa modique ration ? Vous vous demandez avec surprise : Que diable le rat va-t-il chercher dans la caserne ? Est-ce que par hasard il aurait du penchant pour le pain de munition ? Car, à la manière dont le soldat a coutume de nettoyer sa gamelle, c’est à peu près là tout ce qui doit lui rester à partager. N’attendez pas de l’inscription de notre marchand aucune explication sur ce sujet ; elle laisse le champ libre à vos méditations, et il vous est loisible d’interpréter aussi largement que s’il s’agissait d’un verset de la Bible. La seule chose sur laquelle le doute ne vous soit plus permis, c’est que le rat et le troupier vivent en communauté, partagent en camarades leur ration, leur chambre, et souvent leur lit.

Marchand de souricières, gravure illustrant le chapitre ci-dessous
Aujourd’hui, le marchand de mort aux rats dédaigne de cumuler. Bien que la souricière constitue une branche de commerce rivale de la sienne, et qui en est en quelque sorte une contrefaçon, il a généreusement abandonné cette exploitation secondaire aux marchands de chaufferettes et de tabourets.
De la prison de l’être nuisible à celle de l’innocence il n’y a qu’un pas : aussi voyons-nous le marchand de souricières se livrer, à une certaine époque de l’année, à la vente des cages pour les petits oiseaux. C’est surtout au moment où nous nous plaisons à animer notre intérieur, où nous aimons à nous entourer de nos amis, de notre chien, de notre chat, où, dans nos rêves de printemps, de tièdes matinées el d’air embaumé, nous voudrions avoir la puissance de métamorphoser le lapis de notre chambre en une verte pelouse émaillée de fleurs : alors, dans toutes les rues se fait entendre le cri du marchand de cages,

Voi – la l’marchand de cag’s. Achetez des cag’s, messieurs, mesdames.
et nous regardons avec envie ses petits chefs-d’œuvre d’architecture, bariolés de mille couleurs, dont le fil de fer se tord en gracieuses spirales, et qui reproduisent par leur forme depuis la simplicité de la chaumière jusqu’à l’orgueil du minaret.
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Joseph Mainzer |
| Dictionnaire de l'habillement / Tous les costumes |

Le marchand de mort-aux-rats de la campagne, gavure de Paul Gavarni
extraite du Le Magasin pittoresque - 1846
Collection personnelle
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Article tiré du Magasin pittoresque - 1846 - accompagnant la gravure ci-dessus
Le Marchand de mort-aux-rats
Tu as repris ton feutre à plume déteinte ; tu portes en bandoulière ta boîte de poisons, et au bout de ton bâton d’aubépine les cadavres de tes ennemis ! Les Flandres s’ouvrent devant toi avec leurs belles prairies, leurs fermes couvertes de tuiles et leurs champs de houblons ; va sous la pluie ou le soleil, malgré le brouillard, la grêle ou le vent, les routes sont ton domaine.
Marche devant toi, marche, pauvre ratier.
L’habitude t’a rendu clairvoyant et attentif ; au moindre bruit tu prêtes l’oreille ; ton œil devient fixe, ton nez semble flairer ; tout ton visage prend l’expression fixe, soupçonneuse et aigüe de l’animal que tu guettes ; ne crains cependant ni les hasards de la route, ni les pièges des méchants ! Tu as à tes côtés deux protecteurs invisibles, la réflexion et l’expérience.
Marche devant toi, marche, pauvre ratier.
Ceux que tu rencontreras sur ta route ne se découvriront point à ton passage ; quand tu arriveras à la porte des fermes on ne sortira pas pour te souhaiter la bienvenue, et si la ménagère t’offre à dîner, ce sera sur le bout de la table, avec le pain le plus dur et la bière du tonneau qui finit ; car tu ne possèdes ni titres, ni meutes, ni châteaux ; tu n’as d’autre mission que de rendre service, et dans le monde, vois-tu, ce sont le plus souvent les rats inutiles qui sont honorés. Marche donc devant toi, marche, pauvre ratier.
Va et dis à ceux qui te dédaignent que ton humble industrie est un enseignement ; avertis-les qu’outre la nichée de rats qui dévorent les blés de leurs granges et le lard de leurs charniers, il en existe d’autres mieux cachés qui rongent, dans leur cœur, l’amour, la pureté, le dévouement. Marche devant toi, marche, pauvre ratier.
Ces ennemis du dedans sont comme les tiens, actifs et rusés ; leurs dents attaquent toutes les provisions destinées à la nourriture de l’âme ; tant qu’ils vivent, leur voracité est une ruine, et lorsqu’ils sont morts, on les reconnaît encore à l’infection de leurs cadavres. Si on te demande leurs noms, tu pourras répondre qu’ils s’appellent les mauvais désirs. Marche devant toi, marche, pauvre ratier.
Mais ajoute, pour la consolation de l’homme qui les sent en lui, qu’ils ont un ennemi aussi habile que toi à leur donner la mort. C’est un ange invisible et toujours présent dont la voix s’élève chaque fois que nous voulons l’entendre et qui garde notre âme comme tu gardes les granges de la Flandre. Il est tantôt triste, tantôt joyeux, mais toujours fidèle : on le nomme conscience.
Marche devant toi, marche, pauvre ratier.
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| Dictionnaire de l'habillement / Tous les costumes |

Marchand parisien de mort-aux rats en 1845, gravure signée E. F.
extraite de Costumes coloriés de parisiens à toutes les époques
Complément de Paris à travers les siècles - 1880
Collection personnelle
il s'agit ici d'un marchand des rues de Paris.
Sur l'affiche on lit : Opéra, on demande des choristes.
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Les costumes des marchands de mort-aux-rats :
On peut voir ici 3 types d'habit pour ce type de personnage.
La gravure du marchand en tête de page, montre un homme habillé assez pauvrement au pantalon rtapiécé,
portant cependant un chappeau haut-de-forme ainsi qu'un long manteau.
A comparer avec la tenue du marchand parisien de mort-aux-rats, petit manteau, tenue correcte.
Enfin, en ce qui concerne le marchand de mort-aux-rats de la campagne,
il a la dégaine d'un marcheur de routes de campagne, souliers de marche.chapeau sans forme, veste demi fermé.
Chacune de ces gravures montre ainsi trois classes de marchand.
Article tiré du Dictionnaire d'Agriculture - Encyclopédie agricole complète - J.-A. Barral - 1892
Collection personnelle
RAT (zoologie). ~ Genre de petits Mammifères rongeurs, caractérisés par des dents molaires tuberculeuses et radiculées, par une queue longue annelée et écailleuse. Ce genre se divise en groupes, les Rats proprement dits et les Souris. Au premier groupe appartiennent le Rat noir et le Surmulot ; au deuxième, on rattache la Souris domestique, le Mulot, la Souris naine ou Souris des moissons, etc.

Rats noirs en gravure accompagnant cet article
Le Rat noir, de pelage noir, est long de 19 centimètres sans la queue, qui est aussi longue que le corps. Autrefois très abondant en France, il a presque disparu de la plupart des régions où il a été remplacé par le Surmulot ; on le trouve surtout aujourd’hui dans la région de l’ouest. Il vit dans les habitations, de la caveau grenier, et il se nourrit surtout des provisions alimentaires ; il est à peu près omnivore.

Rat surmulot en gravure accompagnant cet article
Le surmulot ou Rat gris st plus gros que le Rat noir ; sa taille atteint 25 centimètres sans la queue. Son pelage est gris fauve en dessus, blanchâtre en dessous ; ses oreilles sont poilues, ses doigts sont à demi palmés. Originaire de l’Inde, il a été introduit en Europe dans la première moitié du dix-huitième siècle ; il y a pullulé rapidement, et il a remplacé le Rat noir dans beaucoup de contrées, surtout dans les grandes villes. Ses dégâts sont souvent très considérables ; c’est un animal très malfaisant. Le Surmulot a parfois le pelage blanc ; c’est un accident qui ne peut pas servir à constituer une espèce distincte.
On cherche à détruire les Rats, soit par des appâts empoisonnés, soit par des pièges. Certains Chiens, appelés petits-terriers, peuvent être dressés à la chasse aux Rats.
Mort-aux-ratts : On appelle de l’arsenic, de la mort aux rats, et généralement toute sorte de poison.
Et on dit d’une femme qui a empoisonné son mari, qu’elle lui a donné de la mort aux rats.
(in Dictionnare Furetière, 1690)
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| Dictionnaire de l'habillement / Tous les costumes |
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