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Les grands personnages du Muséum d'Histoire naturelle de Paris

 

 

Grande façade du Muséum d'histoire natuerlle - © Norbert Pousseur

La façade principale du Museum, avec sous chaque fenêtre les visages en médaillons



Quelques médaillons des personnages du Muséum - © Norbert Pousseur

Détail de la façade avec les profils des scientifiquers qui ont participé au Museum

 

Buste de Georges Buffon - © Norbert Pousseur

Donnant sur la rue Buffon, son buste devant la galerie de zoologie

 

 

Le site du Museum d'Histoire naturelle de Paris

Toutes les photos des personnages du Museum ont été prises en 2013 sur Canon 21 mpx

Statuaire du Muséum d'Histoire naturelle de Paris 5ème

 

Histoire du Muséum d'Histoire naturelle jusque dans les années 1850

Muséum d’histoire naturelle. Le principe de cet établissement si vaste, si compliqué, unique aujourd’hui en Europe, se trouve dans un édit rendu par Louis XIII, au mois de mai 1635. Cependant, déjà neuf ans auparavant ce prince avait, à la sollicitation d’Hérouard, son premier médecin, et de Guy de la Brosse, son médecin ordinaire, autorisé par lettres patentes la fondation du jardin et l’acquisition d’une maison et d’un terrain de 24 arpents dans le faubourg Saint-Victor. Il avait donné la surintendance de l’établissement à son premier médecin et à ses successeurs, avec pouvoir de choisir un intendant qui résiderait dans le jardin et en aurait la direction. Hérouard avait choisi Guy de la Brosse. Mais Hérouard mourut ; diverses circonstances retardèrent la réalisation du projet, et ce n’est réellement que de l’édit de 1635 qu’on peut dater la fondation du jardin.
Cet édit ratifiait les acquisitions faites en vertu des lettres patentes, reconnaissait comme surintendant Bouvard, alors premier médecin du roi, et comme intendant Guy de la Brosse ; il nommait trois médecins de la faculté, Jacques Cousineau, Urbain Baudineau, et Cureau de la Chambre, pour faire la démonstration de l'intérieur des plantes, et travailler à toutes les opérations pharmaceutiques nécessaires pour instruire les écoliers ; enfin, il statuait que dans la maison dépendant du jardin, il serait gardé un échantillon de toutes les drogues tant simples que composées, ensemble toutes les choses rares en la nature, qui s'y rencontreraient. Dès la première année, Guy de la Brosse, en dépit d’une protestation de la Faculté de médecine, qui voulait que les professeurs fussent nommés sur sa présentation, et non sur celle du surintendant, s’établit dans le local dont on avait fait l’acquisition, fit réparer et disposer les bâtiments et dressa un parterre de 45 toises de long sur 35 de largeur, où il plaça toutes les plantes qu’il put se procurer. En 1636, le nombre de ces plantes s’élevait à 1,800.

Guy de la Brosse mourut en 1643, et l’établissement périclita : ce fut à cette époque cependant qu’eut lieu la construction d’une serre et celle du grand bassin qui est en face du cabinet. Sous l’administration de Vautier, devenu premier médecin du roi à la mort de la Brosse, les choses n’allèrent pas mieux, les plantes périrent faute de soins, les leçons furent négligées, et on ne pourrait que déplorer cette administration, si Vautier n’avait rendu un véritable service à la science, en substituant un cours d’anatomie à celui qui était désigné sous le nom de l'intérieur des plantes.

A Vautier, mort en 1652, succéda Vallot, qui favorisa d’une protection spéciale le jeune Fagon, neveu de Guy de la Brosse. Ce jeune homme, devenu célèbre depuis, voyagea à ses frais dans plusieurs provinces de la France, dans les Alpes, dans les Pyrénées, et fit passer au Jardin tout ce qu’il put recueillir. Vallot, en récompense, le nomma d’abord professeur de chimie, puis, en 1671, professeur de botanique.
Vers la même époque, fut achetée la collection des plantes peintes sur vélin, par Robert, d’après les originaux du jardin botanique formé à Blois par Gaston d’Orléans. Robert fut en même temps attaché au cabinet, et il continua jusqu’à sa mort, en 1684, à enrichir cette précieuse collection. A Robert succéda J. Joubert, peintre de paysage, puis Aubriet ; et ce fut ainsi que se forma la magnifique collection de plantes et d’animaux déposée d’abord à la bibliothèque du roi et rapportée depuis à celle du Muséum.
Vallot mourut en 1671 ; et, en 1672, d’Aquin, premier médecin du roi, devint surintendant du Jardin. Il ne favorisa que l'enseignement de l’anatomie. En 1679, le célèbre Duverney fut chargé de l’enseignement de cette science, et ses leçons attirèrent un grand nombre d’élèves.

Fagon transmit en 1683 sa chaire de botanique à Tournefort, qui n’avait cependant que 21 ans, mais qui annonçait déjà ce qu’il serait un jour. En effet, lui et Duverney répandirent un grand éclat sur l’établissement qui commençait à devenir important.  Tournefort publia, en 1693, dans ses Éléments de botanique, une nouvelle méthode pour la classification des plantes ; il alla dans le Levant en 1700, et à son retour en 1702, il rapporta beaucoup de plantes inconnues jusqu’alors. Il mourut en 1708, léguant au Jardin sa collection d’histoire naturelle et son herbier, précieux surtout en ce qu’il contenait de nombreux échantillons de plantes recueillies dans le Levant.
Danty d’Isnard lui succéda ; mais en même temps Fagon avait confié la culture des plantes à Sébastien Vaillant, qui rendit de grands services à l'enseignement, et dont l’herbier, acquis à sa mort en 1722, fait encore aujourd’hui la base de l’herbier du Muséum. A la place de Danty d’Isnard qui se démit de ses fonctions, Fagon nomma en 1709 Antoine de Jussieu, qui n’avait encore que 23 ans. Mais ce choix fut bientôt justifié ; car, trois ans après, de Jussieu méritait d’être admis à l’Académie des sciences. En 1716, il alla parcourir l’Espagne et le Portugal, en rapporta de nombreuses plantes qui vinrent enrichir le Jardin, et ce fut lui qui, en 1720, remit au chevalier Declieux, enseigne de vaisseau, un pied de café qui, transporté par cet officier à la Martinique, y a produit tous ceux qu’on cultive aujourd’hui aux Antilles.
Trois professeurs célèbres occupaient alors les chaires du Jardin du Roi : Geoffroy pour la chimie et la matière médicale ; Duverney pour l’anatomie ; de Jussieu pour la botanique. Le droguier commençait à renfermer des choses très intéressantes. On se procurait des plantes d’Amérique ; plusieurs pièces d’ostéologie avaient été préparées et jointes à la collection ; enfin Aubriet continuait à dessiner des plantes et des animaux.

Lorsque Louis XIV mourut en 1715, Fagon, âgé et infirme, se démit de sa place de premier médecin, qui fut donnée à Poirier, et vint mourir, en 1718, au Jardin où il était né. Cette même année, la surintendance du Jardin fut détachée de la place de premier médecin du roi, et donnée à Chirac, médecin du duc d’Orléans, avec le titre d’intendant. Chirac ne donna ses soins qu’à la médecine, et sous son administration l’établissement fut en décadence, malgré les soins de Jussieu et de Vaillant. L’anatomie et la chimie continuèrent cependant à être professées avec éclat ; la première par Duverney puis par Hamard, la seconde par Geoffroy jusqu’en 1731, puis par Lémery.
Le successeur de Chirac, Charles François de Cysternay-Dufay (1732), s’occupa à réparer les désordres de l’administration précédente, voyagea en Angleterre et en Hollande pour enrichir l’établissement, fit transporter au cabinet des objets rares et utiles pour l’instruction, lui donna sa collection de pierres précieuses, et enfin rendit à l’établissement le plus grand service, en demandant, au moment de sa mort en 1739, que Buffon fût son successeur.

Buffon fut à la tête du Jardin du Roi depuis 1739 jusqu'à sa mort en 1788 : et cette période de 50 années fut l’époque la plus brillante de l’établissement. Buffon, que son génie faisait admirer de toute l’Europe, à qui ce génie donnait un grand crédit, une grande influence, employa toutes ses ressources à améliorer, à agrandir le précieux dépôt qui lui était confié.
Lorsqu’il entra au Jardin du Roi, le cabinet consistait en deux petites salles ; une autre pièce renfermait des squelettes qu’on ne montrait point au public ; les herbiers étaient dans l’appartement du démonstrateur de botanique ; le jardin lui-même, resserré dans des limites très étroites, offrait encore des terrains vagues, et l’on ne voyait ni allées, ni plantations régulières. Buffon donna ses premiers soins à l’augmentation du cabinet et à l’agrandissement du local destiné à renfermer les collections. Elles furent disposées dans deux grandes salles qui étaient auparavant le logement de l’intendant, et bientôt l’entrée en fut ouverte au public à des jours déterminés. Le jardin eut aussi sa part des améliorations. On planta, en 1740, les deux allées de tilleuls qui subsistent encore aujourd’hui de chaque côté du parterre, et qui marquent les limites du jardin à cette époque. Buffon sacrifia d’abord une partie de son logement pour disposer les collections ; puis en 1766 il l’abandonna tout entier et alla demeurer rue des Fossés-St-Victor. La collection put alors être rangée dans les quatre grandes salles qui formèrent le cabinet jusqu’à la nouvelle organisation ; les deux premières étaient destinées aux animaux, la troisième aux minéraux, la quatrième aux herbiers et aux divers produits du règne végétal. Ces diverses salles furent ouvertes au public deux jours la semaine, et les élèves eurent des heures réservées pour l'étude.
En 1771, Buffon songeait encore à donner une plus grande étendue au jardin, lorsqu’il tomba grièvement malade ; on crut le perdre, et M. d’Angivillers obtint sa survivance. Mais Buffon échappa miraculeusement, et, à partir de cette époque, il sembla donner plus de soins encore à cette administration qui lui devait déjà tant. Grâce à lui, deux maisons voisines du cabinet furent achetées. Le terrain où se trouvaient les plantes était épuisé, et on ne les y conservait qu’à grand’peine. Il fit défoncer, remuer la terre, et transporter les plantes dans un lieu plus convenable. En 1779 il acheta tous lés terrains qui séparaient le jardin de la Seine, moyennant 142,000 livres, les céda au gouvernement, fit démolir les maisons qui s’y trouvaient, et avec les matériaux construire une rue parallèle à la grande allée du jardin : c’est encore la rue de Buffon. On éleva un mur en pierre de taille pour le soutènement des terres dans la partie supérieure au niveau de la rue, et le reste fut séparé de la rue par une grille de fer. Un vaste bassin fut creusé jusqu’au niveau de la Seine, qui devait lui fournir de l’eau par infiltration ; enfin un parterre, destiné à la propagation des plantes les plus intéressantes, occupa l’espace qui séparait ce bassin du quai. En 1774, s’élevait la serre Buffon, et en 1787 on faisait l’acquisition de l’hôtel de Magny.

Tous ces travaux avaient été, comme nous l’avons dit, nécessités par l’augmentation des collections. Bernard de Jussieu, chargé, lors de l’entrée de Buffon au cabinet, de donner ses soins à l’arrangement et à la conservation des objets, avait vu peu à peu s’accroître au delà de ses forces des travaux qui exigeaient une immense activité et une assiduité de tous les moments. Buffon fit appeler Daubenton qui, après avoir étudié la botanique sous les Jussieu et l'anatomie sous Duverney, s’était retiré dans sa ville natale. Ayant ainsi doublé ses moyens, Buffon, qui avait alors publié les premiers volumes de son Histoire naturelle, profita de l’attention qu’avait attirée cet ouvrage, et du crédit qu’il lui avait donné dans le monde savant, pour inviter tous les naturalistes de l’Europe à lui envoyer ce qu’ils auraient trouvé de plus remarquable, et Daubenton qui, outre l’arrangement des collections, devait aussi diriger les études des jeunes gens, fut bientôt obligé d’appeler à son aide son cousin Daubenton le jeune.
Les plantes des collections et celles du jardin furent distribuées suivant une méthode nouvelle dont Bernard de Jussieu avait eu l’idée. On substitua à la nomenclature de Tournefort celle de Linné, plus commode et déjà adoptée dans toute l’Europe. On planta des arbres des quatre saisons, des arbres fruitiers et des arbres exotiques ; on fit des semis de plantes économiques et de plantes rares ; enfin un supplément fut ajouté à la pépinière. En voyant un accroissement si rapide et si considérable dans toutes les branches de l’établissement, les particuliers se firent un plaisir d’y contribuer encore. Plusieurs allèrent offrir au cabinet des objets qu’ils préféraient y voir déposés avec le nom du donateur, que de les posséder chez eux ; des sociétés savantes envoyèrent des parties de collections, et les souverains étrangers adressèrent au cabinet les doubles qui se trouvaient dans les leurs. La collection d’anatomie de Hunaud, acquise par l’Académie des sciences, fut remise au cabinet. M.d’Angivillers offrit à Buffon son cabinet particulier ; les missionnaires établis en Chine lui firent parvenir ce qu’ils purent se procurer de plus curieux dans un pays où seuls ils avaient le droit de pénétrer. Le roi de Pologne envoya une collection de minéralogie très considérable ; enfin l'impératrice de Russie ne pouvant déterminer Buffon à faire le voyage de St-Pétersbourg, lui demanda son fils, et au retour de ce jeune homme, elle lui fit présent de quelques animaux du Nord qui manquaient au cabinet, et d’un grand nombre d’objets d’histoire naturelle recueillis dans toutes les parties de ses vastes États.
Le cabinet s’enrichit encore, grâce aux fonds que Buffon obtint du gouvernement, de la collection de zoologie que Sonnerat avait faite dans l’Inde, de celle que Commerson avait faite dans son voyage autour du monde avec Bougainville, et de celle que Dombey avait rapportée du Pérou et du Chili ; enfin, Buffon fit donner des brevets de correspondants du Jardin avec une pension à des voyageurs instruits qui s’engageaient à lui faire des envois.

On voit ce qu’était devenu, entre les mains de l’auteur de l'Histoire naturelle, le Jardin du Roi, et ce que peut un homme de génie placé à la tête d’une administration publique ; nous ne saurions nous empêcher d’attirer ici l’attention sur ce fait : Buffon, quand on lui confia l’administration du Jardin, n’était pas naturaliste ; il n’était connu que par des Mémoires de physique et d’économie rurale, et n’avait encore fait aucun travail d’histoire naturelle. Ce fut sa nomination à la place d’intendant du Jardin du Roi qui le détermina à suivre cette branche de la science, et cependant que de travaux exécutés en si peu de temps ! Mais il avait ce qu’ont tous les grands esprits, une puissance de pensée qui lui faisait concevoir des plans larges, et par cela même plus faciles à exécuter. Il ne se perdait pas comme le font, croyant faire bien sans doute, les administrateurs de nos jours dans une foule de détails au moins futiles. Son plan conçu, il en livrait l’exécution à des hommes spéciaux. Mais dans un pareil esprit, il faut le dire, il n’y avait pas de place pour les coteries et les intrigues. Il savait discerner et choisir le talent ; ce fut ainsi que par lui furent appelés Daubenton, qui n’y songeait pas ; Thouin, jardinier à Bord, à qui fut confiée la direction des transplantations et de la culture, et qui s’en acquitta avec tant de zèle. Enfin plus tard, à la mort de Daubenton, ce fut encore Buffon qui fit nommer pour le remplacer, Lacépède, le savant et glorieux continuateur de son œuvre. Presque tous les hommes appelés par Buffon étaient ou sont devenus des hommes hors de ligne ; ce fut ainsi qu’à la mort de mademoiselle Basseporte, qui avait pendant trente ans continué la collection des dessins et peintures sur vélin, Buffon fit donner la place de peintre du Jardin du Roi à Vanspaendonck qu’on a nommé l'inimitable, et qui en effet n’a jamais été surpassé ni même égalé dans l’art de peindre les fleurs. Antoine de Jussieu continua jusqu’à sa mort, en 1758, ses leçons de botanique, que rendaient plus précieuses encore les explications qu’il ne refusait jamais en dehors de son cours ; Lemonnier lui succéda, et lorsqu’il fut appelé, en 1770, à remplir les fonctions de premier médecin du roi, il se fit suppléer par Antoine Laurent de Jussieu, neveu de Bernard de Jussieu, qui fit de la botanique un corps de science régulier, en développant et perfectionnant la méthode naturelle dont son oncle avait eu l’idée.

En 1786, Lemonnier, en se retirant tout à fait, voulait nommer M. de Jussieu à la place de professeur ; mais celui-ci préféra conserver les fonctions de démonstrateur que son oncle avait exercées pendant cinquante-cinq ans ; et M. Desfontaines, de retour d’un voyage en Barbarie, d’où il avait rapporté les plantes dont il avait publié l'histoire, fut choisi pour remplacer M. Lemonnier. M. Desfontaines donna une nouvelle direction aux études botaniques. Persuadé que pour bien apprécier les caractères qui distinguent les genres et les espèces, il faut avoir une connaissance générale de la nature des végétaux, il résolut de diviser son cours en deux parties ; la première consacrée à l’anatomie et à la physiologie végétale, la seconde à la classification et à la description des familles, des genres et des espèces. Dès lors la science de la botanique ne fut plus seulement la connaissance de la forme extérieure des plantes, mais encore celle de leurs rapports, de leurs usages et des modifications dont elles sont susceptibles : c’est à cette direction donnée aux études que sont dus les travaux qui ont fait de la physiologie végétale la base fondamentale de la botanique, et qui ont conduit à faire l’application de cette science à l’agriculture et aux arts. Tandis que M. Desfontaines attirait par sa manière d’enseigner une foule d’élèves à qui il exposait l’ensemble de la science, M. de Jussieu faisait chaque semaine une herborisation à la campagne, et rendait ainsi plus fructueuses les leçons du professeur.
La chimie était enseignée par Boulduc ; à sa mort, en 1742, sa chaire fut donnée à Rouelle, homme d’un esprit élevé, qui fit connaître en France la théorie de Stahl, et parvint ainsi à asseoir sur des bases fixes l’enseignement de cette science jusqu’alors un peu vague. Le démonstrateur était Bourdelin, trop âgé pour se plier à la nouvelle doctrine, mais dont l’esprit droit en reconnaissait la supériorité. En 1770, Macquer, qui le remplaça, embrassa complètement la méthode enseignée par Rouelle ; mais, frappé en même temps des découvertes de Lavoisier, il prépara ses élèves à adapter les changements que ces découvertes devaient apporter dans la science. A sa mort, en 1784, il fut remplacé par Fourcroy. Rouelle l’avait été, en 1779, par M. Brongniard.
La chaire d’anatomie, vacante en 1742, par la mort de Hunaud, successeur de Duverney, fut donnée à Winslow, le plus célèbre anatomiste de l’Europe. Il était alors âgé de soixante-quatorze ans ; après huit ans d’exercice, il se fit adjoindre Ferrein qui, à sa mort en 1761, devint titulaire. Ferrein mourut en 1769, et fut remplacé par Antoine Petit qui, dans les dernières années, se fit remplacer par Vicq-d’Azir et voulut lui donner sa survivance. Buffon pensa qu’il était plus juste de la donner à Portal, qui, dix ans auparavant, avait suppléé Ferrein, et dont le nom seul était une recommandation. Portal fut donc nommé en 1778.

Un an après la mort de Buffon, éclata la révolution de 1789. La place d’intendant du Jardin était alors aux mains de la Billardière, qui avait déjà fait terminer une partie des travaux commencés par Buffon, et avait attaché à l’établissement le chevalier de la Marck, rendu célèbre par sa Flore française. Le 20 août 1790. Lebrun fit, au nom du comité des finances de l’Assemblée constituante, un rapport qui évaluait la dépense pour le Jardin du Roi, à 92,222 livres, et proposait des réductions. Les officiers du Jardin du Roi, comme on les appelait, envoyèrent alors au président de l’Assemblée une adresse dans laquelle ils offrirent de rédiger un projet qui concilierait en même temps les besoins du cabinet et les exigences de l’économie. La proposition de Lebrun fut donc ajournée en attendant ce règlement. Sur ces entrefaites, la Billardière émigra, et sa place ainsi devenue vacante fut donnée à Bernardin de Saint-Pierre. Celui-ci s’occupa avec sollicitude des détails du Jardin, et malgré la gêne dans laquelle se trouvait l’établissement par suite du manque de fonds, il trouva le moyen de faire quelques travaux ; ce fut à cette époque que fut construite la serre qui porte son nom ; et on lui doit la création de la ménagerie, car, bien que celle de Versailles n’ait été transportée au Jardin que dix-huit mois plus tard, alors que la place d’intendant était supprimée, c’était Bernardin de Saint-Pierre qui avait eu l’idée de cette opération, et il en prépara l’exécution par des rapports adressés au gouvernement sur l’utilité d’une ménagerie.

Bientôt, la Convention ayant supprimé les corporations savantes, on dut craindre que le Jardin du Roi n’éprouvât le même sort. Heureusement, M. Lakanal, président du comité d’instruction publique, s’étant entendu avec d’Aubenton, Thouin et Desfontaines, prévint ce malheur, en faisant adopter le règlement proposé précédemment à l’Assemblée constituante ; enfin, le 10 juin 1793, fut rendu le décret qui arrêtait la nouvelle organisation. L’établissement prenait le nom de Muséum d'histoire naturelle ; on devait y enseigner l’histoire naturelle dans toute son étendue, et en conséquence il devait y avoir douze cours.
1° Un de Minéralogie.
2° — de Chimie générale.
3° — des arts chimiques.
4° — de Botanique, au Muséum.
5° — de Botanique, à la campagne.
6° — d’Anatomie comparée.
7° et 8° Deux de Zoologie.
9° Un d’Anatomie humaine.
10° — d’Anatomie des animaux.
11° — de Géologie.
12° — d’iconographie naturelle
Enfin, on devait former au Muséum une bibliothèque où l’on réunirait les livres d’histoire naturelle qui se trouvaient dans les dépôts appartenant à la nation, les doubles de ceux qui étaient à la Bibliothèque nationale, et la collection des plantes et des animaux peints d’après nature.

Le même décret nommait douze professeurs, qui devaient élire au scrutin un directeur et un trésorier. Le directeur, nommé pour un an, devait présider l’assemblée des professeurs et faire exécuter le résultat de leurs délibérations, qui portaient tant sur l’administration intérieure que sur les besoins pour lesquels on devait avoir recours au ministre par l’intermédiaire du directeur. C’était aussi l’assemblée des professeurs qui devait nommer aux places vacantes.
Le premier soin des professeurs, dès que, conformément au nouveau décret, ils se furent organisés sous la direction de Daubenton, fut de créer quelques places secondaires nécessitées par l’importance et l’étendue des travaux, et de disposer le local pour la bibliothèque, qui fut ouverte au public le 7 sept. 1794. Puis les animaux de la ménagerie de Versailles, et de celle du Raincy, ainsi que d’autres achetés à des particuliers, ayant été transportés au Muséum dans les premiers mois de 1794, on fit une ménagerie provisoire destinée aux animaux féroces, et les autres furent parqués dans des bosquets et placés dans des écuries. Un arrêté de septembre 1794 ordonna l’acquisition de la maison et des terrains qui bornaient le Muséum du côté du nord-ouest. Une loi du 11 décembre 1794 créa une troisième chaire de zoologie, à laquelle fut nommé Lacépède, et ordonna que les terrains compris entre la rue Poliveau, la rue de Seine, la rivière, le boulevard de l’Hôpital et la rue Saint-Victor, seraient réunis au Muséum aussitôt qu’on en pourrait faire l’acquisition.
Ainsi fut fixée l’étendue que devait embrasser le Jardin et qu’il occupe aujourd’hui. Mais la pénurie des finances apporta d’abord un obstacle insurmontable à la réalisation de ces projets ; et depuis 1795 jusqu’à 1800, l’établissement se trouva dans l’état le plus précaire ; tout languit faute des fonds nécessaires ; à peine pouvait-on acheter le fourrage indispensable à la nourriture des animaux ; on cultivait des pommes de terre dans les carrés destinés aux plantes les plus rares, et tout était menacé d’une ruine irréparable. En même temps, et comme pour faire sentir plus vivement encore cette pénurie, les victoires de nos armées apportaient au Muséum des richesses de toutes sortes qu’on était obligé de laisser provisoirement sans ordre et presque sans soins, faute de pouvoir faire les premiers travaux nécessaires ; puis, de nouvelles concessions de terrains étaient faites au Muséum, mais sans qu’on pût y élever les constructions que réclamaient les nouveaux besoins. Cependant quelques travaux furent commencés ; on construisit une serre indispensable pour placer des végétaux vivants que le capitaine Baudin devait rapporter de son voyage. Ce capitaine, qui revenait de l’île de la Trinité, avait informé le Muséum qu’il avait laissé dans cette île une riche collection d’histoire naturelle, et qu’il la lui offrirait si on voulait lui donner un vaisseau pour l’aller chercher. On obtint le vaisseau du ministre, et le capitaine Baudin, parti du Havre, le 30 septembre 1796, ne fut de retour en France que le 12 juin 1798. Mais on n’était pas en mesure de placer convenablement tout ce qu’il rapportait ; jamais, en effet, on n’avait reçu à la fois un aussi grand nombre de végétaux, et surtout d’arbres des Antilles, de plantes desséchées, de bois, de peaux de quadrupèdes, d’oiseaux et d’insectes. Les professeurs présentèrent au gouvernement un mémoire où ils exposaient les besoins du Muséum ; mais que pouvait faire alors le gouvernement, qui éprouvait lui-même la plus grande gêne ? Pendant l’année 1799, le Muséum fut encore dans la même impuissance. Nous allons mentionner les objets les plus importants qui depuis 1795 avaient été adressés au Muséum.

En 1795, on reçut le cabinet du stathouder de Hollande, riche dans toutes les branches de l’histoire naturelle, et surtout en zoologie.
En 1796, Desfontaines, l’un des professeurs, fit don au Muséum de sa collection d’insectes de Barbarie ; on reçut encore une collection de Belgique. L’Académie des sciences donna une pépite d’or du poids de 24 marcs 4 onces, et le gouvernement fit remettre une collection de pierres précieuses qui se trouvait à l’hôtel des monnaies.
En 1797, le ministre acquit la collection d’animaux que Levaillant avait faite en Afrique.
En 1798, celle que Brochelon s’était procurée à la Guyane, arriva en même temps que la collection si considérable et si variée rapportée par le capitaine Baudin.
Au milieu de tant de richesses, l’état de dénuement du Muséum était tel, qu’au commencement de l’année 1800, M. Delaunay, chargé de la surveillance de la ménagerie, se vit contraint de tuer les animaux les moins utiles pour fournir à la nourriture des autres.

Enfin Bonaparte, devenu premier consul, songea à pourvoir aux besoins du Muséum, et mit à la disposition des administrateurs les fonds nécessaires aux travaux les plus urgents. Peu à peu, avec le bien-être, l’ordre revint. La girafe et les autres animaux rares dont la préparation avait nécessité beaucoup de soin ; les squelettes des animaux, pendant longtemps dérobés aux regards du public, furent placés dans les galeries ; les nombreux échantillons de minéraux furent retirés des caisses ; les collections d’insectes, de végétaux, etc., furent classées et disposées convenablement.
Au mois d’octobre 1800, Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur, qui voulait réunir dans ses mains la direction de toutes les administrations, proposa la création d’un directeur général chargé de l’administration et de la correspondance avec le gouvernement. Les professeurs firent de justes représentations ; elles ne furent pas écoutées, et le directeur générai fut nommé. Mais heureusement le choix était tombé sur M. de Jussieu, qui employa son influence à faire revenir le ministre sur cette détermination, et en effet, on renonça bientôt à donner suite à ce projet.
En 1801, l’Ecole de botanique fut agrandie d’un tiers ; la galerie supérieure du cabinet fut terminée, et les principaux objets y furent arrangés méthodiquement ; la serre tempérée fut achevée et garnie de magnifiques arbrisseaux ; on construisit de nouvelles salles pour un laboratoire de zoologie et pour des galeries de botanique ; enfin, dès 1802, le Muséum se trouva organisé de manière que toutes les sciences naturelles pouvaient y être également enseignées.
C’est à cette époque que commence l’exécution d’un plan qui devait contribuer à étendre au dehors les sciences naturelles en même temps que propager la gloire du Muséum. Les professeurs résolurent de se réunir pour publier en commun le résultat de leurs observations ; on convint de faire imprimer chaque mois un cahier de dix feuilles in-4°, avec des planches exécutées sous la direction de Vanspaendonck. Le premier volume, composé des six premiers cahiers, parut en 1802, et ce fut ainsi que se formèrent les Annales du Muséum qui ont été continuées depuis, sous le titre de Mémoires du Muséum.
La même année fut achetée la collection d’un Allemand nommé Weiss, qui avait apporté à Paris un magnifique cabinet de minéralogie. Cette collection, composée de seize cent soixante-seize morceaux choisis, et évaluée 150,000 francs, fut échangée contre des minéraux de pierres précieuses, et notamment la pépite d’or que possédait ce Muséum, plus une soulte en argent. C’est depuis cette époque seulement que le Muséum possède une collection complète de minéraux.
M. Geoffroy fit encore don au Muséum, dans la même année, des objets qu’il avait recueillis en Égypte pendant un séjour de quatre années ; objets d’autant plus précieux que parmi eux se trouvent plusieurs animaux sacrés des anciens Égyptiens, conservés depuis des milliers d’années dans les tombes de Thèbes et de Memphis.
En 1804, le Muséum s’enrichit des collections les plus précieuses pour la géologie. Napoléon lui donna celle des poissons fossiles qu’il avait acquise du comte de Gazola, celle du même genre que Vérone lui avait offerte, et celle des roches de Corse, qu’il avait reçue de M. Barrai.
En 1805, les travaux du laboratoire de zoologie, poussés avec activité, donnèrent pour résultat la préparation complète de cent un quadrupèdes, cinq cents oiseaux, et autant de reptiles et de poissons. En même temps Cuvier, qui s’acquit depuis un nom si brillant, exécutait, non sans beaucoup de peines et de fatigues de toutes sortes, la dissection de l’éléphant, et faisait ainsi connaître l’anatomie complète de cet animal.
Au commencement de 1800, étaient partis, sous le commandement des capitaines Baudin et Hamelin, deux vaisseaux, le Naturaliste et le Géographe, à bord desquels se trouvaient des hommes instruits, chargés de faire aux terres australes des découvertes en géographie et dans les sciences physiques et naturelles. De retour vers la fin de 1804, ces vaisseaux rapportèrent une telle quantité d’objets, qu’on fut quinze jours à les débarquer au port de Lorient.
En 1806, les galeries d’anatomie furent ouvertes au public. La galerie de botanique fut également terminée et livrée à l’étude ; c’est la collection la plus complète et la plus nombreuse qui existe.
En 1810, les galeries destinées à la géologie furent terminées, et en 1811 les collections y furent déposées ; en même temps se terminait la grande rotonde située au milieu du jardin, et qui sert de demeure aujourd’hui à la girafe, à l’éléphant et à quelques autres animaux. Cette même année on recevait vingt-quatre animaux de la ménagerie du roi de Hollande.
En 1815, quand les armées étrangères apparurent pour la seconde fois sur le sol français, le Muséum dut leur payer son tribut, comme toutes nos belles collections d’art et de science. Le zèle des professeurs parvint cependant à rendre moins graves pour les sciences les sacrifices auxquels il fallut se soumettre, et bien que les armoires aient été bien dégarnies à cette époque, cependant on put dire qu’il n’en fut enlevé aucun objet essentiel.

Nous regrettons de ne pouvoir donner sur la marche progressive de l’établissement tous les détails intéressants que comporterait une pareille matière ; mais, enfermés dans les bornes nécessairement imposées à un ouvrage général, nous nous contenterons d’indiquer rapidement jusqu’à nos jours les travaux et les changements les plus importants qui ont eu lieu depuis la fin de 1815.
En 1818, fut posée la première pierre de la ménagerie destinée aux bêtes féroces. Cette ménagerie fut terminée en 1821, et put recevoir ses hôtes. Bientôt on affecta des fonds pour entretenir des hommes instruits, qui, avec le titre d’élèves-voyageurs, devaient parcourir le monde et en rapporter des richesses pour le Muséum. De tous côtés d’ailleurs es voyageurs se faisaient un devoir d’adresser à l'établissement les objets intéressants qu’ils avaient pu recueillir. Ce fut ainsi qu’on reçut des envois très considérables de Sumatra, de Pondichéry, de Chandernagor, du Brésil, de l’Amérique, des îles Philippines, de la Tauride, et, par le moyen de l’infortuné Dumont d’Urville, qui n’était encore que lieutenant de vaisseau, des objets recueillis dans les îles de l’Archipel et sur les bords du Pont-Euxin.
En 1833, lady Bentinck, épouse du gouverneur général des possessions anglaises dans les Indes orientales, adressa au roi des Français un envoi très riche, dont furent distraits vingt-deux oiseaux très curieux de l’Himalaya qui furent remis au Muséum.
En 1835, M. Dussumier rapporta de l’Inde l'une des plus belles collections d’animaux vivants qu’on eût encore reçue ; plus, seize cents autres objets ou préparations zoologiques, conservés dans l’esprit-de-vin. La frégate la Recherche rapporta également de l’Islande une collection extrêmement variée de roches, de coquilles, un herbier très considérable, des granits et plusieurs animaux vivants.
En 1838, le prince de Joinville remit au Muséum un assez grand nombre d’animaux vivants ramenés par lui de l’Amérique.
Pendant la période des dix dernières années, 1833-43, de nombreux travaux d’agrandissement, de constructions, de terrassements, avaient été accomplis.
Le 28 juillet 1833, avait été posée la première pierre d’une nouvelle galerie qu’on se proposait de construire parallèlement à la rue de Buffon. On commença la même année la reconstruction entière du comble de la grande orangerie ; on reprit les travaux des serres tempérées et des cages qui en dépendent. Presque en même temps on éleva à la place d’anciens laboratoire de nouvelles galeries d’anatomie comparée, et plusieurs laboratoires pour l’anatomie humaine. On construisit encore plusieurs fabriques pour les animaux.
Vers le milieu de 1836, la nouvelle galerie était entièrement couverte, il n’y manquait plus que les boiseries et les armoires. Presque toutes les serres étaient terminées. Enfin on avait creusé un réservoir général pour le service des eaux, sur l’emplacement de plusieurs maisons dont on avait débarrassé une partie de la place de la Pitié. L’acquisition de plusieurs portions de terrains avait complété l’isolement du Muséum. En 1839, une immense grille enfermait les nouveaux terrains et les réunissait au reste du Jardin. Enfin, en 1840, la bibliothèque, transportée dans l’étage supérieur de la nouvelle galerie de minéralogie, était ouverte au public. Depuis trois ans on a continué les travaux commencés ; on en a terminé quelques-uns ; enfin, nous allons donner un aperçu aussi succinct que possible de l’état actuel et du Muséum d’histoire naturelle et du Muséum.

L’enceinte du Jardin comprend quatre-vingt-quatre arpents. Les collections sont disposées dans les divers bâtiments, et comprennent : celle des poissons, plus de 5,000 individus ; celle des mammifères, plus de 15,000 ; 6,000 oiseaux environ ; 25,000 animaux invertébrés ; la collection de minéralogie, la plus complète et la plus curieuse qui existe, et enfin celle de botanique.
La bibliothèque contient 10,000 volumes relatifs à toutes les branches de l’histoire naturelle.
Nous n’avons pas parlé des changements survenus dans l’organisation du Muséum et dans l’enseignement depuis le décret de 1793. Un dernier regard sur ces deux objets complétera cette histoire, trop restreinte sans doute, de cet établissement, mais déjà longue pour les dimensions de l’ouvrage dont elle fait partie.
La loi de 1802, sur l’instruction publique, enleva aux  professeurs le droit de nommer seuls aux places vacantes et décida que cette nomination serait faite par le premier consul, sur trois candidats présentés, l’un par l’Institut, l’autre par les inspecteurs généraux, le troisième par les professeurs : la loi de 1808 sur l’organisation de l’Université retira aux inspecteurs le droit de présentation ; et pendant l’empire et depuis, les nominations se sont faites par le chef du gouvernement, sur la présentation des professeurs et de l’Académie des sciences.
En 1832, le désir de réunir tous les pouvoirs entre les mains des ministres vint encore tourmenter le gouvernement. Il est vrai que c’était un puissant moyen d’action que l’on acquérait, en mettant ainsi à sa disposition tant de places qu’on pourrait donner à titre de récompense, sinon au mérite, du moins à sa complaisance. La Bibliothèque royale surtout et le Muséum, administrations qui toutes deux et si heureusement avaient jusque-là conservé une organisation indépendante, excitaient la convoitise du ministère. Il fut décidé qu’on reprendrait le projet jadis proposé par Lucien, et qu’on porterait un coup fatal à leur indépendance en même temps qu’à leur prospérité, en créant dans chacune de ces administrations un agent supérieur, instrument docile du ministre, puissant par son appui, en communication directe avec lui, et exerçant par là une autorité sans appel dans l’intérieur.
On fit, des deux parts, des représentations au ministère ; on allégua que, placer un seul homme à la tête d’une semblable administration, c’était nécessairement favoriser une des branches de cette administration suivant le goût de l’administrateur et au détriment de toutes les autres ; que les anciens chefs se trouveraient dans un état de subordination, fâcheux et pour eux et pour l’établissement lui-même, puisqu’elle affaiblirait leur zèle et paralyserait souvent leurs efforts ; on faisait remarquer enfin qu’avec l’ancienne organisation, les deux établissements avaient été dans un état d’accroissement et de prospérité continuel, et que cet état de choses était tellement utile pour le bien général, que Napoléon lui-même, empereur et tout-puissant, despote autant par politique que par caractère, avait renoncé à réaliser un plan semblable. La mesure fut suspendue quant au Muséum. Moins puissants, les conservateurs de la Bibliothèque royale durent subir une domination momentanée, il est vrai, car l’ordonnance qui l’imposait fut rapportée quelque temps après. Mais toutefois le ministère n’abandonna pas complètement son idée, et il y revint indirectement en décidant que la nomination du directeur ne serait plus laissée aux professeurs, mais faite par le ministre parmi les membres des établissements, et que le membre choisi serait directeur perpétuel. Cuvier fut choisi pour le Muséum et remplacé à sa mort par M. de Jussieu, directeur actuel. Pour la Bibliothèque, la mesure eut des conséquences plus graves, car le nouveau fonctionnaire fut pris en dehors de l’établissement, et bien qu’on l’ait revêtu du titre de conservateur, ce n’en est pas moins un agent ministériel introduit au milieu d’un corps savant. Il faut espérer qu’au Muséum, où il est besoin d’une science plus précise et plus exacte que dans une bibliothèque, le défaut de capacité empêchera d’introduire un administrateur étranger, et qu’un véritable savant n’acceptera pas une position semblable à des conditions désastreuses pour l’établissement.

Dans le cours de ces quarante années (1800-1843), le Muséum s'était vu enlever, par la mort, le vénérable Desfontaines ; Haüy, qui avait tenu longtemps avec éclat la chaire de minéralogie ; Cuvier, qui s’était rendu célèbre par ses immenses travaux ; Lamark, Laugier, Lacépède, Thouin, Portal, et enfin, Toscam le bibliothécaire et Vanspaendonck, qui laissera de longs regrets. La place de ce dernier a été supprimée, et les travaux ont été distribués entre différents peintres. Il a été pourvu successivement aux différentes places vacantes. Voici quels sont aujourd’hui les professeurs et principaux employés du Muséum :

Directeur, M. de Jussieu.
Secrétaire, M. Brongniart.
Trésorier, M. Chevreul.
Professeurs :
MM. Cordier, Géologie (nommé en 1819.)
Brongniart, Minéralogie (nommé en 1822 en remplacement de M. Haüy).
Duméril, Zoologie ( reptiles et poissons).
Adrien de Jussieu, Botanique (cours à la campagne).
De Mirbel, Culture.
Chevreul, Chimie appliquée (nommé en 1819).
Gay-Lussac, Chimie générale.
De Blainville, Anatomie comparée.
Flourens, Physiologie comparée.
Valenciennes, Zoologie (mollusques et zoophytes).
Brongniart ( Adolphe), Botanique (au Muséum).
Becquerel, Physique appliquée (nommé en 1838 lors de la création de cette chaire).
Serres, Anatomie et histoire naturelle  de l'homme.
Geoffroy-Saint-Ililaire, Zoologie (mammifères et oiseaux).
Milne-Edwards, Zoologie (animaux invertébrés).
Bibliothécaire, M. Desnoyers.

 

publié dans 'L'Univers - France - Dictionnaire encyclopédique',
édition 1860 par Philippe Le Bas




Article Wikipedia sur Le Muséum d'histoire naturelle

 

 

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