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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

François Albani, dit l'Albane
peintre lombard
né en 1578 et mort en 1660

François Albani, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

 

La belle composition, le grand fini, les grâces et la fraîcheur du pinceau, sont le plus grand mérite de François Albani. Son père Augustin, qui était marchand de soie, le vit naître à Bologne, en 1578. Malgré son inclination naturelle, on le voulut appliquer à l’étude et ensuite  au commerce. Après la mort de son père, un de ses oncles, qui entrevit son génie pour la peinture, le mit, à l’âge de douze ans, chez Denis Calvart. Il y trouva le Guide qui était le premier de l’école et qui le conduisit dans son travail. Ce maître ayant quitté Calvart, l’Albane ne fut pas longtemps à le suivre ; ils entrèrent tous deux chez les Carraches, chacun tâchait de surpasser son camarade. Le Guide devint jaloux des grands progrès de l’Albane, qui inventait et disposait mieux un tableau que lui. Chacun, en sortant  de l’école des Carraches, fut assez fort pour en établir une à Bologne.
L’Albane vint à Rome avec le Guide, et y resta dix-huit ans en plusieurs reprises. La recommandation de son ami lui servit infiniment à lui procurer de grands ouvrages.                 
Annibal Carrache, pendant sa maladie, l’employa à peindre la chapelle de san-Diego, dans l’église nationale des Espagnols, à Rome ; elle est presque toute de sa main. Il alla ensuite à Bassano, à vingt-cinq milles de Rome, peindre  la chute de Phaéton, dans la galerie du Marquis Justiniani. Celle du palais Verospi, à Rome, fut un nouveau sujet d’exercer ses talents. Ces grands morceaux firent beaucoup de bruit, et méritèrent à l’Albane, un rang très distingué dans son art. La vie régulière qu'il menait, l’engagea à se marier ; et la naissance d’une fille causa la perte de la mère, et lui attira des procès qui pensèrent le ruiner.
Malgré l’envie que l’Albane avait de rester veuf et de demeurer à Rome, pressé par son frère aîné Dominique, qui était procureur, de revenir à Bologne prendre soin de son bien, et se remarier, il y revint avec sa fille âgée de deux ans, et épousa quelque temps après une femme aimable, qui lui servit longtemps de modèle. Douze enfants qu’elle eut de suite, furent de nouveaux objets à imiter dans ses ouvrages ; leur mère prenait soin de les tenir dans des attitudes convenables à ses tableaux: elle les suspendait avec des bandelettes, souvent elle les prenait endormis. Ils étaient si beaux, qu’ils servirent aussi de modèles à l’Algarde et à François Flamant, fameux sculpteurs.
Ces douze enfants vivants, exemptèrent leur père des charges et des impositions de la ville, et ses tableaux en reçurent de nouvelles grâces. L’Albane peignait fort bien le paysage ; les carnations des femmes et des enfants lui convenaient mieux que les corps musclés des hommes ; et l’on peut dire que les sujets gracieux étaient plus de son ressort, que les actions fières et terribles.
Il peignit en ce temps-là, pour le cardinal de Savoie, les quatre éléments ; et pour le Duc de Mantoue, l’histoire de Diane et celle de Venus, en quatre grands morceaux ; il fit encore plusieurs tableaux d’autel, qu’on fait monter au nombre de quarante-cinq.

L’Albane retourna à Rome pour peindre à fresque, dans l’église de la Madone della pace, plusieurs  sujets dans la tribune. Il y alla seul, et n’y resta pas longtemps, pour revenir à Bologne jouir de son aimable famille : sa coutume était de passer l’été à deux maisons de campagne qui lui appartenaient, et qui étaient ornées de fontaines et de bosquets. C’est dans ces charmants séjours, qu’il trouvait les situations riantes, les beaux sites qui se voient dans ses ouvrages, dont les scènes se passent toujours dans des jardins ou dans des campagnes aimables. Les Vénus, les Amours et les sujets de la fable l’occupaient plus souvent que ceux de dévotion.
Le cardinal de Toscane le manda à Florence en 1633, et lui fit peindre à fresque, dans un enfoncement de son palais de Mezzo monte, un Jupiter qui reçoit une tasse de la main de Ganymède. Ce morceau est fort estimé ; il retoucha les quatre tableaux de Diane et de Vénus, faits pour le Duc de Mantoue, qui, après la mort de ce Prince, étaient passés dans le cabinet de cette Éminence. On le mena ensuite dans la vigne Paleotti, appelée Gli  Arieni, où il peignit plusieurs  fresques ; et il alla à Mantoue faire des cartons pour des tapisseries. Tous les souverains lui demandaient des tableaux, qu’il peignait sur des lames de cuivre, pour être plus aisés à transporter. Ces ouvrages inspiraient la joie ; sans jamais blesser la pudeur, ils faisaient naître les  plaisirs.

L’Albane estimait beaucoup le vieux Palme pour la couleur. Le Corrège partageait  ses éloges ;  et il ne parlait jamais de Raphaël que le bonnet bas. Michel Ange, selon lui, avait un plus grand style que les autres, et qui approchait de celui des anciens. Pour le Caravage, il le croyait la ruine de la peinture. Dans les commencements, le grand goût des Carraches lui servit de modèle, ensuite il prit une manière plus délicate, et fit, en petit, des choses  gracieuses et légères, fort au goût des curieux.
Sur des principes singuliers qu’il s’était fait de son art. il voulait qu’un peintre rendît compte des moindres choses qu’il met dans un tableau, de même qu’un poète est  responsable de la moindre syllabe de ses vers ; et quoique les pensées d’un personnage ne donnent aucune prise au pinceau, il ne plaçait  aucune figure, qu’elle ne rendît compte au révélateur de ses sentiments : La nature, disait-il, dont le peintre est imitateur, est très finie, et l'on n'y voit point de touche ni de manière. Ainsi, il n’estimait point les peintres tels que Teniers, le Bourguignon, et autres, qui n’avaient fait que relever leur peinture par des touches, quoique légères et spirituelles. Ceux qui travaillaient en petit, et qui représentaient des sujets bas, comme des tabagies ou des sujets lascifs, n’étaient pas plus de son goût ; il s’étonnait même, que des morceaux qu’on ne pouvait exposer dans des endroits publics, pussent trouver place dans les palais des Grands.
L’Albane ne s'était jamais appliqué à étudier l’antique, ni le terrible, ni le grand de la peinture : son pinceau, frais et gracieux, demandait des sujets plus agréables. Fâché de n’avoir pas appris le latin, pour pouvoir lire les poètes qui ont écrit en cette langue, il avait toujours en main le Tasse ou quelque autre poète Italien. Son atelier était ouvert à tout le monde ; civil, honnête et d’une conversation agréable, il aimait ses élèves, leur demandait souvent leur sentiment sur ses propres ouvrages ; et il retouchait volontiers les leurs, jusqu'à ceux du Mole, quoiqu’il osât se comparer à lui pour le paysage.
Malgré toutes les calomnies que ses ennemis ont débitées contre lui, l’Albane était sincère, peu intéressé, et très assidu au travail. Il était si réservé, que, lorsque sa femme fut hors d’âge de lui servir de modèle, les femmes qu’il employait n'étaient jamais nues dans les endroits qui blessent la pudeur ; à l’exemple de Louis Carrache et du Guide, il ne leur découvrait que les bras, les jambes, et la gorge. Il congédia même un de ses disciples, qui avait percé le mur, pour regarder un modèle de femme qu’il dessinait.
Quoiqu’il fut né avec du bien, il eut un frère qui lui en dissipa une partie ; l’Albane employa le reste à acheter des livres et à embellir ses deux maisons de campagne. A la mort de ce frère, il acquitta toutes ses dettes, et poursuivit quelques procès. Son grand âge l’obligeait de travailler à la hâte pour soutenir sa famille ; il faisait même copier les tableaux, et ensuite les retouchait. Son travail ne cessa qu’avec ses jours ; et il mourut de défaillance à Bologne, en 1660, âgé de près de quatre-vingt-trois ans.

On pourrait lui reprocher avec justice, qu’il n'était  pas toujours correct, et qu’il répétait souvent ses sujets. Les têtes de femmes, de vieillards et d’enfants, étaient toujours les mêmes ; il semblait n’avoir eu qu’un modèle à suivre, et n’avoir consulté  qu’une seule des Grâces. Un auteur Italien rapporte que le fameux de Piles, passant à Florence, et admirant un tableau de l’Albane, assura qu'il pouvait dire les avoir tous vus, étant toujours les mêmes.
Ses disciples furent Jean-Baptiste Mola, Pierre- François Mola, Andrea Sacchi, le Cignani, Gio  Maria Galli, père de Ferdinand Bibiena, Pietro Torri, Philippo Menzani, Pianori, Bonini Tarussi.

L’Albane ne donnait de ses dessins à personne ; il en avait refusé au cavalier Marin, qui le voulait louer dans ses vers. Cette raison les rend très rares. La plupart sont à la plume lavés au bistre où à l’encre de Chine, quelquefois relevés de blanc ; d’autres sont entièrement à la plume, avec des contours et des têtes pointillées. On remarque, dans ceux qui sont faits au crayon rouge, ou à la pierre noire, peu de facilité de main, des figures lourdes, et un crayon peiné et tâté ; on y trouve cependant des grâces et des draperies bien jetées. Ses hachures sont de tout sens, et souvent parallèles dans les ciels et dans les terrasses. Les têtes de femmes et les enfants qui se ressemblent presque tous, indiqueront toujours l’Albane. On voit à Rome, dans l’église de St Sébastien, le tableau qui représente ce saint, dans le goût des Carraches ; et une assomption de la Vierge, faite en concurrence avec le Guide ; à St Barthelemi di porta, il y a deux tableaux, l’un une nativité, et l’autre l’ange qui avertit saint Joseph d’aller en Égypte ; la chapelle de san-Diego, à saint Jacques des Espagnols, est peinte à fresque de sa main sur les cartons d’Annibal Carrache, surtout la lanterne et la coupole ; dans la galerie Verospi, où est Apollon dans son char et les quatre saisons, on voit les divinités des sept planètes, l’Aurore, le Jour, le Crépuscule du soir, et la Nuit avec des ailes noires, qui porte, entre ses bras  deux enfants endormis ; à Bassano, éloigné de vingt-cinq milles de Rome, la galerie de la vigne Justiniani fait voir la chute de Phaéton, avec plusieurs figures de Neptune, de Galatée avec les Nymphes du Pô, qui sont au bas ; dans l’église de la Pace, il a peint à fresque toute la tribune,
À Bologne, dans l’église de saint George, le baptême du Sauveur ; à saint Barthelemi, une annonciation appelée du bel ange ; à la Madona di Galiera, Notre-Seigneur qui reçoit de la main des anges, les instruments de la passion ; un Adam et une Ève dans la sacrifie, une sainte famille, une Madeleine, une fuite en Égypte, une résurrection et Notre-Seigneur servi par les anges dans le désert ; aux Servîtes, le martyre de saint André ; un Noli me tangere ; aux Capucines, la Vierge avec l’enfant Jésus, sept anges et saint Joseph dans le fond ; aux religieuses de Jésus et Maria, saint Guillaume en habit de guerre, à genoux devant un Crucifix, avec une gloire où est la Vierge, et au-dessus de la corniche, un chœur de six Chérubins ; à saint Michel in Bosco, les saints décollés qu’on porte en terre ; sainte Cécile qui brise son orgue, un mort ressuscité par saint Benoît.
À Regio en Lombardie, dans l’église de saint François, le baptême du Sauveur.
Le Roi d’Espagne a dans son palais de Buen retiro, le jugement de Paris ; un printemps peint sur toile, les figures ont environ un pied de haut.
Dans la galerie du Grand-Duc, on voit une Vierge ; l’ange qui fait sortir St Pierre de prison ; une sainte famille entourée d’anges ; Joseph et Putiphar, une Vénus sur les eaux ; les quatre tableaux de la chasteté de Diane et des amours de Vénus, qui avaient été faits pour le Duc de Mantoue.
Dans celle du Duc de Parme, une sainte Rose avec des anges en haut, et un admirable paysage.
Chez le Duc de Modène, des Amours dansant autour d’un piédestal.
À Düsseldorf, chez l’Électeur Palatin, Vénus endormie et surprise par Adonis, environnée d’Amours ; et Adonis qui va à la chasse.
À Turin, dans le palais, les quatre ronds des éléments.
Le Roi (de France, Louis XV) possède Vénus à sa toilette, servie par des Nymphes ; trois différents tableaux de Vénus et Adonis ; les Nymphes de Diane coupent les ailes aux Amours ; Salmacis et Hermaphrodite ; une Vierge avec l’enfant Jésus, à qui des anges présentent des fleurs ; Cybèle avec les saisons ; Mercure et Apollon ; deux Annonciations ; un baptême de Jésus-Christ par saint Jean ; le même saint prêchant dans le désert ; l'apparition du Sauveur à la Madeleine ; une Charité ; une Ste famille ; Dieu le Père dans une gloire ; Adam Ève chassés du Paradis ; la fable de Latone ; Ulysse et Circé ; Joseph et Putiphar ; Apollon et Daphné ; Vénus, Vulcain et les Amours ; les bains de Diane. Ces tableaux sont presque tous sur cuivre et très finis.
Au palais Royal, on voit Salmacis dans un paysage ; une sainte famille ; une autre sous le nom de la Laveuse ; la communion de la Madeleine ; le baptême de Notre-Seigneur ; la Samaritaine ; St Laurent Justinien, un Noli me tangere ; la prédication de saint Jean, tous petits tableaux peints sur cuivre, hors le saint Laurent plus grand que nature, et peint sur toile. Ces sujets sont traités tout différemment de ceux qui sont énoncés plus haut.
Les Graveurs de l'Albane sont, Villaméne, C. Bloëmaert, Pietre santi Bartoli, Bonavera, Giovanini, B. Farjat, Hainzelman, Etienne Baudet, Jean et Benoît Audran, Picart le Romain, et autres. Son œuvre est d’environ soixante morceaux.

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