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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Frédéric Baroche
peintre romain

né en 1528 et mort en 1612

Frédéric Baroche, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

Note générale : On appelle vigne en Italie, une maison de plaisance aux environs d’une ville,
et on appelle Dôme, la principale église d’une ville.

En fait d’estampes, une pièce noire est une planche gravée d’une manière douce quoique noire comme si elle était enfumée, sans qu’on y voie aucun trait ni hachures.

Si l'on cherche les grâces et le coloris, accompagnés du goût et de la correction, on les trouvera dans les ouvrages de Frédéric Baroche, né en 1528 à Urbin (Urbino), ville qui a produit de si grands hommes. Il était fils d'Ambroise Baroche, sculpteur, et il fut disciple de Baptista Venetiano. Barthelemi Genga, architecte, qui était son oncle, lui apprit la géométrie, l’architecture et la perspective, Frédéric avait un génie que les réflexions avaient plus étendu que les années.
A l’âge de vingt ans, le Baroche vint à Rome, et se mit sous la protection du cardinal della Rovere, qui le reçut dans son palais et lui facilita les moyens d’étudier. Ce palais fut orné de plusieurs tableaux de sa main, et du portrait du cardinal. Comme le Baroche était occupé avec ses camarades à dessiner d’après la façade d’une maison peinte par Polidor, Michel-Ange vint à passer, monté sur sa mule. Chacun courut aussitôt pour lui faire voir son dessin : le timide Baroche resta seul à sa place. Taddée Zucchero lui ôtant son dessin, le porta à Michel-Ange, qui le trouva si beau, qu’il demanda à en voir l'auteur ; on lui amena le Baroche, et il l'encouragea à continuer ses études.

Étant de retour dans son pays, une Sainte Marguerite qu'il y peignit, lui acquit une si grande réputation, que Pie IV le fit venir à Rome pour  peindre plusieurs morceaux à Belvédère, conjointement avec Frédéric Zucchero. On prétend que dans un dîner que lui donnèrent des peintres jaloux de son mérite, il fut empoisonné et réduit à un état languissant, qui l’empêcha pendant quatre années de travailler. De quoi n’est pas capable la basse jalousie ! l'histoire en rapporte mille traits. Il reprit ensuite l’air natal d’Urbin ; et lorsqu’il se trouva rétabli, il alla à Pérouse porter de nouvelles marques de son habileté dans la cathédrale de Saint Laurent, où il peignit une admirable descente de croix.
Lorsqu’il passa à Florence, le Grand Duc François I, sous la figure de son concierge, le conduisit par tout son palais, pour savoir son vrai sentiment sur ses tableaux. Baroche ne s'aperçut que c’était le prince, qu’aux respects que lui rendit un de ses officiers, en lui présentant une lettre. Le Grand Duc reconnu, ordonna à ce peintre d’en user avec lui familièrement ; il fit même son possible pour le retenir à son service ; la mauvaise santé du Baroche lui servit d’excuse pour s’en retourner à Urbin. Cette raison l’avait déjà empêché d’accepter le même honneur de l’Empereur Rodolphe II et de Philippe II Roi d’Espagne.

Le Baroche ne dessinait rien qu’il ne fît un modèle en cire ou d’après ses élèves, qu’il faisait tenir dans des attitudes propres à ses sujets, leur demandant s’ils n’étaient point gênés dans cette posture. Il se servait de la tête de sa sœur pour les Vierges ; et son fils qu’elle tenait diversement dans ses bras, lui servait de modèle pour l’enfant Jésus. Souvent il employait le pastel ; et de même que le Titien, il fondait avec le doigt les couleurs ensemble. Le Corrège était son maître favori ; il le suivait dans la douceur et les grâces des airs de têtes, dans les enfants, dans l’accord des couleurs et dans l’ajustement des plis de ses draperies.
Personne ne sut mieux accompagner ses tableaux de choses agréables et instructives pour ceux qui savent penser : il leur faisait connaître les saisons dans lesquelles l’action principale s’était passée. Cette industrie se pourrait appeler une érudition pittoresque. On lui a vu représenter, dans un tableau, un oiseau qui ne paraît que dans le printemps. Un autre, dans le tableau de Ravenne, présente une cerise à une pie, pour dénoter la même saison. Dans la Visitation de la Vierge, il a affecté de mettre un chapeau de paille, au dos d’une femme de campagne, qui apporte des poulets, pour faire connaître la grande chaleur du mois de Juillet, dans lequel se célèbre cette fête.
Son pinceau était ordinairement consacré aux sujets de dévotion ; il ne l’a jamais employé à exprimer des idées libres et qui peuvent blesser la pudeur. Un peintre, ainsi qu’un poète, fait le portrait de son cœur sans y penser, se représente lui-même dans le caractère de ses ouvrages, qui le décèlent et le montrent tel qu’il est.

Ses infirmités lui firent abandonner la ville de Rome et le rappelèrent à Urbin, où il vécut très honoré de son prince. Les récompenses, qui suivent presque toujours les talents que la vertu accompagne, lui furent prodigués. Clément VIII lui envoya une chaîne d’or de prix, lorsqu’il eut fini le tableau de la Cène, placé à Rome, dans l’église de la Minerve.
Il ne laissa pas, malgré ses infirmités, de passer sept années à peindre, à Assise, le tableau appelé le Pardon, où la figure de Saint François à genoux, par l’opposition d’une ombre, paraît sortir du tableau ; en haut est un ciel composé d’un grand nombre de chérubins, avec la figure du Christ en pied, la Vierge et Saint Nicolas à genoux à ses côtés.

Le Baroche entendait parfaitement l’effet des lumières ; il  peignait d’un frais admirable, dessinait correctement, toujours riant dans ses airs de têtes. Sa manière est vague et belle, ses contours coulants, et noyés doucement avec le fonds. Son grand jugement se fait voir dans ses compositions, et l'a fait regarder comme le peintre le plus judicieux. On pourrait souhaiter que les contours de ses figures fussent plus naturels, que ses attitudes fussent moins outrées ; souvent même il prononçait trop les muscles du corps humain.
Ses tableaux de dévotion inspiraient la piété à tout le monde ; ils étaient si touchants, qu’on rapporte que Saint Philippe de Neri ayant été frappé d’une Visitation que Baroche avoir peinte à la Chiesa nuova de Rome, était continuellement à faire sa prière dans cette chapelle.

Il est étonnant, qu’avec une santé si incertaine, puisqu'à peine le Baroche pouvait travailler pendant deux ou trois heures dans la journée, il ait cependant laissé quantité d’ouvrages, pour lesquels il a fait des études infinies. Un léger rétablissement de sa santé fut marqué par un tableau qu’il présenta à la Vierge, et dont il fit présent aux Capucins d’Urbin. Malgré cette longue suite de souffrances, il n’abandonna jamais la peinture, et ses tableaux offrent toujours quelque chose de gai. Il termina ses jours à Urbin, en peignant un Ecce homo, en 1612, âgé de quatre-vingt-quatre ans. Son corps fut porté avec magnificence dans l’église de Saint François, où il est enterré : on fit son oraison funèbre, et son épitaphe mérite d’être remarquée.

Le Baroche a eu pour disciples Vannius de Sienne, le Sordo, autrement Antonio Viviani, et François Baroche son neveu : il a gravé de sa main quatre tableaux dune manière très spirituelle ; savoir, une Annonciation, St. François d’Assise, les stigmates de St. François, et une petite Vierge sur des nuages. On compte environ 32 estampes gravées par Philippe Thomassin, les Galles, les Sadeler, Corneille Cort, Adrien Collaert, François Villamene, Augustin Carrache, le Ciamberlanus, C. Bloëmart, une pièce noire par Jean Smith, etc.
Les dessins du Baroche sont, les uns au trait de plume lavés avec du bistre, rehaussés de blanc au pinceau ; dans les autres la plume est mêlée avec le crayon rouge : il y en a entièrement au pastel, à la plume, à la pierre noire, à la sanguine, dont les hachures sont grosses, sans être croisées. Le Baroche se reconnaîtra toujours à ses airs de têtes gracieux, à ses attitudes un peu outrées, à ses contours corrects et coulants, à ses draperies bien jetées ; en un mot, on ne se peut méprendre à sa manière de penser.

Ses. principaux ouvrages à Rome, sont à Belvédère, où il a peint, dans une chambre, les Vertus tenant les armes du Pape, des enfants dans la frise, et au plafond une Vierge, l'enfant Jésus et plusieurs saints, une Annonciation en pied, dans le plafond d’une autre pièce. À Sainte Marie della vittoria, une Annonciation sur du taffetas. À la Chiesa nuova, une Visitation très belle, une Présentation au temple, remplie d’un grand nombre de figures très expressives. A la Minerve, le tableau de la Cène, très beau morceau. Au palais Borghèse, il y a beaucoup de ses ouvrages, entre autres, une Mater dolorosa, très beau tableau, une Vierge assise dans la campagne avec l'enfant Jésus, Saint Jean, Saint Joseph.

  • On voit à Urbin, une Conception, avec plusieurs figures ; une Cène dans la chapelle de l'archevêché d’Urbin ; le fameux tableau des stigmates de Saint François aux Capucins d’Urbin ; Sainte Marguerite, pour la confrérie du Saint Sacrement.
  • Pour l’église de Saint François, à Assise, le couronnement de la Sainte Vierge, le tableau du maître-autel, représentant Notre-Seigneur qui accorde le pardon à Saint François d’Assise.
  • À Cortone, dans l'église de Zoccolanti, Sainte Catherine à genoux recevant la palme de la main des anges.
  • À Arezzo, le fameux tableau des œuvres de miséricorde, où l'on voit un aveugle qui joue de la vielle.
  • À Sinigaglia, un Christ  mort porté au tombeau, avec la Madeleine sur le devant ; pour la même ville, Saint Hyacinthe à genoux, recevant le Scapulaire de la main de la Vierge qui tient l'enfant Jésus.
  • Le martyre de Saint Vital, pour Ravenne.
  • Saint André et Saint Pierre appelle à l’apostolat, pour le Roi d’Espagne ; il est à l’Escurial ainsi que la fameuse Annonciation du Baroche.
  • À Pezaro, pour la confrérie del nome di Dio, un tableau de la Circoncision, et la Vocation à l’apostolat de Saint André et de Saint Pierre, pareille à celle de l'Escurial ; dans le couvent de Saint François, la bienheureuse Micheline à genoux sur le mont Calvaire.
  • À Gênes, au Dôme, un crucifix avec plusieurs figures.
  • À Lorette, une Annonciation pareille à celle de l'Escurial.
  • A Lucques, le Noli me tangere.
  • À Pérouse, au Dôme, une Descente de croix, avec onze belles figures.
  • Au Dôme de Milan, une descente de croix, le baptême de Saint Augustin par Saint Ambroise, Saint Martin.
  • Dans la galerie de l'archevêché de Milan, une Vierge avec l'enfant Jésus dans ses bras, une tête de Christ couronnée d’épines.
  • Dans la bibliothèque Ambrosiane, une nativité et une descente de croix.
  • L’embrasement de Troie, pour l'Empereur Rodolphe II.
  • Le Grand Duc possède à Florence, un Sauveur tenant le monde dans sa main, le portrait du Duc d'Urbin armé, celui du Prince Frédéric d’Urbin, la Vierge alla gatta, avec Sainte Anne, Saint Jean, Saint Joseph qui accompagnent l'enfant Jésus assis dans son berceau ; un Noli me tangere, ou Notre Seigneur est sous la forme d’un jardinier, gravé par Ciamberlanus.
  • À Dusseldorf, chez l’Electeur Palatin, on voit une belle Madeleine avec Notre Seigneur en jardinier.
  • M. le Duc d’Orléans a dans sa riche collection, Énée qui sauve son père sur ses épaules de l’embrasement de Troie, gravé par Augustin Carrache ; deux différentes Saintes familles, une tête de Saint Pierre, et une fuite en Égypte.



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