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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Ferdinand Galli Bibiena
peintre lombard

né en 1657 et mort en 1743

Ferdinand Bibiena, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.


On peut dite que Bibiena est le premier des peintres d’architecture. Gio Maria Galli son père, élève de l’Albane, né à Bibiena, terre située en Toscane, vint s’établir à Bologne, s’y maria, et eut Ferdinando Galli, en 1657, François, et plusieurs autres enfants. Ferdinand perdit son père à l'âge de sept ans, et passa dans l’école du Cignani. Ce maître, dont la bonté allait de pair avec l’habileté, le reçut avec une distinction sans égale : il se ressouvenait d’avoir profité, ainsi que son père, des grands préceptes de l’Albane. Tous les secrets de son art furent développés à Ferdinand, qui sut suivre son guide plutôt en rival qu’en imitateur. Comme le Cignani s'aperçut que son élève, sans négliger la figure, avait un goût décidé pour l'architecture, il le fit successivement passer chez le Paradosso, l'Aldrovandini et Antonio Manini, les meilleurs maîtres de ce temps-là.

Rivani, machiniste Polonais, eut besoin alors d’un peintre pour exécuter sur un théâtre, des morceaux d’architecture de sa composition, et le Cignani lui envoya le jeune Bibiena, qui s’en acquitta très-bien. Des études particulières de l’architecture et de la perspective, le mirent en état d’en publier dans la suite de très bons traités.  Le Duc Rannucio Farnèse ayant perdu son architecte, qui peignait aussi des décorations, en demanda un  à Cignani, qui lui donna le Bibiena : la qualité de premier peintre et d’architecte du Prince lui fut  accordée avec une pension en arrivant à Parme, où il vint s’établir. Francesco Farnèse, qui succéda à Rannucio, le prit sur le même pied, et il demeura près de vingt-huit ans en ce pays.

Son frère François Bibiena peignit les figures, et Ferdinand l’architecture de plusieurs chambres dans une maison de plaisance, appelée la Motta, qui était au Duc de la Mirandole. Le palais Campora à Modène, fait voir des soffites (dessous d'un ouvrage suspendu) et de belles frises ; deux chapelles dans l’église de Reggio, offrent des preuves de leur habileté. La chapelle et la façade du collège Ducal ; les murs de la principale salle ; toute l'architecture du grand théâtre à Parme ; une galerie dans le jardin du palais ; l’église des Capucins, et la maison de Colonie, sont de sa main ; l’Oratoire saint Vincent : la coupole de l’église de la mort ; et une chapelle à la Madona di Campagna, toutes trois à Plaisance, lui sont encore dues.

L’Archiduc Charles d’Autriche se trouvant à Barcelone pendant la guerre, et devant épouser la Princesse de Wolfenbutel, voulut avoir Bibiena pour en ordonner la Fête ; on le demanda au Duc de Parme, et Bibiena fit briller dans cette ville son grand goût de dessin. Charles qui succéda à l’Empereur Joseph son frère, fut si content de Bibiena, qu’il voulut l’avoir à son service. Ce peintre, après avoir séjourné en Italie, demanda son congé au Duc de Parme, et vint trouver l’Empereur à Vienne, qui le nomma son premier architecte et son peintre de fêtes et de théâtres. La naissance d’un Archiduc fut une nouvelle occasion pour Ferdinand d’étaler son savoir dans le palais de la Favorite. Sur une grande pièce d’eau, qui orne cette maison, il fit paraître un théâtre et un palais dans le fond : on y joua une pièce en musique, on vit arriver sur l’eau une armée navale, qui engagea un combat, et par son adresse, tout le jardin, ainsi que la pièce d’eau parut une mer. D'autres décorations aussi ingénieuses amenèrent des danseurs, qui, au bruit d’un grand nombre d’instruments, formèrent des ballets ; la Fête fut enfin terminée par des chars de triomphe, relatifs aux victoires remportées par les Princes Autrichiens sur les Turcs.

Ferdinand, affligé de la cataracte, demanda congé à l’Empereur, pour venir à Bologne y chercher du soulagement. Il obtint de demeurer en Italie ; et Sa Majesté Impériale, en lui donnant une chaîne d’or avec sa médaille, partagea les appointements du père avec ses enfants. Après avoir conféré avec l’Empereur dans le cabinet de l’Impératrice, sur quelques nouvelles machines, il ne put en s’en allant, trouver la serrure ; l’Empereur eut la bonté de lui ouvrir la porte ; honneur pour lui des plus grands, et qui rappelle celui que Charles-Quint fit au Titien, en ramassant son pinceau.

L'Italie le vit, en 1711, à l’âge de cinquante-quatre ans, et ne se trouvant plus en état de travailler, il s’attacha à composer deux volumes d’architecture, pour l’instruction des jeunes gens : on y trouve toute la science et toute l’exactitude qu’on peut souhaiter dans ces sortes d’ouvrages ; quoiqu’il eût mal aux yeux, il entreprit encore de peindre la perspective du palais Monti, qu’il ne  put refuser  aux empressements de ce Seigneur. On ne doit point oublier celle du palais du grand  Chancelier à Milan, toute peinte de sa main :   le mur y est coupé en rampe, faisant ressaut dans un des bouts ; c’est une espèce de péristyle avec trois percées qui découvrent d’autres bâtiments sur différents plans ; des fontaines ornent le devant, et tout y est si bien peint et si bien dégradé, que l’œil y est trompé.

Bibiena, aussi bon architecte que grand peintre, a fait bâtir plusieurs palais. Toutes les décorations qui ont paru de son temps, dans les villes d’Italie, étaient de son invention : ces sortes de peintures, par une fatalité trop ordinaire, périssent presque en naissant, et nous font regretter la main et le génie qui les ont produites.
On trouve dans ses tableaux de chevalet, une belle ordonnance, et une entente de couleur admirable ; peu l’ont égalé dans l’effet des perspectives, dans les belles masses de clair-obscur, et dans les décorations de théâtre. Il semble que les morceaux ruinés qu’il a peints dans ses tableaux, soient effectivement les restes de superbes édifices que le temps a détruits ; il en traçait sûrement le plan pour ne pas suivre une idée bizarre et hors de toute vraisemblance. Combien voyons-nous de ces morceaux capricieux, dont l’auteur aurait bien de la peine à tracer le plan !

Cet artiste se maria à vingt-neuf ans ; et après la mort de sa femme, il prit avec lui sa sœur Maria Oriana, qui s’est fort distinguée dans l’histoire et dans le portrait. Sa nombreuse famille fit toute son application, Alexandre son fils, âgé de trente-deux ans, était architecte et peintre de l'Électeur Palatin, François avait été nommé par l'Empereur, chanoine de l’église Archiducale de Sainte Bâle, à Mantoue ; Giovanni Maria Galli, qui s'était attaché à la peinture, s'était marié avantageusement en Bohême ; Giuseppe et Antonio, servirent l'Empereur en qualité d’architectes. Ses trois filles se firent religieuses. Il mourut à Bologne, dans un âge très avancé, et l’on ignore l’année de son décès ; on sait seulement qu'il vivait en 1739 ; ainsi, il devait avoir plus de quatre-vingt-deux ans lorsqu’il mourut. L'académie de Bologne assista à son service. Outre ses deux livres d'architecture, il y a encore un recueil de soixante-douze feuilles de perspective et de décorations de théâtre, à la tête duquel est son portrait, gravé par Carlo-Antonio Bussagnoti, à Bologne.

Son frère François a suivi le même goût, et savait, de plus, peindre la figure. Il fut successivement peintre et architecte des Ducs de Mantoue, de Parme, et du Roi des Romains à Vienne. On le trouve souvent peu différent de Ferdinand.
Les élèves de ce peintre sont sans nombre : on en distingue plusieurs ; Giuseppe Civoli, Giovan-Battista Alberoni, Pierre Scandellari, et Giuseppe-Antonio Landi, tous académiciens de Bologne, et Robert Clerici, de Parme.

Les dessins de Ferdinand ne sont pas communs en France. La belle ordonnance et la liberté de la main, feront toujours distinguer ce maître de tous les autres peintres d'architecture : les figures dont il ornait ses morceaux, sont belles. Il dessinait ordinairement au bistre, ou avec différentes eaux colorées, avec un trait de plume très léger : la manière dont ses dessins sont éclairés, fait un grand effet.
On a gravé d’après lui des décorations de théâtre, et il a donné au public, en 1711, un traité d’architecture in-folio, à l'usage des peintres qui s’appliquent à la perspective, et un cours d’architecture et de perspective, en abrégé, en deux volumes in-octavo, qui a paru à Bologne en 1751.



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