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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur

Louis Quaini
peintre lombard

né en 1643 et mort en 1717

Louis Quaini, peintre italien - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

 

François Quaini, élève du Metelli, et oncle du célèbre Cignani, travaillait à Ravenne pour le cardinal Capponi, lorsqu'il lui naquit un fils, en 1643, que cette Éminence tint sur les fonts, et nomma Louis. Il apprit de son père, peintre assez médiocre, les éléments de son art. Des génies aussi heureux et aussi adroits que le sien dans l’art d’enrichir la nature, franchisent bientôt les bornes de cette médiocrité de talents. L’exemple de son cousin Cignani, qui marchait à grands pas dans la carrière de la peinture, lui en apprit davantage que les leçons de son père. Enfin, on le plaça chez le Guerchin, que la mort surprit trop promptement pour l'avancement de l’élève. Le Cignani, plus âgé seulement de quinze ans, devint alors son maître, et le mit en état d’acquérir du bien et de la réputation.

Sur une proposition que lui fit un négociant de ses amis, de lui faire voir la France et l'Angleterre, il en entreprit le voyage. Rien ne lui parut plus charmant que la Cour de France ; la liberté qui y règne, si opposée aux manières gênantes des Italiens, était fort de son goût. Les savants et les habiles gens de la Capitale méritèrent ses visites, entr’autres, le fameux Charles le Brun, qui goûta fort son caractère et l’intelligence qu’il montrait pour son art. Arrivé à Londres, il y trouva la liberté dégénérée en libertinage, et plus de penchant pour les sciences que pour les arts : en effet, si l'on y voit de bons artistes, ce sont presque tous des étrangers. Enfin, il revint à Bologne rejoindre sa femme et le Cignani.     

Le Franceschini, qui venait de perdre son maître. Gio Maria Galli Bibiena, arriva aussi dans la même École. Ce fut l’origine d’une amitié très  étroite ; l’émulation, mère des beaux ouvrages, se mit aussi de la partie, et leur maître y entrevit l’avancement de son cousin.
Les Théatins souhaitaient alors que le Cignani peignît, sous le portique de leur église de saint Barthelemi, les principales actions de saint Gaëtan. Les engagements qu’il avait pris ne lui permettant pas d’y travailler, il en chargea nos deux élèves, qui, sur ses cartons et ses pensées, méritèrent, par une belle exécution, les applaudissements du public. Les deux lunettes sous le portique des pères Servites, eurent le même avantage ; elles représentent la guerre des Guelphes et des Gibelins, avec un coup de tonnerre lancé du Ciel contre des joueurs et des débauchés : l'imagination et l’habileté des deux artistes eurent lieu de s’y déployer.
Quand le Cignani peignit san-Petronio, dans le fond du chœur de cette église, et qu’il décora une salle du jardin de Parme, on ne distinguait point son ouvrage d’avec celui du Quaini ; quel honneur pour le pinceau de celui-ci, de se confondre avec celui de son maître ! Que peut faire  de plus un grand élève ?  
Pour les ouvrages considérables, on ne s’adressait plus au Cignani, occupé de très  grandes  entreprises  on se contentait d’employer les deux amis. Ils s’acquittaient si dignement de toutes les parties de leur art, qu’ils ne laissaient point de place aux regrets. Il aurait été assez difficile de discerner l’ouvrage du Quaini d’avec celui de Franceschini, tant ils étaient d’accord : souvent en employant une main étrangère, l’union d’un ouvrage souffre de cette association de travail. Ces deux artistes, prenaient encore beaucoup de licence dans l’exécution : ils se croyaient la chose permise pour opérer de grands coups de lumière ; en un mot, ils se mettaient au-dessus de la critique, disant comme un ancien : Me raris juyat auribus placere. Martial, Lib. Epig. 86. : Il me suffit de plaire à de vrais connaisseurs. En effet, un peintre ne doit pas chercher à plaire à tout le monde ; le grand nombre ne sait point approfondir.

Cignani mena avec lui Franceschini à Forli pour un ouvrage qu’il avait entrepris ; une autre fois il se servait de Quaini ; ainsi le maître partageait son estime entre ses deux disciples : cette égalité écartait la jalousie, et n’altérait en rien leur amitié, qui se trouva dans la fuite encore plus cimentée par la parenté qui les unit tous trois.
Quaini, ennemi des peines inséparables des grandes entreprises, en confiait volontiers le soin à Franceschini ; c'était lui qui conférait sur ses ouvrages, en réglait le prix, faisait tous les dessins et les cartons, quoique Quaini fût très capable de le faire ; le jeu, la chasse, les plaisirs de la table, les aimables conversations étaient plus de son goût. Ces deux associés peignirent ensemble toute   l’église del Corpo di Christo, le réfectoire des pères de la Charité, les trois tableaux sur le mur du maître-autel de saint Barthtlemi, les cartons pour l’une des petites coupoles de saint Pierre de Rome, et les quatre tableaux des amours d’Adonis, pour le Prince de Lichtenstein.
On trouve, dans ces derniers morceaux, moins de coloris de de force dans le clair-obscur ; mais il y a plus de vaguesse, plus de grâce, et des traits plus heureux que dans ce qu’ils ont peint sous la conduite et sur les dessins du Cignani. Les grands hommes„ au lieu de s'assujettir à suivre la trace des autres, devraient plutôt s’ouvrir un nouveau chemin, ainsi qu’à ceux qui les imitent ou qu’ils instruisent.

Les peintures du dôme de Plaisance, de la grande salle du palais de Modène, de de celle du grand Conseil à Gênes, publient partout l’habileté de leurs pinceaux. C’était toujours le Quaini qui faisait le paysage, l’architecture et les autres ornements, qu'il entendait encore mieux que son cousin. Le Franceschini s’attachait plus à la figure ; et l’on a souvent entendu dire au Cignani, qu’il le préférait pour la fraîcheur des carnations ; mais que pour les airs de tête gracieux, et pour l’ordonnance de certaines parties, il estimait mieux le Quaini.
Ce dernier fut averti que le Prince de Lichtenstein avait recommandé expressément qu’il ne travailla point dans les tableaux qu'ils avaient entrepris pour lui : ce mépris le piqua au point qu’il voulut se surpasser ; en effet, on ne peut rien voir de mieux entendu que le paysage et l’architecture dont il remplit ces tableaux : la satisfaction du Prince ne mit point de bornes à sa générosité.
Le Quaini a fait seul plusieurs ouvrages, tels que le saint Nicolas en prison, que vient consoler la Vierge, accompagnée de plusieurs Anges, dans l’église ce nom ; une fuite en Égypte ; Rébecca à la fontaine ; Salomon au milieu de ses concubines, dans le cabinet d’un de ses amis (Il Signor Rizzardi), à qui il ne manquait jamais d’écrire lorsqu’il était absent de Bologne ; c’était dans ses lettres qu’il dessinait les figures plaisantes qui se trouvaient sur sa route. Le Marquis Spinola conserve, à Gênes, beaucoup de tableaux de la main : on y remarque surtout saint Pierre d’Alcantara, donnant à sainte Thérèse les règles de l’Ordre qu’elle se proposait d’établir.

L’esprit vif et pénétrant de notre artiste lui fournissait aisément des pensées pour ses tableaux, et en laissait encore de reste pour la poésie, qui l’occupait de temps en temps. Les gens de Lettres recherchaient son commerce ; ils venaient lui lire, dans son jardin, leurs productions, et se trouvaient fort bien de ses avis. Sa manière de vivre décente, et sa conversation enjouée, lui avaient acquis beaucoup d'amis : quand il s'agissait de faire le marché d’un ouvrage, il y apportait toute la facilité possible ; ses manières nobles prévenaient sur son désintéressement. On l’a accusé d’aimer un peu trop le jeu, quoiqu'il ne s’y livrât qu’avec quelque sorte de ménagement.

Enfin, le Quaini fut attaqué de la goutte dans un âge un peu avancé ; n’étant plus en état de seconder son associé dans leurs travaux ordinaires, il s’était borné à peindre de petits tableaux, lorsque la goutte venant à remonter, le suffoqua à Bologne, en 1717, âgé de soixante-quatorze ans. Son corps fut porté dans l’église de l’hôpital saint François, et accompagné de tous les académiciens de Bologne, qui l’avaient reçu parmi eux avec distinction : ils le regrettèrent beaucoup pour les services qu’il leur a rendus, et les bons conseils qu’il était capable de leur donner.
Sa veuve, comme il n’avait point d’enfants, fut son héritière. Ses élèves et ses dessins ne sont nullement connus.
On ne sait rien de gravé d’après ses ouvrages.


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