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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Jules Romain
peintre romain

né en 1492 et mort en 1546

Jules Romain, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

et Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

Note générale : On appelle vigne en Italie, une maison de plaisance aux environs d’une ville,
et on appelle Dôme, la principale église d’une ville.

La célébrité dans laquelle ont vécu les grands artistes, leur a fait un renom assez durable pour avoir passé jusqu’à nous. Raphaël et Jules Romain sont de ce nombre. L'élévation de la pensée de ce dernier, le fera toujours regarder pour un aussi bon poète que grand peintre. Son vrai nom était Julio Pipi, et sa naissance est marquée à Rome, en 1492. Aucun Auteur n’a parlé de ses parents, qui, selon toutes les apparences, le mirent dans l’école du grand Raphaël ; il y fit des progrès si étonnants, que son maître lui-même en fut surpris. Devenu dans la suite son meilleur disciple, Raphaël lui confiait, sur ses dessins, l’exécution de ses plus beaux ouvrages. Jules mettait beaucoup plus de feu dans ses tableaux que Raphaël ; il donnait à toutes ses figures une certaine vie et une action qui manquaient souvent aux ouvrages de son maître.

Grand dans ses ordonnances, d’un génie très  fécond, il rappelait les pensées des anciens poètes ; ses idées étaient nobles, élevées, et il dessinait correctement. Heureux, s’il eût pu se familiariser avec le naturel, et les grâces compagnes fidèles du pinceau de son maître. Son goût au contraire avait quelque chose de féroce, et suivait plus l’antique que la nature ; il en devint dur et sec dans la suite.

Jules Romain avait toute l'érudition dont peut être capable un homme de son art. L’histoire, la fable, l'allégorie, l'architecture et la perspective, toujours présentes à sa mémoire, étaient placées judicieusement ; il donnait de l’esprit à ses figures ; son génie second était propre à toutes sortes de sujets bizarres, aux événements terribles, et les figures colossales lui convenaient mieux qu’à tout autre. Ces talents étaient accompagnés d'une connaissance parfaite de l'antique et des médailles.
Pendant la vie de Raphaël, le mérite du disciple fut toujours enseveli dans les grands ouvrages du maître : exécuteur de ses idées, toute son application, tout son savoir ne tendait qu’à les rendre élégamment. Quand il eut perdu Raphaël, Jules parut tel qu'il était, ç'est-à-dire, un homme abandonné à lui-même, ne suivant que la fougue de son génie, peignant tout de pratique, sans consulter les vérités de la nature ; ses chairs tiraient sur le rouge de brique ; il mêlait trop de noir dans ses teintes, ce qui a gâté et obscurci ses meilleurs ouvrages : sa manière même de dessiner dure et sévère ne paraissait point variée dans les airs de têtes, ni dans les draperies.
Raphaël qui l’aimait préférablement à tous ses autres élèves, le fit son héritier et conjointement avec le Fattore ; il le chargea de terminer les ouvrages qu’il avait commencés, entr'autres, la salle de Constantin. Jules s’en acquitta dignement, se faisant aider par le Fattore et Raphaël dal Colle.

Après la mort de Léon X, voyant que les arts n'étaient plus en crédit sous Adrien VI son successeur, il avait résolu d'abandonner la ville de Rome, de même que tous, les autres élèves de Raphaël ; mais ce Pape vécut peu de temps ; et le Cardinal Jules de Médicis qui lui succéda sous le nom de Clément VII, fit revivre leurs espérances. Jules travailla à l’histoire de Constantin, sur les dessins de son maître : les ajustements et les ornements peints en bronze, au-dessus et au-dessous des grands tableaux, sont encore de lui. Dans le tableau où Constantin donne au Pape la ville de Rome, il se peignit lui-même, ainsi que le Comte Castiglione, le Pontano, et d’autres savants de ses amis.

Bellori rapporte dans la description des tableaux du Vatican, page 60, qu’ayant accompagné plusieurs fois le Poussin, pour examiner les peintures du Vatican, et surtout la bataille de Constantin, dont le coloris est trop chargé de noir, et les contours trop marqués, il lui avait entendu dire, esserg'li grata quest' expressa non disconveniente alla fierezza d'un grand combanimento ed all'impeto è furore de' combatenti.
Plusieurs personnes, à l'inspection du dessin original de Raphaël, qui représente Constantin haranguant ses soldats lors de sa vision céleste, ont blâmé Jules Romain d’avoir ajouté dans la composition plusieurs figures, entr’autres, celle d’un nain, qui met un casque sur sa tête. Il est vrai que cette figure grotesque et peu séante ne convient point dans un sujet d’une si grande importance. Ne pourrait-on point excuser Jules Romain par l’exemple d’Homère, qui a introduit adroitement dans l’Iliade un Vulcain, objet de la raillerie des Dieux, et Thersite, si méprisé des mortels, pour contraster avec les caractères des héros de son poème ?

Lorsque les ouvrages du Vatican furent achevés, Jules se retira dans une maison qu’il avait  fait bâtir ; il peignit des tableaux pour différentes villes, et fut l’architecte de plusieurs palais. Le Comte Castiglione l’invita d'aller à Mantoue. Attiré par les promesses du Duc, il se rendit en cette ville. On le reçut avec distinction, on lui donna un beau logement, une pension, une table pour lui et pour ses domestiques ; le Prince lui envoya même son plus beau cheval, avec lequel il se rendit au Palais Te, qui est aux portes de Mantoue.
Ce voyage lui épargna la punition qu’auraient pu lui attirer les vingt estampes obscènes, qu'il avait inventées, et qu’a gravées Marc Antoine, connues sous le nom des figures de l’Arétin, qui les avait ornées chacune d’un sonnet. Tout l'orage tomba sur le graveur, Marc-Antoine Raymondi, qui était à Rome.
Le bâtiment du Te n’était rien dans son commencement ; Jules le rendit recommandable par l’architecture et par les peintures dont il l’orna. Quoiqu’il n’y eût en ce lieu que des briques pour bâtir, il en forma des colonnes, des chapiteaux, des corniches, et autres ornements qui charmèrent le Duc de Mantoue.
Rinaldo Mantuam et Benedetto Pagani, ses disciples, peignirent à fresque dans une salle les chevaux et les chiens du Prince, que Jules avait dessinés d’après nature. On voit dans un salon à quatre angles, le mariage de l’amour et de Psyché, peint avec tant d’adresse, que les figures qui n’ont que la longueur du bras, paraissent, vues en dessous, avoir trois fois autant de hauteur. Les aventures de Psyché y sont représentées dans les angles, avec des amours voltigeants de tous côtés Le soleil y paraît dans son char avec Zéphyr qui souffle un vent agréable ; Silène est peint sur la cheminée, soutenu par deux satyres, porté par une chèvre que des enfants tètent.
À l’exemple de Raphaël, Jules Romain faisait sur ses dessins ébaucher et terminer ces morceaux par ses disciples, et les retouchait entièrement. Dans le plafond du vestibule, on trouve l’histoire d’Icare avec les douze mois de l’année, indiqués par les divers travaux qui leur conviennent.
L’ouvrage le plus considérable de ce palais est un salon, où les géants paraissent foudroyés par Jupiter. Tous les Dieux sont en mouvement, les vents peints dans les quatre coins, soufflent de tous côtés ; les Grâces y paraissent étonnées ; les géants écrasés sous les rochers ; Briaré seul dans une caverne, est enseveli sous une montagne ; la cheminée sur laquelle est peint Pluton dans son char, suivi des Furies, quand on y fait du feu, fait paraître toutes ces figures dans le royaume de ce Dieu. Les fenêtres, la voûte en tour creuse ; les portes et la cheminée sont rustiquées par de grosses pierres qui semblent tomber ; le plancher même est pavé de petits cailloux ronds, dont la continuation est peinte au bas des murs, à la hauteur d’un pied, pour surprendre davantage ; et leur poliment fait réfléchir les peintures, ce qui fait paraître ce lieu plus grand. Enfin, tout se ressent du génie de cet habile homme ; et  ces traits de la fable, maniés si savamment, ne font pas moins de plaisir que la belle description qu’en a faite Ovide (Métamorphose, L. I.) Ce sont là d’heureux coups de génie et de la grande poésie.
Jules peignit à Mantoue, dans le palais du Duc, la guerre de Troie et il donna encore des preuves de son habileté dans les maisons de plaisance du Prince, et dans les embellissements de Mantoue, dont les rues élevées par ses soins, furent un rempart contre les inondations du Lac, au milieu duquel la ville est bâtie. Le Duc le nomma Surintendant de ses bâtiments, et le protégea contre les bourgeois qui murmuraient de ce qu’on abattait leurs maisons.

Les libéralités du Prince augmentèrent beaucoup la fortune de Jules. Il fit bâtir une maison pour sa famille, où il avait formé un cabinet d’antiques et de curiosités. On y voyait le portrait d’Albert-Durer, dont il avait hérité de Raphaël ; avec tous les dessins des bâtiments antiques, et ceux de sa composition. Jules Romain devint un grand architecte. On voit de lui, aux portes de Rome, la Vigne Madame, qu’il a ornée de peintures, ainsi qu’un petit palais sur le mont Janicule. Dans ce temps-là, François I  le voulut avoir pour son château de Fontainebleau. Jules qui ne pouvait quitter les ouvrages commencés à Mantoue, fit agréer le Primatice à sa place. Au passage de Charles Quint en cette ville, il fit tous les arcs de triomphe, et d’admirables décorations de théâtre.

Après la mort du Duc, Jules voulut quitter Mantoue pour retourner à Rome ; le Cardinal Gonzague, Régent, le retint auprès de lui. Le besoin qu’il en avait pour restaurer la grande église, son esprit agréable et enjoué en furent les principaux motifs. Il lui fit faire les cartons pour la Chapelle du palais, où il a représenté Saint Pierre et Saint André, qui de pêcheurs deviennent Apôtres. Ces morceaux ont été peints par Fermo Guisoni, un de ses élèves. On le manda a Bologne pour la façade de l’église de Sainte Pétrone ; son dessin fut préféré à quantité d’autres et très bien récompensé.
San-Gallo, architecte de Saint Pierre, étant venu à mourir, Jules fut nommé pour remplir sa place, et on lui fit des offres très considérables. Le Cardinal Gonzague, la femme de Jules, et ses enfants l’empêchèrent pendant longtemps de l’accepter. Il était déterminé à aller occuper un poste si avantageux, lorsque sa santé qui s’affaiblissait de jour en jour, y apporta le plus grand obstacle. La mort le surprit à Mantoue, en 1546, à l'âge de cinquante-quatre, ans. On l’enterra dans l’église de Saint Barnabé, et on lui fit une belle épitaphe.
Il laissa une fille, et un fils qu’il avait nommé Raphaël, en mémoire de son maître ; ce fils se serait sans doute distingué dans la peinture, s’il ne fût pas mort à la fleur de son âge.

Les principaux disciples de Jules Romain ont été Tomaso Parerello de Cortone, Raphaël dal Colle, le Primatice, Benedetto Pagani, Jean da Lione, Jean-Baptiste et Rinaldo de Mantoue, Bartolomeo di Castiglioni, Teodoro Ghisi, Figurino da Faenza et Fermo Guisoni.

Les dessins de Jules Romain sont très spirituels et très corrects ; ils sont ordinairement lavés au bistre, quelquefois rehaussés de blanc, le trait très fier et très délié, est toujours à la plume qu’il maniait au mieux ; ses hachures sont de droite à gauche, et croisées irrégulièrement dans les ombres. La fierté de ses têtes, la sécheresse de ses contours, la médiocrité de ses draperies, son peu de grâce, le dénotent suffisamment.

Sans parler des ouvrages de Raphaël que Jules a terminés après sa mort, conjointement avec les autres élèves de ce grand maître ; sans décrire de nouveau ces belles peintures du Palais du Te, dont on vient de parler ; il a peint dans les loges de la première cour du Vatican, la création d’Adam et d'Ève ; celle des animaux, Noé qui fait bâtir l'Arche, son sacrifice ; Moïse retiré des eaux ; le jugement de Salomon, et autres morceaux enrichis de beaux fonds de paysage. Il a beaucoup travaillé dans la chambre  di Torre Borgia, et l’assemblée des Dieux, dans la loge du petit Farnèse, est entièrement de sa main. On voit de lui, à la Trinité du mont, un Christ ressuscité, qui apparaît à la Madeleine. À Sainte Praxède, un Christ attaché à la colonne. Dans l’église de Saint André della Valle, les épousailles de Sainte Catherine, à la Chapelle de Saint Sébastien. Dans l’église de l'Anima, on voit l’image de la Vierge, Sainte Anne et Saint Joseph, Saint Jacques, Saint Jean à genoux, et Saint Marc avec son lion ailé sous ses pieds. A la Vigne Madame, à Rome, un grand Poliphème, entouré de satyres et d’enfants sautants autour de lui. Sur le mont Janicule, dans le palais Turinni, l’histoire de Numa Pompilius, et dans l'appartement des bains, quelques traits de l’histoire de Vénus, d’Apollon et de l'Amour.
À Gênes, au mont Olivet, le martyre de Saint Etienne, d’une expression admirable.
Au palais Scotti à Plaisance, Mars et Vénus.
À Pérouse, chez les Religieuses de Monteluce, l’Assomption de la Vierge au maître Autel,
On voit au Dôme de Mantoue, le Seigneur qui appelle à l’apostolat Saint Jacques et Saint Pierre sortants de la barque.
À Saint André de la même ville, une Vierge tenant l’enfant Jésus avec Saint Ambroise, demi-figures. La vocation de Saint Jean et de Saint Jacques, tous deux grands comme nature.
Dans la galerie du Duc de Modène, une Vierge moyenne figure, avec l’enfant Jésus ; une autre Vierge très belle, où il a peint un chat, appelée la Madona della gatta, et plusieurs guerriers qui passent un pont.
À Sassuolo, plusieurs morceaux sur les murs, et cinq tableaux faits pour des oratoires.
Dans la galerie de l'Archevêché de Milan, la décollation de St. Jean-Baptiste.
Dans la galerie Ambrosiane, la guerre de Constantin contre Maxence.
Le Roi possède huit morceaux de Jules Romain, son portrait peint par lui-même, l’adoration des bergers, le triomphe de Titus et de Vespasien, la circoncision de N. S. Vulcain et Vénus, trois hommes à cheval vêtus à la Romaine, une figure de grisaille, deux boucliers peints en camaïeu, l’un représente l’enlèvement d’Hélène, l’autre un combat naval, et plusieurs tentures de tapisserie.
On voit seize tableaux de ce même maître chez M. le duc d’Orléans, la nourriture d'Hercule, l’enfance de Jupiter, la naissance de Bacchus, le bain de Vénus, six frises peintes sur bois ; savoir, l’enlèvement des Sabines, la paix entre les Romains et les Sabins, la famille de Coriolan à ses pieds, le siège de Carthage la Neuve, la continence de Scipion, les récompenses militaires données par Scipion, un Empereur à cheval ; cinq cartons peints en détrempe sur du papier  pour des tapisseries, figures plus grandes que nature ; savoir, Jupiter et Danaé, Jupiter et Semelé, Jupiter et Alcmène, Jupiter et Io, Jupiter et Junon.

L’œuvre de ce maître est d’environ 250 pièces, gravées par Jules Bonasone, Diana Mantuana, Baptiste Franco, Georges Pentz, Georges Mantuan, Beatricius, Jean-Baptiste Mantuan, Pietro Santi, Mlle Stella, Hollar et plusieurs antres. On trouve seize morceaux de Jules Romain dans le recueil de Crozat.


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