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Vertugadin (ou encore Panier)

Terme du Petit dictionnaire de l'habillement

Vignette : Louise de Lorraine en robe à vertugadin - reproduction © Norbert Pousseur    Vignette : Femme de joie du XVIe siècle à vertugadin - Costumes de France - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur   Vignette : La marquise  de Verneuil portant un vertugadin - Costumes de France - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur

Vertugadin porté par Louise de Lorraine - reproduction © Norbert Pousseur
Vertugadin porté par Louise de Lorraine

 

Vertugadin porté par une femme de joie du 16ème siècle - reproduction © Norbert Pousseur
Vertugadin porté par une femme de joie du 16ème siècle
Vertugadin porté par la marquise de Verneuil - reproduction © Norbert Pousseur
Vertugadin avec une sorte de coquille de pélerin,
permettant aux dames d'y appuyer leur coudes

Vertugadin : Quelques portraits qui nous restent de cette époque, et ceux du temps de Charles IX, nous représentent toutes les dames avec des corps de robe et d'amples vertugadins, modèles de ces paniers qui n'ont totalement disparu qu'à la cour de Louis XVI. La fureur des vertugadins fut telle que, de son temps, le Chancelier de L’Hôpital la réprima par une loi somptuaire. Il eut mieux fait de s'en remettre à l'empire de la mode. La loi ne fut point exécutée.

La femme qui porta en France le premier vertugadin, voulait, dit-on, dérober aux yeux les fruits indiscrets de son amour. Toutes les femmes suivirent bientôt ce bel exemple ; et chaque belle agit comme si son amant l'avait mise dans le cas de son premier modèle.

Madame de Tressan étant dans Béziers lorsque le duc de Montmorency, son parent, y fut assiégé, cette dame, qui avait obtenu la permission de sortir de la ville, enleva le duc, qu'elle cacha dans sa voiture, sous son vertugadin.

On a dit, et plusieurs ont écrit que Henri IV se cacha sous le vertugadin de Marguerite de Valois, lorsqu'il voulut, pendant le massacre de la Saint-Barthélemy, se dérober aux poignards des ligueurs, et que le respect qu'on avait pour cette belle reine le déroba à la mort. On rapporte, en preuve, ces vers qu'on dit avoir été faits, dans le temps, sur cet événement singulier :

Fameux vertugadin d'une charmante reine,
Tu défends un honneur qui se défend sans peine ;
Mais ta gloire est plus grande en un plus noble emploi :
Tu sauvas un héros en recelant mon roi.

 

Vertugadin, substantif masculin. c'était une pièce de l'habillement des femmes, quelles mettaient à leur ceinture pour relever leurs jupes de quatre ou cinq pouces. Il était fait de grosse toile tendue sur de gros fil de fer. Il les garantissait de la presse, et était fort favorable aux filles qui s'étaient laissé gâter la taille. La mode en est encore demeurée chez les espagnoles, qui l'appellent garde-infante. Ce mot vient avec la chose de l'espagnol vertugado. On les a aussi appelé vasquines, ou hocheplis : ce qui s'est dit encore de la robe fort ample qui se tenait ouverte et étendue par le moyen du vertugadin, qu’on a appelle aussi autrefois vertugade. (Dic. Furetière, 1690)

Et aussi (de l'ouvrage Femmes célèbres de Lamésangère) :
Vertugadin : diminutif de vertugade, venant de l’espagnol vertugado, espèce de bourrelet destiné à grossir les hanches.
.../...
Vers 1790 : ... Alors le renflement de jupe jadis connu sous le nom de vertugadin,
était appelé panier,
à cause de sa ressemblance avec un panier à poulets.


Vers Louise de Lorraine , portant un vertugadin Verugadin porté par Louise de Lorraine

Vers une femme de joie portant un vertugadin Verugadin porté par une femme de joie

Vers la marquise de Verneui au vertugadin à coquille

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En complément, des extraits de l'ouvrage Mesdames nos aïeules, dix siècles d'élégance
d'Albert Robida - 1891 - collection personnelle

Ce sont ces modes qui vont régner pendant tout le temps de François Ier, à la cour éblouissante du Roi Chevalier, et à la ville chez les nobles dames et les bourgeoises aisées.

L’innovation principale, celle qui doit influer sur le reste du vêtement, en déterminer en partie la coupe et les proportions, la dominante du costume d’alors, c’est le vertugadin, dit aussi vertugalle, vertugardien... Chose non vue encore, grande nouveauté qui va bouleverser le costume et changer toutes les lignes.

Le vertugardin, c’est-à-dire la jupe large soutenue par une armature quelconque, en voilà pour trois siècles, pendant trois cents ans, avec des interrègnes plus ou moins longs, il durera sous des noms différents, panier, crinoline, pouf, tournure, etc. Il dure encore et nous le reverrons.

Depuis trois cents ans la largeur des jupes suit un mouvement régulier, d’abord modeste, elle augmente peu à peu, lentement, en habillant progressivement l’œil à ses proportions, elle arrive à une envergure formidable, exagérée, impossible, puis elle diminue lentement reprenant l’une après l’autre ses étapes successives.
Les femmes, qu’elle a transformées pour un temps plus ou moins long en énormes cloches, redeviennent clochettes, elles diminuent et s’amincissent jusqu’à disparition complète de toute apparence de vertugadin. Les modes sont ultra collantes pour quelques années, puis un soupçon de tournure reparaît, une illusion de vertugadin se remontre et la progression recommence.

Villipendé, chansonné, ridiculisé sans trêve ni merci à toutes les époques et quelque fut son nom, il a triomphé toujours, même des édits qui prétendaient diminuer son envergure. Et pourtant nulle puissance au monde n’a vu se liguer autant d’ennemis enflammés couvre elle, aucune institution n’a été attaquée avec autant de vigueur et d’acharnement.
La Monarchie ou la République ont des adversaires, mais aussi des défenseurs. Vertugadins, paniers ou crinolines avaient contre eux tous les maris, tous les hommes ! Le corset seul a eu presque autant d’ennemis — dont il a toujours également triomphé.

Le Vertugadin, né sous François Ier, vers 1530, marque la fin du moyen âge, mieux et plus complètement que n’importe quel changement politique. C’est la disparition des robes collantes ou flottantes à plis droits, si sculpturales. Un monde est fini.
Le vertugadin s’appelle premièrement hoche-plis. Ce nom s’applique d’abord seulement au bourrelet godronné soutenu par une carcasse de fils de fer qui s’attache à la taille pour donner de l’ampleur aux jupes. Puis le nom s’étend à tout un système de cerceaux de bois ou de baleine formant cage sous la jupe jusqu’en bas.

Le chancelier de l’Hôpital, ennemi de la trop grande ampleur des vertugadins, les avait un peu dégonflés et diminués par une sévère ordonnance en 1563, par laquelle il interdisait également aux hommes les hauts de chausses rembourrés. Mais à un passage du roi Charles IX à Toulouse, les belles Toulousaines étant venues implorer un adoucissement aux rigueurs de l’austère chancelier, le roi, plus clément qu’il ne se montrera plus tard aux Huguenots, fit grâce au vertugadin et lui permit de reprendre ses monumentales proportions.

Ne nous moquons pas de cette ampleur des vertugadins, un jour elle sauva la France s’il est vrai, comme la chronique le dit, que Marguerite de Valois put préserver les jours d’Henri de Navarre son mari, en le cachant sous un immense vertugadin quand les massacreurs de la Saint-Barthélemy se mirent à dépêcher à coups de hallebarde les huguenots qu’on avait logés au Louvre à l’occasion des noces d’Henri et de Margot.

Les vertugadins continuaient à se porter et à grandir malgré tout
Et les dames ne sont pas bien accommodées
Si leur vertugadin n’est large dix coudées,

dira bientôt un satirique Discours sur la mode.

Le vertugadin humilié a passé la frontière, il règne en Espagne où sous le nom de guarde infante, il prend de si colossales proportions que l’autorité veut par des édits, comme en France, arrêter leur développement. A l’amende s’ajoute la saisie et l’exposition publique des objets prohibés. L’édit, sévèrement appliqué, suscita des résistances violentes et des émeutes où le sang coula.

Le vertugadin eut la vie si longue de l’autre côté des Pyrénées que les galants de la cour de Louis XIV le revirent avec surprise porté par les dames de la cour espagnole lors de l’entrevue dans l’île de la Conférence pour le mariage de Louis avec Marie-Thérèse.


 

Le terme ci-dessus est l'un de ceux utilisé pour décrire les costume des personnages en illustration, provenant de l'ouvrage :
'Costumes français depuis Clovis jusqu'à nos jours', publié par A. Mifliez en 1855.


 

 

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