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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Frédéric Zucchero
(ou Zuccaro ou Zucarri)
peintre romain

né en 1543 et mort en 1609

Frédéric Zucchero, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

Note générale : On appelle vigne en Italie, une maison de plaisance aux environs d’une ville,
on appelle Dôme, la principale église d’une ville,
et une Coupole est la voûte du dôme d’une église.

Frédéric Zucchero, frère et disciple de Taddée, vint au monde dans le même lieu que son frère en 1543. De légers principes que lui donna son père Ottaviano Zucchero,  découvrirent son heureuse disposition pour la peinture ; ses talents se développèrent ; et on l’envoya à Rome pour se perfectionner. Quelque étude qu’il ait faite dans l’école de Taddée, il n’a jamais pu parvenir à se rendre aussi habile que lui : il souffrait trop impatiemment ses remontrances ; son pinceau était plus facile que le sien, mais plus maniéré.
Ils avaient coutume de travailler de concert dans plusieurs ouvrages ; souvent même Taddée lui abandonnait des façades de maison, ou quelque chapelle, que Frédéric peignait seul. Un jour qu’il était occupé à peindre à fresque une façade à Rome, où il avait représenté la conversion, le baptême et le martyre de Saint Eustache, son frère voulut retoucher un endroit qui ne lui aurait pas fait d’honneur ; il prit sur le champ un marteau et jeta à bas ce que Taddée avait peint. Cet emportement les brouilla pendant quelque temps ; mais ils se réconcilièrent ensuite.

Frédéric travaillait chez le Pape avec le jeune Baroche et d’autres bons peintres. Il y peignit une belle frise, où se voit l'histoire de Moïse et de Pharaon ; celle du Centenier, les noces de Cana, et la transfiguration sont dans le Casin de Belvédère. Ces morceaux bien entendus et bien exécutés, lui firent remporter la victoire sur les autres peintres.
Sa réputation s’accrut tout d'un coup ; Taddée n’en fut point jaloux, il l'occupait sans cesse dans les travaux du Vatican, du palais Farnèse et du château de Caprarolle. Leurs ouvrages se faisaient en commun, et ils dessinaient ensemble sur des livres de papier blanc, les pensées des bons tableaux qui le présentaient à eux. Ces dessins, touchés d’une grande manière, sont aujourd’hui fort recherchés des curieux.

Frédéric étant tombé malade, revint à Rome avec son frère ; il finit, après son rétablissement, plusieurs ouvrages commencés. Ce fut dans ce temps-là, que le  Grand Duc le fit venir à Florence, pour achever la coupole de Sainte Marie del Fiori, que Vasari avait laissée imparfaite. Frédéric s’y distingua d’une grande manière, et l’ouvrage fut terminé en peu de temps : c’est le jugement dernier.
Son frère Taddée, qui sentait de quel secours il lui était, le sollicitait vivement de revenir à Rome. Frédéric passa à Vérone et en plusieurs villes de Lombardie, pour se rendre ensuite à Rome. Peu de temps après, il perdit son frère Taddée, à la mémoire duquel il rendit tous les honneurs dont il fut capable.
De retour à Florence, il peignit quelques morceaux pour l'arrivée de la Reine Jeanne d’Autriche. Il y serait resté plus longtemps, si Grégoire XIII ne l’eût mandé à Rome pour peindre la voûte de la chapelle Pauline. Pendant qu’il travaillait au Vatican, quelques différends qu’il eut avec les principaux officiers du Pape, lui inspirèrent l’idée de peindre le tableau de la calomnie, dans lequel il représenta, avec des oreilles d’âne, ces mêmes officiers qui l’avaient offensé. La hardiesse qu’il eut d’exposer le tableau sur la porte de l'église de Saint Luc, le jour de la fête de ce saint, irrita si fort le Pape, que Frédéric fut obligé de sortir de Rome, où il ne revint que longtemps après. La satyre de tout temps fut permise, lorsqu’elle n’est pas personnelle : Parcere personits, dicere de vitiis (Martial).

Le cardinal de Lorraine le fit ensuite venir en France pour quelques ouvrages, de là il passa à Anvers, où il fit des cartons pour des tapisseries ; puis en Hollande et en Angleterre, où il peignit la Reine Elisabeth, et plusieurs autres tableaux. Venise l’attira ensuite. Le Patriarche Grimant voulait faire finir sa chapelle, qui était restée imparfaite par la mort de Baptista Franco ; Frédéric y représenta le Lazare et la conversion de la Madeleine. On voit de lui, sur l'escalier de ce palais  d'excellentes figures ; et dans l’église de St. François  de la vigne, son tableau à l’huile de l’adoration des Rois, qui excita la jalousie des peintres Vénitiens. La salle du grand Conseil, où il travailla en concurrence avec Paul Véronèse, le Tintoret, le Bassan et le Palme, lui attira des marques de la satisfaction du Sénat, qui le créa Chevalier.
Enfin, après toutes ces courses, il revint à Rome ; et le Pape lui rendit son estime et sa bienveillance ; il finit la voûte de la chapelle Pauline et plusieurs autres histoires à fresque sur les murailles des appartements du palais de Belvédère. Les églises et les palais où se voyaient des ouvrages commencés par Taddée, furent entièrement achevés par Frédéric.

Philippe II, sous le pontificat de Sixte V, le manda en Espagne pour travailler à l’Escurial : il y fut reçu avec distinction, et les récompenses de ce Monarque auraient dû l’engager à faire des efforts pour les mériter ; il ne fut pas cependant heureux dans cette entreprise. Après que le Roi l’eut congédié et comblé de présents, il fit détruire tout ce qu’il avait peint dans le cloître pour le donner à Pelegrino Tibaldi. De nouveaux ouvrages l’occupèrent à son retour à Rome, où son plus grand soin fut d’établir, en vertu d’un bref du Pape Grégoire XIII  une académie, dont il fut le chef, sous le nom de prince. Cette fondation consuma la plus grande partie du bien qu’il avait amassé : l’académie après sa mort, devait avoir ce qui lui restait, si ses héritiers mouraient sans enfants.

Frédéric était bien fait, aimé et chéri de tous les honnêtes gens : il avait beaucoup de génie, inventait toutes sortes de sujets avec une facilité surprenante, dessinait bien, quoiqu’il fût maniéré, et son coloris était vigoureux. Il ne lui manquait, ainsi qu’à Taddée, que d’avoir consulté la nature, et d’être plus gracieux dans les têtes. Las enfin de tant travailler, il sortit de Rome et parcourut l'Italie. Il fit imprimer à Turin un volume sur la peinture, et il y peignit, pour le Duc de Savoie, une galerie ; le besoin qu’il avait d’argent lui fit strapasser (malmener) cet ouvrage. Il n'avait point en vue l’immortalité, et aurait pu dire comme le poète Régnier :

Comme s’il importait, étant ombre là-bas,
Que notre nom vécût ou qu’il ne vécût pas.
Regn. Sat. XV.

Lorette et Ancône terminèrent son voyage. Accablé de fatigue et épuisé par ses grands travaux, il mourut dans cette dernière ville en 1609, âgé de soixante-six ans.
Le cavalier Christosano Rocalli delle Pomerancie, qui peignait la coupole de Lorette et qui l’avait reçu depuis peu en cette ville, ayant appris sa mort, se rendit à Ancône et le fit enterrer avec distinction.

Il eut pour élève Dominique Passignano, Florentin, qui s’est fort distingué par plusieurs ouvrages à Rome, particulièrement dans la chapelle de Paul V, à Sainte Marie Majeure, à Saint Jean des Florentins, à Saint Jacques des Incurables, à la Paix, et à Florence, où il est mort à l'âge de quatre-vingts ans, comblé d’honneurs et de richesses.

Rien n’est si facile à connaître, que les dessins de Frédéric ; les yeux de ses figures sont pochés,  les draperies lourdes et coupées, les figures raides, le trait de la plume un peu gros, lavé au bistre ou à l’encre de la Chine. Il est moins spirituel que Taddée, plus maniéré dans les extrémités de ses figures, particulièrement dans les têtes, qui sont coiffées d’une manière singulière. Ses dessins sont rarement rehaussés de blanc de craie ou au pinceau et la grande quantité qu’il en a faite, les rend très communs.

  • On a fait remarquer que Frédéric Zucchero avait peint au Vatican, la voûte de la chapelle Pauline ; mais cette voûte est si fort enfumée, par la quantité des  cierges qu’on y allume pendant la semaine sainte, qu’on en aperçoit à peine le sujet : les uns disent que c’est Saint Jean placé sur un nuage entouré d’anges ;  d’autres (suivant la réponse de M. le Cardinal Passionei, bibliothécaire du Vatican) assurent que c’est l’histoire de Saint Pierre et de Saint Paul, dont Michel-Ange a représenté le crucifiement et la conversion sur les murs latéraux de cette chapelle. Dans la salle royale attenant, Grégoire VII est peint bénissant de nouveau le Roi Frédéric. Zucchero acheva dans le même lieu l’entreprise sur Tunis, commencée par son frère Taddée. Il y a deux chambres de sa main au Belvédère, ayant chacune sept tableaux dans leur frise, venant à la moitié de la hauteur des murs : on y voit Moïse devant Pharaon ; le même frappe la roche dans le désert ; il se trouve avec Aaron ; il appelle les Israélites à lui ; l’ange exterminateur ; le buisson ardent, la baguette changée en serpent ; Moïse et Aaron devant Pharaon ; Moïse qui change le fleuve en sang ; la chute des cailles ; les sauterelles ; le passage de la mer rouge ; la peste ; le veau d’or ; les enfants dans la fournaise, Nabuchodonosor.
  • Dans l’église de Sainte Catherine dei Funari, l'histoire de cette sainte en prison, et décollée avec plusieurs autres martyrs. Les trois Rois pour la chapelle des Orfèvres. Une flagellation du Sauveur, et les vertus peintes à fresque dans l’oratoire des Saints Pierre et Paul du Gonfalon.
  • Un portement de croix, peint à l'huile à Sainte Praxède.
  • À Saint Laurent in damaso, le tableau du maître-autel qui représente ce saint sur le gril.
  • À Saint Marcel, la conversion de Saint Paul, peinte à l’huile ; ce qui est à fresque est de Taddée.
  • Dans l’église des Pères réformés de Jésus, on voit une Pentecôte, une Annonciation, six prophètes, et un chœur d’anges peint dans une chapelle. Une annonciation dans le collège Romain, avec une nativité et une circoncision.
  • À Sainte Marie del orto, il a peint à fresque le mariage de la Vierge et une Visitation.
  • Au Jésus, la chapelle de la famille Vettori est toute à fresque ; et  le tableau de l’autel représente des anges en prière. Dans la sacristie des Saints apôtres, les stigmates de Saint François, peints à l’huile. Le couronnement de la Vierge, dans une chapelle à la Trinité du mont.
  • À Venise, il a représenté, dans la salle du grand Conseil, l’Empereur Frédéric aux pieds du Pape, avec un grand concours de monde.
  • À Bologne, il exposa chez les Pères delle gracie, une Sainte Catherine à côté du purgatoire de Denis Calvaert, avec lequel il y avait eu quelque différend.
  • À Cesène, dans l'église de Saint Tobie, un Christ qui tire plusieurs saints des limbes.
  • Au collège Boromeo à Pavie, dans une salle à côté du jardin, il a peint l’histoire de Saint Charles.
  • Dans la galerie de l'archevêché de Milan, une nativité en clair-obscur.
  • À l'Escurial, dans la chapelle qui sert aux officiers de la fabrique et dans les salles qui y sont contiguës, une annonciation, un Saint Jérôme, une nativité, une adoration des mages et le martyre de Saint Laurent.
  • Dans la grande église de Cordoue, une Sainte Marguerite.
  • À Florence, la coupole de l'église de Santa Maria del  fiori.
  • À Düsseldorf, chez l’Électeur Palatin, Vénus et Cupidon en ovale, deux petits enfants en rond.

Raphaël Sadeler, les Matham, Caprioli, et les mêmes graveurs de Taddée, ont gravé d’après son frère Frédéric plusieurs planches.



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