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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

Taddée Zucchero
(ou Zuccaro ou Zucarri)
peintre romain

né en 1529 et mort en 1566

Taddée Zucchero, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

Note générale : On appelle vigne en Italie, une maison de plaisance aux environs d’une ville,
et on appelle Dôme, la principale église d’une ville.

La nature n’est point maniérée ; toujours variée dans ses opérations, elle donne un grand précepte aux artistes qui se proposent de l'imiter. Taddée Zucchero et son frère Frédéric n’en ont pas su profiter.

Taddée naquit à San-Agnolo in vado dans le Duché d’Urbin, en l’année 1529 ; il fut élève de son père Ottaviano Zucchero, et ne fut pas longtemps à le surpasser. Son génie le conduisit à Rome à l’âge de quatorze ans, dans l’école d’un peintre médiocre. Ne trouvant pas dans cette ville de quoi subsister, il fut obligé de broyer des couleurs, de travailler à la journée, et de coucher sous les Loges du palais Chigi. Une partie de son temps était employée à dessiner les antiques, et à examiner les ouvrages de Raphaël, qui achevèrent de le perfectionner.
L’état misérable où il se trouvait, le fit tomber malade, et l’obligea de retourner chez son père. Il revint à Rome après sa guérison, et fit une étude si suivie et si surprenante, qu’il se fit connaître en peu de temps : Taddée travaillait, de concert avec Francesco san-Agnolo son parent, à peindre à fresque des frises et des galeries, lorsqu'un nommé Daniel de Por, natif de Parme, peintre médiocre, mais qui avait demeuré longtemps avec le Corrège et le Parmesan, l’emmena à Vitto, dans l'Abruzze, pour peindre une église à fresque. Taddée, par les conseils de ce peintre, fit de grands progrès ; son pinceau devint plus intelligent et plus moelleux. Il y peignit dans la voûte les quatre Évangélistes, des Sibylles, des Prophètes, et plusieurs sujets de l'ancien et du nouveau Testament.

De retour à Rome, à l'âge de dix-huit ans, il entreprit de peindre à fresque la façade du palais Mattei ; cette belle exécution charma tout le monde. En 1550, son frère Frédéric le vint trouver à Rome, et Taddée lui enseigna les principes de son art.
Le Duc d’Urbin le fit venir pour peindre la Chapelle du Dôme de sa ville : il fit encore plusieurs ouvrages à Pesaro, et il revint à Rome, où les Papes Jules III  et Paul IV l’employèrent en divers endroits du Vatican, particuliérement dans le Torrione, où l’on trouve plusieurs chambres qu'il a peintes à fresque avec beaucoup d’intelligence ; il fit aussi quelques portraits, entre autres, Celui de Paul IV.

Son frère Frédéric qui commençait à peindre, fut envoyé à Urbin ; et il entreprit à son retour avec Taddée une Chapelle dans l'église de la Consolation. Taddée n’y travaillait que dans ces heureuses saillies, où la main exécute facilement tout ce que l’imagination lui suggère : aussi cet ouvrage qui l'occupa  pendant quatre ans, est un des plus beaux qu'il ait faits ; semblable à un poète que la fougue entraîne, il laissait aller son génie à tout ce que la poétique de l'art pouvait lui suggérer.

Là, pour nous enchanter, tout est mis en usage,
Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage,
Chaque vertu devient une divinité,
Minerve est la prudence, et Vénus la beauté.

Le grand plaisir de Taddée, était d'obliger son frère Frédéric, de de lui procurer de peindre des Chapelles dont il s'acquittait fort bien ; il le présenta même au Duc de Guise, qui était alors à Rome, pour le mener en France, où il aurait été lui-même, sans la guerre et la mort du Duc qui survinrent.
Taddée fut employé pour le catafalque de Charles Quint. Il en fit toutes les peintures avec son frère en vingt-cinq jours ; à l'égard des ouvrages qu'ils devaient faire dans l’église de la Vierge à Orviette ; ils s’y transportèrent tous les deux et y tombèrent malades, ce qui les fit revenir à Rome.
Le Cardinal Farnèse donna à Taddée à son retour, la conduite entière de son château de Caprarolle, avec une pension considérable : non seulement ce peintre fit des dessins pour tous les ouvrages de peinture,  mais il peignit beaucoup de choses de sa main.
Dans un des morceaux dont Taddée orna la salle Royale du Vatican, le Pape ayant trouvé qu’il avait surpassé tous les autres peintres, on lui donna à peindre dans le même lieu, un des grands tableaux du côté de la Chapelle Pauline, et ensuite la grande salle du palais Farnèse.

Taddée eut envie de voir Florence ; il s’y rendit dans le dessein d’y rester longtemps ; mais ses engagements pour Rome et pour Caprarolle ne lui ayant pas permis de suivre cette idée, de retour à Rome, il peignit une Chapelle à la Trinité du Mont ; alors son frère Frédéric revint de Venise, croyant lui être très nécessaire : comme Taddée ne voulait point se marier, Frédéric gouvernait sa maison. Ses grands travaux, joints à quelque débauche, lui causèrent la maladie dont il mourut en l’année 1566, âgé de trente-sept ans. Son frère le fit enterrer à la Rotonde, à côté de Raphaël, auquel il ose le comparer par ces mots : Fredericus mœrens posuit anno 1566, moribus, picturâ, Raphaëli Urbinati simillimo. Le premier article pourrait être vrai, par rapport à la cause de leur mort, arrivée au même âge ; le second est une illusion, une flatterie qu’on ne saurait pardonner qu'à l’amitié fraternelle.

On jugera aisément, par tout ce qui vient d’être dit, que Taddée était grand dans ses compositions, élevé dans ses  idées ; il avait un pinceau frais et moelleux, sachant bien l’anatomie, disposant bien son sujet, excellent pour peindre des têtes, des cheveux, des mains, des pieds ; le coloris vague, assez correct, quoique maniéré, ayant perdu de vue la belle nature, moins facile que son frère Frédéric, qui était son disciple. Plusieurs ouvrages de sa main, tels que la salle Farnèse, le château de Caprarolle, et la chapelle de la Trinité du Mont restèrent imparfaits. Frédéric, qui avait le même goût, les acheva  tous.
Taddée était spirituel dans ses dessins, un peu lourd dans le contour de ses figures ; ses draperies sont coupées et sèches ; il faisait le trait à la plume lavé au bistre rehaussé de blanc ; toutes ses têtes se ressemblent, et ont souvent peu de noblesse, avec les yeux pochés, et les extrémités des pieds et des mains dessinés singulièrement.

Ses ouvrages sont répandus dans toute l’Italie ; une grande pratique les a multipliés ; mais plusieurs sont restés imparfaits :

  • il a peint dans le Vatican les frises des chambres qui sont au-dessus du corridor de Belvédère, plusieurs chambres dans l’endroit appelé Torrione. Dans la salle royale, deux grands morceaux ;  l'un représente Charlemagne qui ratifie la donation de Pépin en faveur de l'église, et la fameuse bataille de Lépante, qu'il avait laissée imparfaite. Les deux figures des vertus à côté de la porte, sont encore de lui. Dans l’appartement qui est derrière les loges, vers la place Saint-Pierre, les plafonds et les frises sont de sa main.
  • À Rome, dans l'église de la Consolation, il a peint une Cène, un lavement des pieds, le jardin des oliviers, la prise de Jésus-Christ, sa flagellation, un Ecce homo, Pilate qui se lave les mains, le Christ devant Anne, un crucifiement, plusieurs figures en face de l'autel, les quatre évangélistes, deux prophètes et deux Sibylles y sont représentés à demi-corps.
  • Dans le palais Bufalo, on voit les Muses à la fontaine de Castalie qui leur est consacrée.
  • À la Trinité, dans une chapelle, il a peint à fresque l'Assomption de la Vierge, avec les portraits de plusieurs personnes.
  • Le maître-autel à Sainte Sabine et la tribune au-dessus. La grande salle du palais Farnèse, où sont les conquêtes d’Alexandre Farnèse en Flandre, et dans la frise de l’antichambre on voit l’histoire de Paul III.
  • À Sainte Marie del orto, une belle annonciation peinte sur le mur, et une nativité de Jésus-Christ d’un grand ton de couleur,
  • À Saint Marcel des Servîtes, plusieurs sujets de l’histoire de Saint Paul, exécutés à fresque dans la voûte et sur les murs, et la conversion du Saint, peinte à l’huile pour tableau d’autel.
  • À Vérone, dans l'église de San-spirito, il a peint, en dehors, sur la porte et à fresque, le St.Esprit, et une frise sous la gouttière d’une maison en sortant de l’église du Paradis.
  • Dans la ville d’Urbin, il a fait plusieurs morceaux pour le Duc.
  • À Caprarolle, dans une grande salle, les faits les plus illustres de la maison Farnèse, sont représentés en plusieurs compartiments avec les figures de la Gloire et de Bellone. La chapelle est ornée de plusieurs portraits des Farnèse ; trois chambres destinées à la solitude, avec les portraits des Princes qui l’ont aimée. Il a représenté dans celle du sommeil la nuit avec ses attributs.
  • À la vigne de Papa Giulio, un mont Parnasse, et autres sujets dans les chambres ; dans la cour, sous la loge, deux histoires des Sabines en clair-obscur.
  • On voyait au palais royal un tableau de Taddée, qui représente un Christ dans le tombeau, soutenu par plusieurs anges qui portent des torches, et dont les figures sont grandes comme nature : il est présentement dans la cathédrale de Reims, où on l'a renvoyé après la mort de Monseigneur le Régent.

Corneille Cort, Philippe Thomassin, Jacques Matham, Corneille Galle, Chérubin Albert et autres, ont gravé environ une vingtaine de morceaux d’après Taddée Zucchero ; et depuis peu d’années on a publié à Rome toutes les peintures du château de Caprarolle, gravées par Prenner.



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