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Page de garde de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres - Reproduction © Norbert Pousseur

André Sacchi
peintre romain

né en 1599 et mort en 1661

André Sacchi, peintre italien - Reproduction © Norbert Pousseur

 

 

Gravure et texte extrait de l'ouvrage 'Abrégé de la vie des plus fameux peintres' d'Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, édition de 1762, collection personnelle.

Note générale : On appelle vigne en Italie, une maison de plaisance aux environs d’une ville,
et on appelle Dôme, la principale église d’une ville.

Il est peut-être aussi difficile de former un habile homme, que de le devenir. Aristote ne s’est peut-être pas acquis moins de gloire par ses disciples (Théophraste, Strabon), que par la multitude de ses ouvrages, qui, au rapport de Diogène Laërce, montaient à plus de quatre cents. André Sacchi, de même, a été extrêmement distingué et par ses talents naturels et par les bons élèves qu’il a formés. Les auteurs Italiens ne lui ont pas rendu la justice qui lui était due ; ils devaient le célébrer comme un des plus habiles peintres qu’ils aient eu.

André Sacchi, autrement Andreuccio, naquit à Rome en 1599. Ses premiers enseignements furent chez son père Benoît Sacchi ; il le perfectionna sous le fameux Albane, il devint son meilleur élève et hérita de ses talents. Son maître, qui le voyait spirituel et adroit à toutes choses, lui donna son estime et une attention particulière. Le Sacchi profitait plus de ses leçons dans une heure, que ses camarades dans une journée. L’Albane connaissant jusqu’à quel point il porterait son art, le ménageait pour le travail, et lui faisait mille caresses. De petits tableaux, ne pouvait suffire à leur empressement. Il semblait que l'esprit du maître eût passé tout entier dans celui du disciple, de même que son pinceau frais, ses grâces et son coloris.

Les palais des grands lui furent ouverts ; il y trouva l’estime et les secours nécessaires à son art. Le cardinal del Monte lui fit peindre son palais ; et le cardinal Barberin le prit chez lui à son service ; il l’occupa à représenter, au plafond d’une salle, l’histoire de la sagesse divine. Au sentiment même des peintres Romains, Sacchi, dans cet ouvrage, égala les plus grands maîtres ; deux particulièrement lui servaient, de boussoles, le Corrège et le Carrache.

Plus grand dessinateur que l’Albane, ses idées étaient élevées ; il donnait beaucoup d’expression à ses figures, avec un grand goût de draperie : tout cela était accompagné d’une simplicité qu'il trouve peu dans les autres tableaux. Sacchi avait formé son goût d'après tous les grands maîtres, sans ressembler à aucun et sans jamais changer de manière ; il aimait extrêmement son art, et finissait ses tableaux avec un soin infini : un peu plus de feu les aurait rendu parfaits.

On aurait de la peine à croire qu’un homme bien fait, gracieux, agréable, aimant la conversation, jusqu’à y passer des journées entières, se soit fait si peu d’amis. La manière dont il critiquait les ouvrages des habiles gens, le peu de commerce qu’il affectait d’avoir avec ses confrères, ont pu lui attirer leur haine. II fut contemporain de Pietre de Cortone et du Bernin, et un peu jaloux de leur gloire : voici ce qui lui arriva avec ce dernier, Le Bernin voulant lui faire voir sa chaire de Saint Pierre, avant que de l’exposer aux yeux du public, l’alla prendre dans son carrosse ; il ne put point parvenir à le faire habiller : Sacchi sortit en pourpoint, en bonnet et en pantoufles. Cet air de mépris ne se termina pas là : il s’arrêta en entrant, vers la croisée de l’église de Saint Pierre, et dit au Bernin. Voilà le principal point de vue d’où je veux juger votre ouvrage. Il ne voulut jamais avancer, quelqu’instance que lui fit le Bernin. Sacchi le considéra attentivement, et cria de toute sa force : quelle statue esser dourebbono un bon palmo più grandi ; c’est-à-dire, ces figures devraient être plus grandes d'un bon palme (Le palme romain moderne, est de douze onces, qui font huit pouces trois lignes et demie de notre pied), et il sortit de l’église sans dire autre chose. Le Bernin sentit la justesse de la critique ; mais il ne jugea pas à propos de refaire l’ouvrage.

Il y eut toujours beaucoup de jalousie entre ces deux grands maîtres. Sacchi évitait le Bernin en toute occasion ; mais ce dernier voulait toujours être à côté du Sacchi lorsqu’il dessinait ; sa manière correcte et suave, ses contours coulants et aisés lui plaisaient infiniment, et il tâchait d’en approcher le plus qu’il pouvait.

Le Sacchi n’étant plus jeune, entreprit le voyage de Venise et de Lombardie, où il passa plusieurs années à étudier le Corrège et les autres grands peintres. À son retour, il voulut approcher sa manière de celle du Corrège : il n’était plus temps. Il craignait de ne plus approuver le coloris de Raphaël ; mais ayant revu les salles du Vatican, le miracle de la Messe à Bolsenne et l’histoire d’Attila, lui firent dire : Je retrouve ici le Titien, le Corrège, et de plus Raphaël.

Personne n’a fait, sur la peinture, des réflexions plus sensées que le Sacchi. Il méditait ses tableaux, ne voulant rien faire au hasard : toujours ami du vrai, il ne s’en est jamais écarté. Ce caractère le rendait timide et retenu dans l’ouvrage ; l’on peut même dire qu’il n’a pas aussi bien réussi dans les grandes compositions que dans les sujets simples. Son coloris n’est pas très vigoureux, mais il est suave et d'un parfait accord.

André Sacchi n’a point été marié ; il eut seulement quelqu’enfant naturel. Il n’a jamais dessiné une seule fois qu’il n’ait consulté la nature, principe qu’il a toujours suivi ; aussi ses tableaux ont-ils un air de vérité et de correction, qui séduit le spectateur ; les traits simples de la nature s’y manifestent partout. Le Saint Romuald, dans l’église du même nom, est un chef-d’œuvre de sa main ; l'union, l’accord, le goût du dessin, et la difficulté de dégrader six figures de Camaldules, toutes vêtues de blanc, sont des sujets d’admiration.

La goutte, dont il fut attaqué pendant plusieurs années, l’empêcha d’exécuter les dessins et les cartons qu’il avait faits pour la voûte de l’église de Saint Louis. Dans le temps qu’il travaillait au tableau du maître-autel de l’église de Saint Joseph, à Capo le Case, où ce saint est réveillé par l’ange, il fut accablé d’une maladie qui l’empêcha de le finir ; il avait déjà peint à fresque, dans la même église, une Sainte Thérèse au-dessus de la porte. Cette maladie fut longue, et le fit mourir à Rome en 1661, âgé de soixante et deux ans : son corps fut porté magnifiquement à Saint Jean de Latran, où l’on voit une belle épitaphe.

Ses plus fameux disciples sont, Agostino Silla, Francesca Lauri, Carlo Maratti et Luigi Garzi.

Sacchi a été très correct dans ses dessins, dont le trait est fait à la plume, sans hachures, soutenu d’un petit lavis : il y en a à la pierre noire hachée et croisée ; d’autres à la sanguine, en partie lavés et hachés de traits fins, presque perpendiculaires ; ses académies sont en partie estompées, d’un beau fondu et relevées de blanc à la craie. La manière simple d’André Sacchi peu prononcée, sa facilité, ses contours légers et coulants, ses ombres et ses lumières ménagées d’une manière admirable, ses airs de têtes, une composition sage, son goût de dessin vague, beaucoup d’expression le feront aisément reconnaître.

  • Ses plus beaux tableaux à Rome sont, Saint Romuald instruisant ses disciples, fondateur des Camaldules dans l’église du même nom ;
  • Saint Grégoire le grand, qui dans le sacrifice de la Messe, montre à un incrédule le corporal dont il s’est servi, teint de sang, tableau qui est dans l’église de Saint Pierre du Vatican, où l’on voyait encore au-dessus des figures de marbre qui sont dans les niches des quatre piliers du dôme, quatre tableaux qui en ont été ôtés pour être transportés au palais de Monte Cavallo, et qui relativement aux figures qu’ils accompagnaient, représentaient le portement de croix, le martyre de Sainte Hélène et Saint Longin.
  • Au maître-autel de Saint Isidore, le saint en extase.
  • Aux Capucins, Saint Antoine de Padoue qui ressuscite un mort, et un évêque avec la Vierge et l’enfant Jésus, un couronnement d’épines et la transfiguration, peints dans la petite chapelle du palais de Monte Cavallo.
  • A Saint Charles Dei Catenari, la mort de Sainte Anne, excellent morceau.
  • Toute la sacristie de la Minerve est peinte de sa main, avec un crucifix à l’autel.
  • On remarque dans la coupole du baptistaire de Saint Jean de Latran, plusieurs traits de la vie de la Vierge.
  • A Pérouse, pour l’église des pères de l’Oratoire, une purification.
  • Dans le palais Barberin, il a peint à fresque la sagesse divine avec ses attributs, et divers autres tableaux emblématiques.
  • On voit à Paris, dans les appartements du palais Royal, un beau portement de croix, et le tableau d’Adam qui regarde expirer son fils Abel.

César Fantetti, Joa. Baronius, G. Château, J. Jac. Frey, C. Audran, ont gravé d’après André Sacchi ; l’on trouve trois morceaux dans le recueil de Crozat, un dans les Hespérides par C. Bloëmart, et un Apollon qui couronne un musicien, par P. Strange.


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