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Le médecin, du Moyen-âge au 19ème siècle

Les métiers et leurs costumes à travers les âges

Médecin au 15ème siècle -  Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Médecin sous Charles VII, d'apprès un manuscrit de 1493
gravure publiée dans Modes et costumes historique - France - Pauquet - 1887
Collection personnelle

 

MEDECIN, substantif masculin. Celui qui a étudié la nature du corps humain, et des maladies qui lui arrivent, qui fait profession de les guérir.

Le Médecin méthodique ou Galénique et celui qui guérit avec des remèdes doux, ordinaires, expérimentés et qui les donne à propos.
Médecin Chimique, Spagirique et empirique,
est celui qui se sert de remèdes violents, tirés des minéraux avec le feu.

Il y a des Médecins de la faculté de Paris, de Montpellier, etc.
En ce sens on dit, il a suivi l’ordonnance du Médecin, il a appelé le Médecin ; il a été abandonné des médecins, condamnés des médecins.
Chez le Roi il y a le premier Médecin.
Les médecins ordinaires, les médecins de quartier, les médecins du commun.

Médecin, se dit aussi, mais improprement, de celui qui communique un remède qu’il a appris ou éprouvé à celui qui en a besoin. Tout le monde se mêle d’être médecin. Quand on est avancé en âge, il faut être son médecin, à soi-même, savoir ce qui nous est propre.

On appelle aussi le quatrième doigt de la main, le médecin, à cause que les Anciens se servaient de ce doigt-là pour délayer leurs médicaments.

Médecin, se dit figurément en choses morales et spirituelles.
Le temps est le médecin de toutes les douleurs.
Le Vin est le médecin de la mélancolie.
Le Confesseur est le Médecin des âmes.
Les Prédicateurs sont les Médecins des mœurs.

Médecin, se dit proverbialement en ccs phrases.
Heureux le Médecin, qui vient sur le déclin de la maladie, pour dire qu’il a l’honneur de la cure qui se fait par les forces naturelles.
On dit aussi, après la mort le médecin, pour dire, qu’on apporte le remède à une affaire, quand elle est ruinée, quand il n’est plus temps.
On appelle aussi un Médecin d’eau-douce, celui qui est ignorant en Médecine, qui n’ordonne que des remèdes trop communs. Quelques-uns croient que ce proverbe vient d’un nommé Asclépiade, méchant médecin dont parle Pline au Livre 16, qui affecta de se rendre célèbre en ordonnant seulement de l’eau a ses malades.

Médecin, guéris toi toi-même est un proverbe sacré que Jésus-Christ a dit en l’Évangile à ceux qui voulaient guérir les autres, et qui avaient plus besoin d’être guéris.


(in Dictionnare Furetière, 1690)

 

 

Médecin italien du 15ème siècle - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Médecin italien du 15ème siècle, gravure non signée,
extraite des Costumes du Moyen Age - Jacques Joseph van Beveren et Charles Pressoir - 1847
Collection personnelle

Article de l'ouvrage Costumes du Moyen Age - 1847, complétant la gravure ci-dessus.

Parmi les arts principaux en honneur dans les villes libres d’Italie, celui de la médecine figurait au premier rang.

Les médecins occupaient le même degré hiérarchique que les chevaliers et les magistrats,
et portaient, comme eux, les fourrures et l’écarlate.

Cependant, la médecine se trouvait dans un état déplorable ; la science de guérir se résumait en quelques pratiques routinières et en combinaisons astrologiques. On pourra se faire une idée de cette situation en lisant la consultation du collège des médecins de Paris sur l’épidémie qui régna en 1548.

Les Nouvelles de F. Sacchetti nous apprennent que les juifs pratiquaient également la médecine.

Le costume que nous donnons sur cette planche est tiré du tableau d’un auteur inconnu, conservé dans l’Académie des beaux-arts de Sienne. Le chaperon est de velours couleur de laque, bordé d’hermine. Le manteau est noir, doublé de blanc. L’habit est écarlate, et la manche de dessous, vert foncé. La chaussure est rouge. Les broderies et les boutons sont d’or, ainsi que la boîte et la pince qu’il tient en main.

L’effigie représentée sur la pierre funéraire du médecin Paul de Célestins, mort en 1462 et enterré dans l’église de Saint-Étienne del Cacco, à Rome, nous montre qu’au XVe siècle le costume de médecin présentait encore une grande analogie avec celui que nous venons de décrire.


Dictionnaire de l'habillement      /       Tous les costumes  /  Présentation

Le médecin de village au 19ème siècle - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Le médecin de village, gravure signée Tony Johannot et JB. Lavielle
extraite de Les français peints par eux-mêmes - 1840
Collection personnelle

Article de Les français peints par eux-mêmes - 1840, en vis-à-vis de la gravure ci-dessus

LE MÉDECIN DE VILLAGE

Vous prendrez, matin et soir, à jeun, deux pilules dans un pain enchanté, sans mâcher. Voici la boîte. Il y en a cinquante. C’est cinquante sous. Vous boirez, de deux heures en deux heures, écoutez bien, de deux heures en deux heures, une cuillerée à bouche de cette potion anodine, antispasmodique et laxative ; voici la fiole. Il y en a pour trente sous. Vous appliquerez tous les soirs, sur la partie douloureuse, un cataplasme de farine de graine de lin saupoudré de neuf gouttes, vous entendez, neuf gouttes de laudanum de Chidermann, ni plus ni moins, avec de la flanelle ou un bas de laine. Voilà le paquet. Vingt sous. Au revoir. Soyez tranquille, tout ira bien ; je suis là. Mangez peu, ne parlez pas, dormez jusqu’à mon retour, et si cela va plus mal, nous verrons. Je suis pressé. »

Procurez-vous avec cela un chapeau défoncé ou enfoncé, une physionomie brave homme, une cravate en corde, une redingote de votre grand-père, si vous avez eu un grand-père, un pantalon coutil rayé bleu et blanc, boutons en os, des dessous de pied de dix-huit pouces de longueur et une tabatière de quinze pouces de circonférence ; montez sur un cheval du poids de deux cent vingt-cinq livres, et vous êtes, d’emblée, médecin de village.

Le médecin de village et son cheval au 19ème siècle - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Le médecin de village au 19ème siècle arrivant en cheval - Gravure signée Tony Johannot et Odiandi
extraite de Les français peints par eux-mêmes - 1840
Collection personnelle

Il y a bien encore quelques autres petites formalités de peu d’importance, mais qui ne font rien à la chose ; le plus souvent elles la gâtent. Peu importe, après tout, au menuisier au fossoyeur et à monsieur le curé que vous sachiez par principe, comme on dit pourquoi votre malade meurt, pourvu que, en somme, c’est-à-dire en masse, il meure, secundum artem, et qu’ils fassent des bières en peuplier d’Italie, des fosses en terre sainte et des funérailles à grande volée. A la guerre comme à la guerre ; tant mieux pour qui tourne la chance.

« Eh bien ! père Thomas ; comment vous trouvez-vous aujourd’hui ? Un peu mieux, hein ? C’est la potion. Que dit la tête ? — Pas grand-chose de bon, monsieur Mésenterre, allez. — Bien. Ce sont les pilules. Votre main ; non, l’autre. Et l’estomac ? Avez-vous mal à l’estomac ? soixante-quatre, soixante-cinq, soixante-six. — Ah ! oui, monsieur Mésenterre ; tout plein. — Bon Soixante-six. Pouls anormal ; légère intermittence. Tirez la langue ; plus long. Allez-vous à la garde-robe ? — Monsieur, je ne sais pas... — Comment, vous ne savez pas ? — Je ne sais pas ce que vous voulez dire. »

Vous reprenez : « Vous boirez matin et soir... » et le reste. C’est bien simple. Peu importent l’âge, le sexe, le tempérament, les habitudes, le régime et le caractère du malade ; l’acuité, la chronicité, la périodicité, l’intermittence, la recrudescence ou la somnolence de la maladie ; qu’elle affecte l’encéphale ou le rectum, le colon transverse ou l'intestin grêle, la région cardiaque ou la région pubienne, la cavité thoracique ou la synovie articulaire, les glandes sous-linguales ou les trompes de Fallope ; que ce soit le tétanos ou la fièvre scarlatine, la catalepsie ou la petite vérole, des tubercules ou un rhume de cerveau, une hernie inguinale ou une fluxion à la mâchoire ; ne sortez pas de là : Vous prendrez matin et soir... comme devant. Vous n’en serez que plus sûrement un bon et véritable médecin de village.

Et comment voulez-vous, après tout ? L’habitant des campagnes est la bête de somme de la civilisation, le limonier du char social dont le riche est la mouche. Quand le cheval de charrue est malade au temps des couvrantes, est-ce avec du repos qu’il s’agit de le guérir ? Une friction et la sellette, un breuvage et le collier : En route, blond ! La limonade, l’orangeade, l’eau gommée et le fauteuil, n’ont ni cours ni créance au village. Ces sages lenteurs sont bonnes tout au plus l’hiver, en saison de repos, si d’aventure il n’y a pas fumiers à charrier ou fagots à déboquer. A ces corps endurcis par la fatigue, appauvris par les privations, brûlés par l’oxygénation des glaces et de la canicule, il faut médecines de cheval et breuvages à l’avenant. Du lit à la charrue il n’y a place que pour une ordonnance.
« Baillez-la-moi bonne et que j’aille à mes chevaux. »

Le médecin temporisateur et méthodique des villes en est encore aux prémisses,
que tout est dit pour le médecin de village.

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La visite du médecin, au 18ème siècle - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
La visite du médecin au 19ème siècle, gravure signée H .Bocaert's et Waitee
extraite du Globe illustré - Arts sciences Lettres - 1888
Collection personnelle

 

Gravure, sans doute reproduction d'un tableau.
Nous avons ici une autre représentation d'un médecin de village, en visite (dans une ferme ?).
Toute la famille est réunie autour du bébé malade : les deux autres enfants,
et la grand-mère, bien entendu vivant sous le mêm toit,

On remarque, chez le mlédecin, le même style de chapeau ainsi que la longue redingote,
comme dans la gravure précédente.

Et poar ailleurs, tant la grand-mère que la mère, l'enfant, le garçon ont la tête couverte - pour se tenir chaud ?
Mais pas la fillette ni le jeune père

 

Le médecin de ville au 19ème siècle - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Le médecin de ville gravure signée Ganarm et JB. Lavielle
extraite de Les français peints par eux-mêmes - 1840
Collection personnelle

Remarque : la gravure était imprimée dans l'autre sens,
de telle façon que le médecin salue le texte sur la page de droite.
Ce faisant, la signature du dessinateur (Ganarm) était à l'envers
et celle du graveur (Lavielle) à l'endroit.... J'ai rétabli le sens d'origine du dessin.

Article de Les français par eux-mêmes - 1840, en vis-à-vis de la gravure ci-dessus

LE MEDECIN.

Ne pas croire au médecin, cela est permis ; douter de la médecine, c’est marcher sur les traces de don Juan, mais dans un siècle aussi positif que le nôtre, le scepticisme ne saurait aller jusque-là.
Il y a pour le médecin un énorme problème : muni du diplôme, il n’existe qu’à demi, la médecine est sa première croyance, mais il ne suffit pas d’avoir un titre pour se croire une position. Le client étant un mythe, le genre humain paraissant se porter à merveille, on serait tenté de se faire astronome en attendant ; quoi qu’il en soit, on débute.

Le médecin qui débute va voir le député de son département ; soigner les débuts d'un jeune médecin et se faire traiter par lui est pour l’homme du Palais-Bourbon une clause tacite de son mandat, la Chambre des pairs reçoit les médecins tout formés avec les projets de loi des mains de sa cadette. Puissamment recommandé, en outre, à un confrère fort en clientèle, le médecin qui débute lui rend une visite, il en reçoit un malade à titre d’encouragement, bien entendu qu’il doit le guérir dans l’intérêt de l’espèce ; il n’a garde d’y manquer dans celui de sa réputation. C’est la route battue, l’idée qui vient à tout le monde, ces précautions parlementaires tiennent au début ; le succès tient à autre chose. Il suffit d’user des procédés reçus pour être médecin, mais pour être célèbre, il faut avoir une méthode à soi.

Patients alités au 19ème siècle- Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Patients alités au 19ème siècle
extraite de Les français peints par eux-mêmes - 1840
Collection personnelle


Faire son chemin à pied quand on a la renommée pour but, c’est vouloir arriver tard, ou plutôt n’arriver jamais ; on prend donc une voiture. On avait un habit neuf, on s’adjoint un paletot ; on habitait un troisième, on monte au premier. C’est une avance sur la clientèle à venir ; les malades ne vous prennent qu’à moitié chemin. On fait meubler un appartement splendide et l’on accroche dans son cabinet la gravure d’Hippocrate refusant les présents d’Artaxerces afin de pouvoir dire avec conscience : Il y a chez moi du désintéressement.

Vous n’êtes pas connu ; c’est un avantage : on a tout à gagner du moment que l’on n’a rien à perdre ; les malades attendent la santé de même que vous attendez... la maladie. Ce que d’autres oseraient à peine tenter de peur de compromettre une réputation, on l’exécute de sang-froid pour faire la sienne. A-t-on peu de malades ; c’est le moment de concentrer tous ses soins sur un seul, de suivre son idéal, si on en a un en médecine, de se montrer le médecin modèle. Celui-ci arrive à heure fixe ; il reste près d’un quart d’heure chez ses clients, s’informe de la qualité des remèdes, se fait exhiber les déjections plus ou moins louables, passe les nuits, au besoin pose les sangsues, suit une maladie à la campagne, et donne des consultations gratuites aux gens de la maison.
Le médecin qui débute ne connaît aucune saignée qui lui répugne ; parfois il se saigne lui-même, pécuniairement parlant. On vend une propriété pour avoir une clientèle ; la clientèle est une propriété. On l’achète souvent toute faite. Un bon moyen de s’en créer une, c’est de supposer qu’elle existe ; beaucoup de médecins commencent par être célèbres afin d’arriver à être connus. Faites réveiller vos voisins, que l’on vienne vous chercher à toute heure de la nuit au nom de telle duchesse qu’il vous plaira, prise dans le nobiliaire de d’Hozier ; que la santé du faubourg Saint-Germain tienne, s'il se peut, à une de vos minutes ; qu’une file de voitures armoriées stationnent devant votre porte ; alerte ! valets de pieds, chasseurs, livrées de toutes sortes ; que l’on fasse queue devant chez vous, que l’on s’y égorge comme aux mélodrames : vous tenez déjà l’ombre, la réalité est à deux pas.

Le médecin affectionne la presse périodique, comme moyen de publicité et de diffusion. S’il parvient à fonder un journal de sciences médicales, chirurgicales, médico-chirurgicales ou chirurgico-médicales, c’en est fait, il a posé les fondements d’une renommée sans bornes, c’est pour lui le levier d’Archimède et la science ne saurait faire un pas sans sa permission ; il n’existe pas de maladie qui n’ait paru dans sa gazette ; les jeunes médecins recherchent son appui, les vieux le ménagent ; tous le craignent ; il est capable de donner la fièvre même à la Faculté.

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Le mlédecin de ville et son patient alité au 19ème siècle - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur
Le mlédecin de ville et son patient alité au 19ème siècle, gravure signée Gavarni
extraite de Les français peints par eux-mêmes - 1840
Collection personnelle

 

 


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Zoom sur La visite du médecin, au 18ème siècle - Gravure  reproduite puis restaurée par © Norbert Pousseur

 

 

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