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Gant

Terme du Petit dictionnaire de l'habillement

 

Gant porté par Saint Prudence, dessin de Léopold Massard - reproduction © Norbert Pousseur      Gant porté par Guillaume de Montmorency, dessin de Léopold Massard - reproduction © Norbert Pousseur

 

Gant porté à la main gauche par Saint Prudence, - détail de gravure  reproduite par © Norbert Pousseur     Gant porté par Guillaume de Montmorency, - détail de gravure  reproduite par © Norbert Pousseur

 

Gant : L’usage des gants paraît remonter à une époque très reculée. Il est difficile de déterminer la matière dont ils étaient composés ; mais tout semble faire présumer qu’ils étaient de lin.

Gant : Les chevaliers, qui autrefois étaient armés de la tête aux pieds,étaient cuirassés jusqu’au bout des doigts ; ils portaient des gants ; ces gants, revêtus à  l'extérieur d’écailles de métal, étaient de vraies masses d’armes, de vrais maillets de fer, au bout des bras d’un Roland ou d’un Du Guesclin.

Cette partie de l'ajustement des dames figure souvent dans l'histoire galante des temps modernes. Aux siècles de la chevalerie, une jeune personne ne faisait pas une action indifférente en donnant son gant ; c’était une manière très significative de dire beaucoup sans dire mot, de tout promettre sans parler. On lit dans un vieux roman qu'une demoiselle, touchée de l’empressement avec lequel Gérard de Nevers avait embrassé sa défense, dans une circonstance des plus délicates, « prit son gant senestre (gauche), si le bailla à  Gérard, qui moult volontiers le prit, icelle lui disant : Sire, mon corps, ma vie, mes terres et mon honneur, je mets en la garde de Dieu et de vous. »
Que de choses dans un gant ! De là cette locution : en avoir les gants. Et comme, en certains cas, on ne rencontrait pas toujours ce que les gants avaient promis, de là encore : Vous n’en avez pas, vous n’en aurez pas, vous n’en avez pas eu les gants. On conçoit aussi, d’après cette explication, tout le sens de cette autre phrase : S'en donner les gants.

Le gant fut aussi un truchement dans les mœurs chevaleresques. Un paladin voulait-il porter un défi, il lui suffisait de jeter son gant pour indiquer qu'il acceptait le combat. De là certaines locutions encore employées aujourd’hui au figuré.
On ne relevait pas impunément le gant de Tancrède ou de Bayard.
II était autrefois défendu aux juges royaux de siéger les mains gantées.
Jeanne d’Albret, mère du grand Henri, le bon Béarnais, mourut, dit-on, empoisonnée par l'odeur d'une paire de gants que lui avait vendue un nommé René, parfumeur, suivant la Cour de Catherine de Médicis.

Nos grand-mères portaient des mitaines tricotées de laine, de coton ou de soie. Leurs petites-filles portent des gants de peaux d'agneaux ou de chevreaux blanchis au lait et glacés. L'usage des gants blancs nous est venu d'Italie au XVIe siècle ; cependant on en fabriquait en France, à Blois.
On ne connaît plus aujourd'hui une manière de parfumer les gants qui était en vogue aux XVIe et XVIIe siècles, et qu'on appelait à la frangipane. C'était un mélange de différentes couleurs, d'où il résultait un parfum agréable, un goût excellent, et même une couleur qui était d'un jaune rougeâtre. On prétend que l’étymologie du mot remonte jusqu à un comte italien de la maison Frangipani qui était venu en France, se piquait de bon goût, et donnait des conseils aux parfumeurs et même aux cuisinières de la cour. C'est à ce même comte que nous sommes redevables de la tourte dite de frangipane.

Un jour que François Ier s’amusait à regarder un combat de lions, une dame laissa tomber son gant dans l'arène. Elle dit à son amant, nommé Delorges : « Si vous voulez que je croie que vous m'aimez autant que vous me le jurez tous les jours, allez ramasser mou gant. » Delorges descendit, ramassa le gant au milieu de ces terribles animaux, remonta, le jeta au nez de la dame, et depuis, malgré toutes ses avances, ne voulut jamais la voir.

L'usage de jeter le gant pour proposer un cartel a été suivi jusqu'à la fin du XVIe siècle ; et quoique de pareils combats ne soient pas permis maintenant, il y a encore une cérémonie dans laquelle on jette un gant pour annoncer un défi. Cette cérémonie a lieu au couronnement du roi d'Angleterre. Le champion de Sa Majesté, armé de pied en cap, et très bien monté, entre dans Westminster — Hooc —  et publie à haute voix que si quelqu’un lui conteste les droits du prince à la couronne, il est prêt à les soutenir, à les défendre dans un combat singulier. Après cette déclaration, il jette son gant en signe de défi.
Nous croyons que personne ne s'aviserait, au XIXe siècle, de relever pareil gant ; aussi nous n'avons pas appris que cela ait eu lieu au couronnement de Georges IV.

De même qu'on donnait une paire de gants à celui qu'on investissait d'une dignité, on ôtait les gants à celui qu'on privait de sa charge.
Sous le règne d'Edouard III, le comte de Carlisle ayant été condamné à la dégradation et à la mort, pour sa correspondance avec les Ecossais, ses éperons furent brisés avec une hache, et on lui ôta ses souliers et ses gants.

Sous Louis XI, un seigneur de Montmorency fut envoyé en ambassade à Londres, où le roi lui fit un grand accueil ; un jour il fut invité à la table de ce monarque ; il aperçut à la boutonnière de l'habit d'un seigneur qui était assis à côté de lui, un gant de femme chargé, à chaque doigt, de superbes diamants de toutes couleurs, ce qui attira l'attention du seigneur de Montmorency. Le lord, qui remarqua la curiosité de l'ambassadeur, n'attendit pas qu'il lui demandât la raison de cette singularité. Il lui dit :

« Je vois bien que vous trouvez estrange de ce que gorgiasement j’ai acoustré un pauvre gant ; ce que j'ai encore plus envie de vous dire, car je vous tiens tant homme de bien et connoissant quelle passion c’est qu’amour, que si j'ai bien fait vous me loûrez ; ou sinon vous excuseréz l'amour qui commande à tous honestes cœurs. Il faut que  vous entendiez que toute ma vie j'ai aimé, aime et aimeréz encore  après ma mort, une belle et respectable dame. Je demeurai sept ans sans oser lui en faire le semblant ; mais un jour étant dans un pré, et la regardant, me print un si grand battement de cœur que je perdis toute couleur et toute contenance, dont elle s'aperceut ; et me demandant ce que j'avois, je lui dis que c'estoit une douleur de cœur insupportable. Elle, charitable, posa sa main gantée  sur mon cœur, et alors lui serai la main contre mon estomac, lui disant : « Hélas ! madame, recepvés le cœur qui veut rompre  l'estomac pour saillir en la main de celle dont j'espère grâce, vie  et miséricorde. » Quand elle entendit ce propos, le trouva estrange, et voulut  retirer sa main ; mais je la lui tins si ferme que le gant resta en  la place de sa cruelle main, et pour ce que j’avois, je n’avois eu ne ay eu depuis plus grande privauté d'elle, je attaché ce gant  comme l'emplâtre le plus propre que je puisse donner à mon cœur, et l'ai aorné comme voyé. »

Le sire de Montmorency était trop poli pour rire tout haut de cette extravagance ; au contraire, il loua en apparence le lord, et lui dit qu'il était heureux de n'avoir obtenu que le gant de la dame, puisque, vraisemblablement, si elle lui avait accordé son cœur, il serait mort de plaisir.

L'empereur Othon fut empoisonné avec une paire de gants parfumés que lui envoya la veuve de son ennemi.

Dans un tournoi que Charles VI fit célébrer, pour conférer l'ordre de chevalerie au roi de Sicile et à son frère, en 1389, plusieurs dames marchèrent avec les chevaliers jusqu'à la barrière,
« Alors, dit Historien, elles tirèrent de leur sein diverses livrées de rubans et des gants de soie, pour récompenser la valeur de ces nobles champions. »
Un petit garçon, adoré de sa mère, était chez madame Geoffrin, où se trouvait un homme honnête et de fort bonne société. On portait alors des gants à franges ; l'enfant prit un de ces gants, et en donna un soufflet de toutes ses forces à cet homme respectable. Les grains d’épinards entrèrent dans ses yeux, et lui firent beaucoup de mal. Pour toute correction, la mère s’écrie : « Eh bien, mon fils, toujours de la main gauche. »
Ou bénissait les gants au couronnement du roi de France ;  Favin dit que cet usage est un reste de l'investiture par le gant.

 


Article ci-dessous, extrait du Dictionnaire universel du Commerce
de Jacques Savary des Bruslons, édition 1758

GANT. C’est l’habillement de la main, du poignet et d’une partie du bras, ce qui sert à les couvrir pour les tenir plus proprement, ou pour les garantir du froid, du soleil, ou des autres injures de l’air.

Les Gants se distinguent en Gants d'hommes et en Gants pour femmes. Les Gants d'hommes sont larges par le haut et très courts, ne couvrant guères que la main et le poignet. Les Gants pour femmes sont beaucoup plus longs et plus étroits par le haut, couvrant non-seulement la main et le poignet, mais encore la plus grande partie du bras en remontant vers le coude.

Les uns et les autres se fabriquent pour l'ordinaire avec des cuirs et peaux de chamois, de chèvre, de chevreau, de mouton, d’agneau, d'élan, de cerf, de daim, de chevreuil, de buffle et de chien, apprêtées et passées en huile ou en mégie . On fait aussi des Gants au tricot et sur le métier, avec la soie, le fleuret, le coton, le lin, le chanvre, la laine et le poil de Castor filés. Enfin l’on en fait encore quelques-uns avec le velours, le satin, le taffetas, le gros de Tours, le ras de saint Maur, l’étamine, le drap et la toile.
Les Gants de peau et d’étoffes sont de la dépendance du métier des Gantiers-Parfumeurs ; ceux au tricot et au métier concernent les Marchands du corps de la bonneterie, les Maîtres Bonnetiers au tricot et les Maîtres Ouvriers en bas au métier ; à l’égard des Gants de toile ils appartiennent aux Marchandes lingères.
Il est cependant permis aux Marchands Merciers de faire négoce en gros et en détail tant des uns que des autres, même de les parfumer, laver, parer et enjoliver ; mais ils ne peuvent les tailler, coudre, tricoter ni travailler sur le métier.

Il y a des Gants parfumés, lavés, cirés, glacés, bronzés, drapés, blancs, noirs, gris, jaunes, feuille-morte, cassé, musc et de diverses autres couleurs ; les uns simples et unis, les autres garnis et bordés de cuir, d’autres bordés d'or, d‘argent ou de soie, et d'autres garnis et enjolivés de rubans, galons et franges d’or, d’argent et de soie.

L’on disait autrefois comme en proverbe, que pour qu'un gant fut bon et bien fait, il fallait que trois Royaumes y contribuassent ; l’Espagne pour en préparer la peau, la France pour le tailler, et l’Angleterre pour le coudre : mais il y a déjà longtemps que la France s’est appropriée les fonctions des deux autres ; les Gants de fabrique Française remportant présentement sur les autres Gants pour la préparation du cuis et pour la couture, autant qu’ils l’ont toujours fait pour la taille.
Les Gants se cousent ou avec de la soie ou avec une sorte de fil très fin et très fort qu’on appelle aussi du fil à gant, à cause qu’il ne s’emploie guère à autre chose qu’à coudre des Gants.
On nomme Fil a Gant, du fil bis que l’on tire de Lille, et  qui se teint en soie à Paris de diverses couleurs. Il sert à la couture des Gants de moindre qualité où l’on veut épargner la soie. On emploie aussi à cette couture une autre sorte de fil qui se nomme Fil de Flandres. Il vient pareillement de Lille.

Paris et Vendôme sont les Villes de France, et l’on peut dire de l’Europe, où il se fabrique le plus de Gants de toutes les sortes, mais particulièrement de ceux de cuir, dont il se fait une consommation prodigieuse dans le Royaume, et des envois considérables dans les Pays étrangers, articulièrement dans le Nord, en Hollande, en Angleterre, en Lorraine, en Flandre et en Italie.
Les lieux du Royaume, après Paris et Vendôme, où il s’en fabrique le plus de cette espèce, sont Grenoble, Avignon, Blois, Montpellier et Grasse : Ham est aussi fort renommé pour les Gants gras, qu’on nomme Gants de chien, parce qu’ils se sont de la peau de cet animal passée en huile.
Il s’en tirait autrefois quantité de parfumés d’Espagne et de Rome ; mais leur forte odeur de musc, d’ambre et de civette, que l’on ne pouvait soutenir sans incommodité, a fait que la mode et l’usage s’en sont presque perdus : les plus estimés de ces Gants étaient les Gants de Franchipane et ceux de Néroli.

Les Gants se vendent et se débitent ou à la paire, ou à la douzaine de paires, ou à la grosse, chaque grosse composée de douze douzaines de paires.
Les Gants payent en France les droits d’entrée et de sortie suivant leurs différentes qualités, ou suivant les lieux d'où on les tire»
Les droits de sortie sont,  savoir : pour la douzaine de paires de Gants en broderie d'or et d'argent fin, 3 livres.
La douzaine de paires de Gants à frange d’or et d’argent, et garnis de rubans avec or et argent, 24 sols,
La douzaine de paires de Gants de cuir ouvrés et garnis de rubans de soie, 20 sols,
La douzaine de paires de Gants parfumés de Rome, d’Espagne et autres lieux, pareille somme de 20 sols.La douzaine de paires de Gants communs de senteur au-dessous de 8 livres la douzaine, 8 sols.

Et les Gants communs de toutes autres sortes non garnis, comme mercerie, c’est à dire à raison de 3 livres du cent pesant ; ou même seulement 1 livre conformément à l'arrêt du Conseil du 3 Juillet 1692, s'ils sont de fabrique du Royaume et destinés  et déclarés pour les Pays étrangers,
Les droits d’entrée sont, savoir :
La douzaine de s dires de Gants en broderie ou à franges d’or et d’argent fin, 48 sols.
La douzaine de paires de Gants de cuir ouvrés et garnis de soie 20 sols,
La douzaine de paires de Gants parfumés d’Espagne,de Rome,et autres lieux, aussi 20 sols.
Et les Gants communs, sur le pied de trente livres du cent pesant.
Les droits de de Douane de Lyon, sont :
Pour les Gants de cuir ouvrés de soie 7 sols 6 deniers de la douzaine, tant  ancienne que de nouvelle taxation.
Pour les Gants parfumés d’Espagne,15 sols.
Et pour les Gants de Rome, 5 sols 2 deniers.

Gants de Canepin, ou Gants de peau de Poule. Ce sont des gants faits d’un cuir très délié, qui se lève de dessus la peau des agneaux ou chevreaux, après quelle a été passée en mégie.
Les Gants de canepin sont si minces et si légers, que l’on en fait tenir facilement une paire toute entière dans la coque d'une grosse noix. C’est ainsi qu'on les envoie de Rome, plutôt par curiosité et galanterie, que par utilité de négoce.

Gants de Castor. Les Gantiers-Parfumeurs nomment ainsi certains gants fabriqués avec des peaux de chamois ou de chèvre passées et apprêtées dune maniéré si douce et si maniable, qu’on les prendrait pour être faits avec le poil de castor. Il se fait des gants de castor de toutes couleurs pour hommes et pour femmes.

Gants Fourré. Ce sont des gants garnis de poil ou de laine en dedans, pour les rendre plus chauds. On s'en sert au lieu de manchon.

Gant de Fauconnier. Est un très gros Gant d’un cuir très épais, ordinairement de cerf ou de buffle, qui couvre la main et la moitié du bras du Fauconnier, pour empêcher que l’oiseau ne la blesse avec son bec, ou avec ses serres.

On appelle Mitaines ou  Moufles, certaines espèces de Gants dont les doigts ne sont point divises, à la réserve du pouce..

 


 

Gant, substantif masculin. Ce qui sert à couvrir la main pour la tenir chaudement, ou proprement. Gant de Rome, gants d'Espagne, gants parfumés, gants cirés, gants de cerf, de daim, gants fourrés, gant de Fauconnier.
Jeter le gant, se disait autrefois de ceux qui appelaient une partie adverse en duel. Il était autrefois défendu aux Juges Royaux de porter des gants dans leur Siège.
On dit en proverbe, quand un homme apporte une nouvelle qu’on sait déjà, qu’il n’aura pas les gants, pour dire, le présent qu’on donne aux messagers qui apportent quelque bonne nouvelle.
On dit, Il est souple  comme un gant, pour dire, qu’il est doux et humilié, qu’on le manie comme on veut. On dit aussi en saluant quelqu’un à la hâte et& sans se déganter, que l’amitié passe le gant.
(Dic. Furetière, 1690)

 



Vers Saint Prudence portant un gant à la main gauche Gant porté par Saint Prudence

Vers Duillaume de Montmorency et son gant de fauconnier Gant porté par Guillaume de Montmorency


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Le terme ci-dessus est l'un de ceux utilisé pour décrire, le cas échéant, le costume du personnage en illustration, provenant de l'ouvrage :
'Costumes français depuis Clovis jusqu'à nos jours', publié par A. Mifliez en 1855.


Sans mention particulière, cette définition provient des notes de cet ouvrage.

 

 

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