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Charles V le Sage, cinquante deuxième roi de France
1338 - 1380

Charles V, 52ème roi de France - gravure de Daret - repro © Norbert Pousseur

J'ai été fort pour surmonter de grandes tempêtes.

 

CHARLES V DIT LE SAGE ROY de France, fils de Jean, régna après lui, l'an 1364. Fut sacré à Reims la même année. Il fit mener une armée en Aragon sous les ordres du Duc de Bourbon et du Connétable du Guesclin pour venger la mort de Blanche fille du duc de Bourbon et sœur de la Reine étouffée par son mari Pierre d'Aragon fils d'Alphonse XI Roy de Castille. Le Roy et les États Généraux de France, rompirent le traité de Brétigny, l’an 1366 fait avec les Anglais l'an 1360. L'Anglais attaqua la France, et ses troupes conduites par son général nommé Canote, s'avança jusqu'à Paris, brûla, tous les bourgs qui l'environnait, et se retira dans le Maine pendant que le Connétable du Guesclin, commandant une armée Royale en Poitou força les places qui tenaient pour ce Prince, de quoi l'Anglais irrité, il envoya le Duc de Lancastre son fils avec de puissantes forces qui ravagea la Picardie, Champagne, Bourgogne et d'autre Provinces, Édouard Roy d’Angleterre et son fils étant morts, Charles fit passer une armée en Angleterre, y prit quelques places, et se retira en France où par les ordres du Roy de Navarre il fut empoisonné d'un poison qui avait tant de malignité qu'il n'en put guérir ; et voyant son mal sans remède il envoya quérir les Princes du sang, déclara le Duc d'Anjou Régent, le Duc de Bourbon et de Bourgogne Tuteurs de ses enfants, et par arrêt du Parlement fit déclarer que les Roys de France seraient majeurs à 14 ans. Il eut deux filles de Jeanne de Bourbon, Charles lui succéda et Louis Duc d'Orléans fut tué. Il fit édifier la Bastille, régna 16 ans, mourut au Château de Beauté sur Marne, sa sépulture fut à St Denis, Urbain VI étant Pape, et Venceslas Empereur.

 

Retranscription du texte de la gravure (Gravure de Pierre Daret ?)

 


 

Charles V, roi de France, dessiné par Léopold Massard - reproduction © Norbert Pousseur


Charles V, surnommé le Sage et le Riche, fils aîné du roi Jean, duc de Normandie, et premier dauphin de France, né à Vincennes, le 21 janvier 1337, succéda à son père, le 8 avril 1364, et fut sacré à Reims le 19 mai suivant.
En montant sur le trône, ce prince trouva tout à réparer. Il répara beaucoup ; il était prudent et habile : il savait choisir les hommes et les employer. Charles-le-Mauvais ne cessait de conspirer et de nuire : un excellent homme de guerre, Duguesclin, lui fut opposé, et le battit. La guerre continue toujours en Bretagne avec fureur ; la bataille d’Auray, (voyez Montfort), vint enfin y mettre un terme. Montfort reconnu duc de Bretagne, la paix fut conclue.
Dans ces temps, la caste des gens de guerre était le fléau de la population. Si Dieu se faisait homme d’armes, disait naïvement l’anglais Talbot, il deviendrait pillard. Après avoir terminé par le traité de Guérande la guerre de Bretagne, après avoir fait la paix avec le roi de Navarre, Charles V songea à délivrer la France des grandes compagnies, ramas de brigands de tous les pays, qui depuis cinq ans couvraient le royaume de meurtres et d’incendies.
Duguesclin les emmena au service de Henri-de-Transtamare, qui disputait la couronne de Castille à Pierre-le-Cruel. Le prince de Galles favorisait Pierre-le-Cruel. Il accablait d’impôts les peuples de la Guienne, pour venir au secours de son protégé. Plusieurs seigneurs gascons se plaignirent à Charles V, qui, jugeant l’occasion favorable, fait ajourner le prince de Galles au parlement, et, sur son refus de comparaître, lui déclare la guerre (1368). Grâce à Duguesclin, elle fut heureuse. La Cour des pairs condamna les princes anglais comme des vassaux rebelles, et confisqua leurs provinces françaises. Duguesclin, nommé connétable, exécuta cet arrêt, chassa les Anglais de la France et les battit en Bretagne, où ils avaient le duc pour allié.
De nouvelles trahisons du roi de Navarre, une guerre impolitique et longue, entreprise contre le duc de Bretagne, qui fut puissamment soutenu par ses sujets et par les Anglais, remplissent la fin du règne de Charles V.
En 1376, sur les conclusions de Canart son avocat, Charles V confisque la Bretagne sur le comte de Monfort, accusé de félonie, et la réunit à la couronne. Mais cette réunion n’eut pas lieu, parce que les seigneurs, qui avaient cru d’abord que le roi allait leur donner un duc de leur nation, passèrent du côté de Monfort quand ils virent que Charles V voulait faire de la Bretagne une province française, Duguesclin lui-même abandonna le roi de France et lui renvoya l’épée de connétable. Sur les sollicitations des ducs de Bourbon et d’Anjou, députés vers lui par Charles V, il consentit à la reprendre. Mais ce prince n’en perdit pas moins, par sa conduite maladroite dans cette circonstance, l'occasion d’acquérir un beau pays, et la guerre fut prolongée.
Ce prince mourut, deux mois après Duguesclin, le 16 septembre 1380, au château de Beauté-sur-Marne, dans la quarante-quatrième année de son âge, après dix-sept-ans de règne. On porta son corps à Saint-Denis, où il fut inhumé le 4 octobre (Charles n’étant encore que Dauphin - il est le premier fils de France qui ait porté ce titre - avait été empoisonné par le roi de Navarre. Un médecin allemand parvint à suspendre l’effet du poison en ouvrant le bras du roi. Il avait annoncé que lorsque cette plaie se refermerait, Charles mourrait ; elle se referma en effet en 1380).

Charles avait épousé, en 1350, Jeanne, fille de Pierre 1er, duc de Bourbon ; il en eut neuf enfants, trois seulement lui survécurent. Ces trois enfants furent : Charles, qui succéda à son père sous le nom de Charles VI ; Louis, duc d'Orléans, tige de la branche royale d’Orléans et de celle qui, commençant à François Ier, a pris le nom de Valois ou Orléans-Valois, et enfin Catherine, dont la naissance du 4 février 1378 causa la mort de sa mère. Cette princesse épousa Jean de Berri, comte de Montpensier, et mourut en 1388.

Charles V acquit par sa modération, sa piété sincère, son habileté dans le gouvernement, le surnom de Sage que la postérité lui a conservé. En montant sur le trône, il avait trouvé les affaires du royaume presque désespérées ; il les releva par sa prudence, et les mit dans un état de prospérité qui fit l’admiration de l’Europe. Sans sortir de son cabinet, il reprit sur les Anglais tous les pays que ses prédécesseurs avaient perdus à la tête des armées les plus nombreuses. Édouard III, ce fier et redoutable ennemi de la France, disait avec étonnement que jamais roi ne s’était moins armé, et que cependant jamais roi n’avait fait de si grandes choses. Malgré les guerres continuelles qu’il eut à soutenir, il laissa dans les coffres une épargne équivalant à 17 millions de notre monnaie, somme énorme pour l’époque.
Charles aimait les lettres et les protégeait. Son père lui avait laissé environ 20 volumes ; il parvint à en rassembler 900, qu’il fit placer dans une des tours du Louvre, appelée la Tour de la Librairie. C’est là le commencement de la Bibliothèque royale. Nicolas Oresme, grand-maître du collège de Navarre, et ensuite évêque de Lisieux, traduisit, par ses ordres, la Bible en français. Raoul de Presles, maître des requêtes de l’hôtel, fut aussi chargé par lui de la traduction française des XX livres de la Cité de Dieu, de saint Augustin ; travail pour lequel il lui fut adjugé quatre mille francs d’or pour chacun an.
Ce fut ce prince qui fixa la majorité des rois à quatorze ans, par son ordonnance donnée à Vincennes au mois d’août 1374, et vérifiée au parlement le 20 mai 1375. D’après la volonté du roi, le recteur de l’université, le prévôt des marchands et les échevins de la ville de Paris furent présens à l’enregistrement de cette ordonnance.
Il fit construire, à Paris, la forteresse de la Bastille, dont Hugues Aubriot, prévôt des marchands, posa la première pierre le 22 avril 1370, et qui fut achevée en 1382.

 

Notre figure : Charles V en costume royal, revêtu d’une simarre bleue, fleurdelisée d’or et fourrée d’hermine, est extraite de la miniature du manuscrit de Froissart, que nous avons déjà cité plusieurs fois. Cette miniature représente la cérémonie du sacre de Charles V, dans l’église de Reims.

Simarre : Habillement long et traînant, dont les femmes se servaient autrefois. Il s'est dit aussi d'une robe d'homme. Espèce de soutane que certains magistrats portent sous leur robe.

 

Déclaration de guerre au prince de Galles : Cette citation fut remise au prince de Galles par un chevalier et un clerc ; il les fit emprisonner tous deux en leur répondant : Nous irons volontiers à Paris puisque mandé nous est du roi de France, mais ce sera le bacinet en tête et 60,000 hommes en notre compagnie. Alors Charles y envoya déclarer la guerre au roi d’Angleterre par un simple valet de l’hôtel.

Jeanne de Bourbon, reine de France, dessinée  par Léopold Massard - reproduction © Norbert Pousseur Jeanne de Bourbon, son épouse

 

Charles V en armure, dessiné par Léopold Massard - reproduction © Norbert Pousseur

Cette figure représentet Charles V dans un costume beaucoup plus monumental que le précédent. Elle est extraite d’une ancienne peinture de l’abbaye de Saint-Denis. Nous ferons surtout remarquer l’armure de Charles V, partie de maille, et par-dessus laquelle il porte un justaucorps de buffle.

 

Justaucorps : Juste-au-corps - espèce de veste qui va jusqu'au genoux, qui serre le corps, et montre la taille. Depuis quelque temps la mode est venue que chacun va en juste-au-corps, s'habille en juste-au-corps, de velours, de drap, etc. Il ne se portait autrefois qie par les gens de guerre. (Dic. Furetière - 1690)
Espèce de vêtement à manches qui descend jusqu'aux genoux et qui serre la taille (Le littré).

 

Gravure (de Léopold Massard) et texte extrait de l'ouvrage
Costumes français depuis Clovis jusqu'à nos jours, publié par A. Mifliez en 1855

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